CHAPITRE III
Du style botanique ou de l'art de caractériser et de décrire les Plantes.
§. 289. Avant l’époque où Linné a donné des lois à la Botanique , chacun de ceux qui avaient étudié les végétaux les décrivait sans règle, et rédigeait des ouvrages dont le style et la forme étaient aussi variables que la trempe des divers esprits. Linné a fait remarquer que le principal usage des descriptions étant de donner un moyen facile de reconnaître les plantes les unes d’avec les autres, on arriverait plus directement à ce but, si ces descriptions étaient rédigées sur des modèles unilqrmes. On obtint par cette uniformité de rédaction,
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divers avantages importans soit pour les progrès de la science, soit pour la facilité de la détermination des genres et des espèces. Mais il faut avouer aussi, qu’en se soumettant à cette marche uniforme, le style de la Botanique perdit beaucoup de la grâce, de la liberté qui semblait devoir être l’apanage de cette science; on eut moins de descriptions vagues et insignifiantes, mais ces descriptions, toutes calquées sur la même forme, ne se prêtèrent qu’avec peine aux cas insolites , et que la forme admise n’avait pas pu prévoir. A force de vouloir suivre un modèle uniforme, 011 fut souvent obligé de décrire avec détails des choses presque inutiles, et de donner peu de développement aux choses les plus importantes. Le talent propre de l’écrivain disparut presque dans ce style où lout est réglé d’avance ; on vit des hommes sans esprit, sans génie, faire des livres presqu’aussi bons que ceux qui en étaient doués; en un mot, si les livres devinrent plus exacts, ils devinrent aussi plus monotones et plus ennuyeux. Essayons de donner une idée des règles rigoureuses de ce style; montrons leur utilité, leur importance dans le plus grand nombre de cas, les circonstances où il faut s’y soumettre , celles dans lesquelle^ on peut , on doit s’y soustraire. Passons pour cet objet en revue toutes les différentes formes que peut revêtir un ouvrage de Botanique descriptive.
§. 240. On entend en Histoire naturelle par caractère , la marque particulière à laquelle on peut distinguer un être ou une collection d’êtres. Un caractère est spécifique, générique , ordinal ou classique , selon qu’il sert à distinguer une espèce, un genre, un ordre ou une classe. Le principal mérite de ces divers caractères est d’être le plus possible comparatifs; par conséquent,
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les caractères contradictoires les uns avec les autres, seront nécessairement les meilleurs. Pour plus de clarté, entrons dans quelques détails sur chacun d'eux.
§. 2/j1, Les caractères de classes, d’ordres ou de familles sont très-différens , selon qu’il s’agit de systèmes artificiels ou de méthodes naturelles. Dans les premiers, ils se réduisent à un seul mot, celui sur lequel le système est fondé; dans les méthodes naturelles, les familles et même les classes étant considérées comme de grands genres, la forme qu’on donne à leurs caractères ressemble davantage à celle des genres. Adanson et Linné ne donnaient point de caractères à leurs familles, mais exposaient par une description, les variations diverses de leurs organes; M. de Jussieu s’est encore un peu rapproché de cette marche, mais a cependant réduit ces descriptions à des termes assez courts, pour qu’elles puissent servir de caractère ; je les ai abrégés encore dans le Synopsis plantarum in Flora Gallica descriptarum , et j’ai écrit en italique ce qui peut plus spécialement servir de caractère distinctif. Il est, en effet, difficile, dans une famille naturelle , d’exprimer un caractère d’une manière brève , exacte et comparative ;
I telle phrase distingue la famille de la précédente, telle de la suivante, telle de la pénultième, etc. Ce qui me paraît le meilleur en pareil cas , c’est de diviser un caractère de famille en quatre paragraphes : dans le premier, je donne le caractère abrégé, réduit à ce qui est absolument nécessaire pour distinguer la famille de ses voisines; dans le second, je cherche à faire connaître la symétrie générale de la famille, quant aux caractères tirés de la fleur et du fruit; dans le troisième, quant à ceux déduits des organes de la végétation; dans le quatrième , on indique et les observations qui tendent
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à éclaircir les articles précédens, et les variations possibles de chaque famille , et enfin les rapports qu’elle a avec celles qui lui ressemblent. Cette marche est celle que j’ai suivie d’abord dans mon mémoire sur les familles des Ochnacées et des Simaroubées. ( Voyez annales du musée, 17, p. 4i°- et 4 22 > ou Recueil de mémoire sur la Botanique, 4-° 1812 ), soit sur tout dans le Système Naturel du règne végétal, et je crois pouvoiry renvoyer le lecteur.
