CHAPITRE VIII
Exposition abrégée des classes et des familles .
§. 2o5. Après avoir exposé, comme je viens de le faire, les principes de la classification naturelle, je devrais ici en faire l’application à l’établissement des Classes, des Familles et des Genres; mais ce travail immense sort entièrement du plan d’un livre élémentaire , et m’entraînerait beaucoup au-delà des bornes que je me suis prescrites ; un jour peut-être j’exécuterai cette vaste et difficile analyse dans un nouveau Pinax(*) , à la rédaction duquel je me suis dorénavant consacré, et dont cette Théorie élémentaire peut être considérée comme la Préface; en attendant, et pour donner une légère idée de cette analyse, j’exposerai ici, en quelques mots, les caractères des grandes classes et la série des familles dont elles se composent.
§. 206. Considérons d’abord le règne végétal dans son ensemble, et tentons d’y appliquer les principes exposés ci-dessus pour le diviser en classes générales, soit d’après la fonction de la nutrition , soit d’après celle de la reproduction.
Quant aux organes nutritifs, je choisis le plus important de tous, savoir, les vaisseaux, et je les considère sous le point de vue le plus essentiel de tous , savoir ,
(*) Le premier volume de cet ouvrage a paru , il y a quelques mois , sous le titre de Sjstema Regni çegelabilis universale. Paris „
leur existence ou leur absence. Il est évident , en effet , que la circonstance anatomique qui influe le plus puissamment sur la nutrition , c’est l’existence ou la nonexistence des vaisseaux, de ces organes qui semblent au premier coup-d’œil tellement essentiels , qu’on a peine à concevoir la vie d’un être qui en est dépourvu ; nous diviserons donc , d’après ce principe - les végétaux en végétaux Vasculaires et en végétaux Cellulaires. Cette division paraît déjà liée avec tout ce que les organes nutritifs présentent de plus remarquable; ainsi, à l’existence des vaisseaux se trouvent constamment unis : i.° l’existence des stomates ou pores corticaux; 2.° la distinction bien évidente des racines et des tiges , et par conséquent l’existence d’un collet ; à l’absence des vaisseaux se trouvent liées, au contraire, x.° l’absence des pores corticaux, et 2.0 l’impossibilité de distinguer avec précision une racine et une tige proprement dites. Mais pour nous assurer si cette division est réellement naturelle , il faut recourir à l’examen des organes de la reproduction. Ici , raisonnant comme tout-à-l’heure, je me demande quel est le premier des organes ? C’est l'embryon , et la manière la plus importante de le considérer, c’est sa présence ou son absence. Je devrais donc distinguer ici, en première ligne, avec M. Richard, les plantes embryonèes oü inembryo?ièes ; mais comme rien ne me prouve quil existe réellement des êtres organisés sans embryon, et qu’il est impossible d’établir la base d’une classification sur une question de fait absolument insoluble à mes yeux, je transforme cette question en la suivante : admettant qu’il existe dans tous les végétaux un germe ou corpuscule reproducteur ( qu’on nommera embryon , lorsqu’il a été précédé par une fécondation , et gongyle, lorsqu’il ne l’a pas été),
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quelle est la partie de ce corpuscule qui est la plus essentielle? Ce n’est ni sa radicule ni sa plumule , qui, par l’hypothèse même , se trouvent dans tous; ce sera donc le ou les cotylédons, c’est-à-dire, les organes spéciaux dont le corpuscule reproducteur est muni pour son développement. J’établirai donc que dans la fonction de la reproduction, ce qui est le plus essentiel, est de savoir si les embryons ont ou n’ont pas de cotylédons , et je diviserai les végétaux en deux classes, les Cotylèdonès et les dicotylédones . Je suis encore confirmé dans cette idée , en voyant que toutes les plantes que je classe parmi les Acotylédonées , sont les mêmes que plusieurs auteurs ont supposées destituées d’embryons, de sorte que si l’on venait jamais à prouver que ces plantes sans cotylédons , sont aussi sans embryons , on n’aurait rien à changer à cette classification. Mais , de plus , n’est-il pas remarquable que par les deux méthodes, j’arrive aux mêmes résultats; ainsi, les végétaux Vasculaires sont les mêmes que les végétaux Cotylédonés , et les végétaux Cellulaires les mêmes que les végétaux Acotylédonés : donc celte division est naturelle.
§. 207. Prenons maintenant les végétaux Vasculaires ou Cotylédonés, et appliquons-leur la même marche de raisonnement.
