‹ Théorie expérimentale de la formation des osChapitre 4 sur 51 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ma théorie de la formation des os repose sur les six propositions suivantes :

La première , que l'os se forme dans le périoste ;

La seconde , qu'il croît en grosseur par couches superposées ;

La troisième, qu'il croît en longueur par couches juxtaposées ;

La quatrième , que le canal médullaire s'agrandit par la résorption des couches internes de l'os ;

La cinquième , que les têtes des os sont successi-

1 MA TU^OttlK

vement formées et résorbées , pour être reformées encore , tant que l'os croît;

Et la sixième , que la mutation continuelle de la matière est le grand et merveilleux ressort du développement des os.

PRKMJfcUE PIlOPOSITIOiN.

L'os me forme cbiao le périomc.

Opinion et expériences de Duhamel,

Duhamel est le premier qui ait dit que l'os se forme dans le périoste.

« J'ai tâché d'établir, dit-il , que les os croissent

» en grosseur par la suraddition des couches du

«périoste, qui, ens'ossifiant, forment l'épaississe- » ment des parois du canal médullaire (1). »

Il dit ailleurs : « Le fait n'est pas douteux : sûre- » ment les lames du périoste s'ossifient et contribuent w à l'augmentation de grosseur des os (2). »

11 dit encore : « Les os commencent par n'être

(1) F* Mémoire sur les os, p. 111. {Mém. de VAcad. des sciences, année 17/i3.)

(2) ly* Mémoire sur les os, p. 101. (Mém. de VAcad. des sciences, année 17/i3.)

ET LES EXPÉRIENCES QTJf LA DÉMONTRENT. 3

« que du périoste , car je regarde les cartilages V comme un périoste fort épais (1). »

Il dit enfin : « Les os augmentent en grosseur » par l'addition de lames très minces qui faisaient » partie du périoste avant que d'être adhérentes » aux os, avant que d'en avoir acquis la dureté (2). »

Telle est donc l'opinion bien formelle de Duhamel : selon Duhamel, l'os n'est que le périoste endurci (3).

J'ajoute que toutes les expériences de Duhamel sont exactes , que je les ai toutes répétées , et que tout ce qu'il dit avoir vu , je l'ai vu.

Comment se fait-il donc que son opinion n'ait pas été généralement admise; ou plutôt, et à parler plus justement, comment se fait-il que, à commencer par Haller, elle ait été combattue par presque tous les physiologistes?

(1) VI' 5fé moire sur les os, p. 315. {Hfém, de l'Acad. des sciences , année 17Zi3.)

(2) IV* Mémoire sur les os, p. 88.

(3) Expressions de Duhamel : « Le cal est produit par un

» endurcissement du périoste » P' Mémoire stir les os,

p. 107. (Jlfétn. de l'Acad, des sciences, année 17Zil.

xMA THÉORIE

§ III

C'est que, pour juger l'opinion de Duhamel , on s'est presque toujours borné à répéter ses expériences ; et que ces expériences (quoique très exactes d'ailleurs, ainsi que je viens de le dire) n'étaient pas, à beaucoup près, les plus propres à mettre les phénomènes dans tout leur jour.

Mes expériences, §1

Pour mettre dans tout son jour le grand fait de la formation de Tos dans le périoste , je ne me suis pas borné, comme Duhamel (1), à fracturer un os, et, si je puis m'exprimer ainsi , le premier os venu , le tibia , par exemple , ou tout autre os des membres.

Quand on fracture un pareil os , voici ce qui arrive : des deux bouts rompus , l'inférieur, celui qui tient à la partie libre du membre , est aussitôt fortement attiré , par la contraction des muscles , vers le supérieur. Les deux bouts se rapprochent, se

(1) Duhamel n'a fait que des fracliires, et n'a fracluré que le tibia (Voyez ses Mémoires sur les os, parliculièrement le premier); mais il avait des yeux si liabiles que, même avec de** expériences imparfaites, il a l)ien vu.

F:T LKS hXPlCIUKKCES QUI LA DÊMO^TIŒ^T. 5

touchent ou se croisent, un épanchement survient , etc. ; et , dès lors , comnient voir les faits qui se passent? Je dis clairement voir; car ce qui n'est pas clairement vu , n'est pas vu : une grande partie de l'art des expériences est de rendre les faits clairs et nets.

§ II

11 fallait donc, en premier lieu, choisir un os dont les deux extrémités fussent fixes , afin que les bouts rompus ne pussent pas se rapprocher.

Il fallait , en second lieu , ne pas se borner à le fracturer, à le rompre ; car, dans ce cas , les bouts rompus demeurent trop près l'un de l'autre.

J'ai choisi , pour mes expériences , les côtes : os fixés d'un côté aux vertèbres, et de l'autre par le cartilage sternal au sternum.

Et je ne me suis pas borné à fracturer l'os. J'ai retranché une certaine portion d'os: et par là les deux bouts divisés ont été mis d'abord , et constamment tenus ensuite , à une certaine distance l'un de l'autre.

MA THKOniF

Expériences faites sur les côtes.

On a retranché sur plusieurs chiens une portion de côte, en n'enlevant que Tos et en laissant le périoste.

Au bout de quelques jours , il s'est formé, dans le périoste laissé entre les deux bouts de côte, un petit noyau osseux. Peu à peu ce noyau osseux s'est développé, et il a fini par reproduire, par rendre toute la portion d'os qui avait été retranchée entre les deux bouts de côte.

La Planche 1 représente une suite de côtes.

On a retranché sur chacune de ces côtes une portion d'os , en ayant soin , comme je viens de le dire , de n'enlever que l'os et de laisser le périoste.