§. 242. Les caractères génériques varient aussi , selon qu’il s’agit d’un ordre artificiel ou naturel. Linné distinguait deux sortes de caractères de genre : l’un, qu’il nommait essentiel , ne renfermait que précisément ce qui était nécessaire pour distinguer le genre d’avec les autres renfermés dans la même classe; l’autre, qu’il appelait avec raison naturel , contenait une courte description de toutes les parties de la fructification. La distinction de ces deux caractères était indispensable dans un système artificiel, dont elle tendait à corriger les inconveniens. On peut, en effet, dans un ordre artificiel, savoir très-bien le caractère essentiel d’un genre, et n’avoir pas la moindre idée ni de sa véritable forme, ni dé sa nature, ni de son apparence, ni de ses relations ; c’est ce qu’on trouvait , ou ce qu’on devait trouver dans le caractère naturel. Ce double caractère devient inutile dans la méthode naturelle ; tout ce qu'on trouve dans les caractères naturels donnés par Linné, est déjà implicitement donné dans les caractères de famille et de tribus, et il n’est plus nécessaire d’exposer que ce qui est propre au genre en question. Si ce genre a plusieurs caractères qui lui soient particuliers , on ne craint point de les exposer tous : ainsi , nos caractères génériques sont un peu plus longs que les caractères
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essentiels de Linné ; mais aussi nous évitons en entier les caractères descriptifs ou naturels. Je' crois que les caractères génériques doivent être exposés dans un ordre analogue à ceux des familles, savoir : en trois articles: l’un pour les organes reproducteurs, qui peut être considéré comme le vrai caractère distinctif; le 2.e pour les organes de la végétation ; le 3.® pour indiquer les observations particulières au genre, et pour faire sentir ses affinités naturelles. O11 peut encore y joindre un 4-e article pour l’explication du nom du genre.
§. 243. Les différences ou caractères spécifiques ne sont pas, comme les précédens , subordonnés au système général que l’on a embrassé ; mais cependant il s’est encore ici présenté deux marches qui diffèrent entr’elles, comme les diverses méthodes de caractériser les genres. Linné, lorsqu’il voulut établir sa nomenclature, trouva des noms qui étaient des phrases de cette forme : Linum africanum lutemn foliis conjugatis ( Boer. ) ; il établit une de ces épithètes pour nom. d'espèce , par exemple , Linum africcuium , et rejeta tout le reste pour en faire le caractère qui prit ainsi la forme de L’ablatif; il prescrivit de faire ces phrases caractéristiques le plus comparatives, et surtout le plus courtes possible; il alla même jusqu’à établir qu’elles n’auraient pas plus de douze mots : ces phrases devaient contenir seulement ce qui était indispensable pour faire distinguer la plante, et tout le reste devait être rejeté dans La description ; cette méthode a été adoptée par tous les botanistes. Cependant MM. Link et de Jussieu voyant que celte forme ablative, donnée à la phrase, en gênait souvent la rédaction et la rendait quelquefois obscure , ont préféré mettre la phrase au nominatif; ils ont cru, en ouire, qu’en rendant la phrase
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un peu plus longue , on pourrait se dispenser de descriptions, de sorte que leurs phrases sont, à proprement parler, des descriptions abrégées. J’avoue que je ne partage point cette opinion. Quoiqu’il arrive souvent qu’il y ait bien des choses inutiles dans les descriptions, je pense que, bien loin d’établir une méthode qui tendît à nous en débarrasser, on doit, au contraire, encourager ceux qui veulent bien en publier de complettes. Il me semble qu’il est très-commode et très-utile d’avoir deux sortes de descriptions : l’une très-courte , où l’on trouve les marques essentielles de l’espèce réduites à leurs moindres expressions; l’autre détaillée, complette, et à laquelle on va recourir toutes les fois qu’on a besoin de plus grands détails. Les phrases ou les descriptions abrégées sont, en effet, toujours provisoires et surbordonnées au nombre des plantes connues ; et chaque espèce ajoutée au genre oblige à modifier et ordinairement à allonger les phrases. Ce n’est que dans les descriptions très- complettes et faites avec soin , qu’on peut espérer de trouver les caractères qui distingueront une espèce de toutes celles qu’on pourra découvrir. C’est, sans doute, d’après ces motifs, que tous les botanistes ont conservé la méthode des phrases caractéristiques de Linné , auxquelles ils donnent souvent par abréviation le nom de phrase.
Une phrase doit être courte, mais il est impossible de fixer le nombre de ses mots, lequel est nécessairement plus grand , à mesure qu'il s’agit d’un genre plus vaste. Pour rendre les phrases plus courtes dans les genres nombreux en espèces et divisés en sections , on peut se dispenser de répéter dans chacune, ce qui se trouve dans les caractères des sections.
Une phrase doit être comparative ; pour cela , les ca-
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ractères tirés des divers organes doivent se suivre d’après un ordre déterminé dans chaque genre : on doit commencer par ceux qui s’appliquent à un plus grand nombre d’espèces, et terminer par ceux qui sont propres, ou à peu ‘d’espèces , ou à une seule. Comme les phrases n’indiquent que les différences des espèces, on ne peut jamais en faire pour les espèces solitaires dans leur genre ou leur section. Comme en étudiant une espèce, on est censé ne pas connaître les autres , on 11e doit jamais employer dans les phrases des comparatifs, mais toujours des positifs et des termes qui aient un sens précis et absolu. Les termescontradictoires, employés parallèlement dans les phrases voisines, sont les meilleurs de tous.
§. 244. Les descriptions peuvent être, ou abrégées, ou complettes : les premières ne peuvent être soumises à aucunes règles fixes; elles varient, selon les circonstances, et portent, plus que toutes les autres, l’empreinte du talent de l’écrivain. Les descriptions compleltes sont assnjéties à une marche uniforme, elles doivent être divisées en autant d’articles qu’il y a d’organes, et ces articles doivent se suivre dans l’ordre suivant :