Quant aux organes de la nutrition , je prends le premier des organes, savoir, les vaisseaux, et je les considère, non plus d’après le premier point de vue, puisqu il est déjà employé pour la division primitive, mais d après le second , qui est la position ; j’établis donc leur classement d’après la position des vaisseaux; à cet égard, je vois qu’il est des végétaux vasculaires , où les vaisseaux sont tous sensiblement concentriques autour d’un
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étui cellulaire ? et disposés de manière que les plus anciens sont au centre et les plus jeunes à la circonférence, d’où résulte que la plante se durcit de dedans en dehors; je les désigné sous le nom & Exogènes
( é|*) dehors, et yepua j’engendre, je crois), en faisant
allusion à cette dernière circonstance ; je vois, au contraire , qu’il existe d autres végétaux dans lesquels les vaisseaux sont comme épars dans toute la tige, non rangés par zones autour d’un étui central, disposés de manière que les plus anciens, c’est-à-dire les plus durs, sont à l’extérieur, et que l'accroissement principal de la tige à lieu par le centre; je tire de cette dernière particularité le nom èè Endogènes ( tiè'àv dedans , yivaa) j’engendre , je crois ) , sous lequel je désigne cette classe. Outre les caractères fondamentaux que je viens d’indiquer , ajoutons que les Exogènes ont un canal et des rayons médullaires, dont les Endogènes sont dépourvus; que les premiers ont une forme nécessairement plus ou moins conique, tandis que celle des seconds est réellement cylindrique; que l’âge des premiers se connaît par le nombre des couches concentriques qu’on peut remarquer sur leur coupe transversale, tandis que celui des seconds se mesure par le nombre des anneaux plus ou moins visibles sur la tige considérée dans te sens vertical. Ajoutons que les nervures des feuilles sont généralement rameuses dans les Exogènes, simples dans les Endogènes; que les feuilles elles-mêmes sont rarement engainantes dans la première classe, et fréquemment dans la seconde. Ajoutons, enfin, que les racines des Exogènes sont ordinairement développées dans la graine, tandis que les fibres radicales des Endogènes sortent le plus souvent en perçant l’épiderme d’une espèce particulière de disque : caractère d’où M. Richard a tiré
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ï«s noms à* Exorhizes et d ' Endorhizes , par lesquels il distingue ces deux classes.
Considérons maintenant ces mêmes végétaux vasculaires, sous le rapport des organes de leur reproduction; je choisis le plus essentiel de ces organes, savoir les cotylédons ; et je les considère, non pas d’après leur nombre, comme on l’a fait jusqu’ici, mais d’après leur position, qui, comme je l’ai établi, est le premier des caractères après l’existence : or, je vois qu’à cet égard les végétaux se divisent en deux grandes classes, savoir: ceux dont les cotylédons sont opposés ou verlicillés , que pour me conformer à l’usage je nommerai Dicotylédones % et ceux où les cotylédons sont alternes, que je continuerai de même à nommer Monocotyledonês » Comme les cotylédons ne sont, en réalité , que les premières feuilles présentes dans la graine, ainsi que la radicule n’est que 1a. racine et la plumule la tige, il résulte de cette disposition des cotylédons; j.° que les Dicotylédones doivent avoir les feuilles primordialement opposées ou verlicillées , mais qui peuvent devenir alternes par l’acte de la végétation; que les Monocotylédoues, au contraire , ont les feuilles primordialement alternes, et qui peuvent devenir verticillées ou rarement opposées , par l’effet même de l’accroissement ;
que le nombre des cotylédons n’est pas fixé; dans les Dicotylédones, il peut aller depuis deux, qui est le. cas le plus fréquent , jusqu’à trois, quatre, cinq et au-dela; dans les Monocotylédones , il peut varier depuis un , qui est le cas le plus fréquent; deux, comme on e voit dans le Cicas , qui n’est pourtant pas une Dicotyîédone ; trois, comme dans certaines Graminées, etc. Ce nombie tient uniquement au nombre des feuilles déjà développées et visibles dans la graine.
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Or, maintenant, si je compare les divisions des plantes vasculaires d’après leurs organes nutritifs et reproductifs , je trouve que les végétaux Exogènes sont exactement les mêmes que les Dicotylédones , et les Endogènes exactement les mêmes que les Monaco tylèdonès ; donc celte division est naturelle.
§. 218. La science n’est pas assez avancée, pour qui soit possible de suivre cette méthode dans tous les détails ultérieurs , et , par exemple, nous manquons lout-à-fait de moyens exacts pour grouper les nombreuses familles des Dicotylédones dans un ordre naturel, c’est-a-dire, fondé à-la-fois sur les organes nutritifs et reproductifs} mais les familles elles-mêmes , presque toutes fondées sur ces deux sortes de caractères, n’en sont pas moins naturelles, à de légères exceptions près; je me contenterai donc d’indiquer, dans le tableau suivant, la sérié des familles disposée dans l’ordre qui me parait s’éloigner le moins des rapports naturels : dans ce tableau, je les réunirai en groupes par des caractères , tantôt naturels , tantôt plus ou moins artificiels, c’est-a-dire, uniquement fondés sur la reproduction; dans le piemier cas, ces groupes auront des noms propres; dans le second, ils n’en recevront point. Le point de doute (?) » placé après le numéro, veut dire que la place^ de la famille n’est pas fixée d’une manière rigoureuse dans la classe.
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