II. Chaque groupe est soumis à deux classes de lois
TAXONOMI K.
générales: i.» La symétrie, ou l’ordre régulier d’après lequel ses organes sont disposés; 2". l’action de la vie, d où résultent souvent des dérangemens à la loi de la symétrie; d’où résulte que cette symétrie ou régularité organique est souvent intervertie ou masquée à nos yeux par des circonstances, tantôt accidentelles, taniôt plus ou moins constantes, selon qu’elles sont des consé-
quences plus ou moins directes de l’ensemble de l’organisation.
III. Ces circonstances sont : i.° des avortemens partiels de certains organes ; 2.° des chàngemens dans leur grandeur, leur forme, leur consistance, leur apparence, etc.; d.° des soudures naturelles, soit entre les parties d un meme organe, soit entre des organes voisins et plus ou moins analogues.
IV. 1 ont 1 art de la classification naturelle des êtres organiques consiste à apprécier ces circonstances modificatrices, et à en faire abstraction pour découvrir le véritable type symétrique de chaque groupe; à-peu-près comme le minéralogiste a pour but essentiel, dans la ci ïstallograpliie , de démêler les formes primitives des cristaux au milieu des formes secondaires et souvent innombrables qu’ils rêvent ; à peu près comme l’astronome cherche à faire abstraction de toutes les perturbations des astres pour distinguer leur véritable marche.
§. i53. Vouloir rejeter de la botanique tout ce qui ne tombe pas sous les sens, ce serait non-seulement , comme la ti es-judicieusement observé JM. de Cassini, saper pai sa base la classification naturelle, mais ce serait établir une doctrine qui détruirait toutes les sciences physiques, car partout les liens qui unissent les faits les plus importuns entr’eux , ou qui les attachent à leuiç
©ause, partout, dis-je, ces liens échappent à nos sens, et ne sont visibles que pour les jeux de l’intelligenceo Une collection de faits isolés et sans liaison ne forme point une science, et 11e mérite ce nom que lorsque les faits , ou du-moins la plupart d’entr’eux, commencent à etre liés par des raisonnemens ; souvent même on rec~ lifie, par un ensemble de raisonnemens exacts , ce que les sens présentent d’inexact et d’incomplet; au moyen de quelques laits, bien observés, on devine l’ensemble de ceux que l’on ne peut apercevoir : otez cette ressource à la Physique , à la Chimie , à la Physiologie , à la Minéralogie, et vous les réduiriez bien promptement à des collections de faits dont la plupart, considérés en eux-mêmes, offriraient des causes d’erreurs* mais qui aujourd’hui se corrigent mutuellement, et s’éclairent par leur ensemble. Pourquoi voudrait-on réduire à ce rang d’infériorité les sciences relatives aux êtres organisés ? En sait-on plus sur la cause de l’attraction ou de l’affinité, que sur celle des forces vitales? Connait-on plus certainement la forme des molécules intégrantes des corps bruts, que les élémens organiques? Les lois les plus simples de la Chimie et de la Crystallographie n’admettent-elles pas, comme démontrées, des hypothèses dont on ne peut pas toujours voir les preuves avec les yeux? Nos sens n’ont-ils pas des bornes même lorsqu’ils sont aidés des plus forts instrumens , et peuton , sans une présomption ridicule, soutenir que là où nos sens s'arrêtent , là aussi s’arrête la nature ? Lorsqu une certaine série de faits visibles , marchant toujours dans le meme sens , conduit par des dégradations insensibles jusqu’au point où les sens sont insuffisans , ne peut-on pas, ne doit-on pas supposer, par une analogie très-fondée, que la même marche continue au-
igO TAXONOMIE.
delà, et ce raisonnement analogique n’est-il pas la base d’une foule de vérités admises dans toutes les sciences physiques, d’une foule de théories qui ont fait ellesmêmes découvrir un grand nombre de faits nouveaux? Celle que je propose aura aussi ce résultat important ; elle ouvre les yeux sur le degré d’intérêt que présentent les monstruosités, les irrégularités, les anomalies des êtres organisés; elle donne les moyens de les classer, de les apprécier à leur juste valeur; elle avertit des phénomènes qui dans chaque objet méritent d’être observés, et tend ainsi à rendre les descriptions à-la-fois plus exactes et plus comparatives , comme aussi à conduire à des idées plus simples sur la structure générale des êtres vivans.