Puis, l'animal a survécu de plus en plus longtemps à l'opération, depuis l'animal de la première côte jusqu'à celui de la dernière.

Sur chacune de ces côtes , en allant de la première à la dernière , on voit un progrès nouveau dans le périoste : d'abord périoste simple , mais tuméfié ; puis cartilage ; puis os.

ET LVS EXPEIÎIKNCKS QUÏ LA OÉMONTUKNT.

On voit sur la côte 1 , entre les deux bouts de côte, le périoste très épaissi, très gonflé.

L'expérience a duré quatre jours, •

Pour la côte 2 , l'expérience a duré six jours. Ici , le périoste laissé entre les deux bouts de côte est déjà cartilage , et dans le milieu de ce cartilage sont deux petits noyaux osseux (1) parfaitement déterminés , circonscrits , très éloignés tous deux des deux bouts de côte.

L'expérience pour la côte 3 a duré dix jours. Au milieu du périoste laissé entre les deux bouts de côte est aussi un double noyau osseux ; et comme cette expérience a duré quelques jours de plus que la précédente , le double noyau osseux est aussi un peu plus gros que celui de la côte 2.

Dans la côte /i. » il y a trois noyaux osseux.

Dans la côte 5 , il n'y en a qu'un , mais il est très développé; et néanmoins, quoique très développé, il ne touche encore à aucun des deux bouts de côte.

Celui delà côte 6 touche déjà à un bout de côte.

(1) Quelquefois il y eu a deux, atmmo, ici; quelquefois trui»;, comme .sur la cô.e /i ; souvent il n'y en a qu'un. Quand i) y vu a I»lu8i<*iir.s, ils se réunisseni plus lard en t»n.

8 MA THKOnil':

Et celui de la côle 1 de la Planche il touche aux deux bouts de côte.

Ici , toute la portion d'os qui avait été retranchée entre les deux bouts de côte est reproduite , rendue ; la restitution de la côte est complète.

L'expérience a duré : pour la côte 4, douze jours; pour la côte 5, quatorze jours; pour la côte 6, seize jours ; et pour la côte 1 de la Planche II , elle a duré trois naois.

Tout , dans cette suite d'expériences, est à remar quer, car chaque circonstance y est une preuve de ma théorie et une réfutation des théories reçues.

En premier lieu , l'os nouveau naît dans le périoste ; ce point est ici de toute évidence.

En second lieu, il naît dans le périoste sans toucher d'abord à l'os ancien ; ce n'est que plus tard , et même très tard (1) , ce n'est qu'à la fin qu'il y touche.

En troisième lieu , l'os ancien ne s'allonge pas ; ses bouts ne s'avancent pas l'un vers l'autre pour se rejoindre ; ils ne se rejoignent pas ; ils ne bougent pas; ils ne se rejoindront jamais: entre l'un et l'autre il y aura toujours l'os nouveau.

(1) Relativement à la durée de Texpériencc, bien entendu.

KT LKs i:.\i»i:i;ii:nck.s qui la dkmontiîk.nt. 9

Eli quatrième lieu enfin , c'est dans le périoste même que nait Tos nouveau, et non dans une substance^ dans un épanchement quelconques, étrangers au périoste.

L'os se forme donc dans le périostes

Expériences faites au moyen d'une canule introduite

dans Vos.

La fon^malion de l'os dans le périoste est donc démontrée; et, sur ce point, je pourrais sans doute m'en tenir aux expériences qui précèdent. Je crois pourtant devoir en ajouter ici quelques autres qui ne sont pas moins décisives (1).

Puisque , me suis-je dit , c'est le périoste qui produit l'os , je pourrai donc avoir de Tos partout où l'aurai du périoste , c'est-à-dire partout où je pour-

(1) Je ne place ici que les plus décisives, ou, pour mieux dire . que celles dont l'évidence est la plus frappante ; car, d'iiiileurs, tout cet ouvrage est rempli d'expériences qui prouvent la /brmation de Vos dans le périoste. On y trouvera de ces expériences h chaque page, et l'on y en trouvera de tout genre.

iO MA THÉORIE

rai conduire, introduire mon périoste. Je pourrai multiplier les os d'un animal , si je veux ; je pourrai lui donner des os que naturellement il n'aurait pas.

§ ni.

D'après celte idée, j'ai imaginé de percer un os, et d'introduire une canule d'argent dans cet os percé.

Bientôt le périoste s'est introduit dans cette canule; puis il s'y est épaissi, gonflé; puis il y est devenu cartilage , et puis il y est devenu os. L'animal a eu, à sa jambe (car j'opérais sur le iibia)^ un petit os nouveau, un petit os de plus, un os que naturellement il n'aurait pas eu ; et comme la carnUe avait été placée en travers, le nouvel os, l'os surnuméraire. Vos déplus a été aussi transversal.

Les pièces 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11 et 12 de la Planche 1 1 sont des tibias de différents chiens.

Sur chacun de ces tibias on a fait d'abord un trou, et puis on a introduit dans ce trou une canule d'argent.

Le premier de ces tibias^ le tibia 5, est le seul qui n'ait pas reçu de canule.

KT Li:S KXPKIIIKNCKS QUI LA DKMONTIIENT. il

On voit, sur ce tibia ^ le périoste qui s'est introduit dans le trou de Tos, qui le remplit , qui pénètre par ce trou jusque dans le canal médullaire de Tos, et qui, arrivé là, s'unit à la membrane médullaire (1).

Tous les autres tibias ont une canule ; et l'on voit, sur tous : le trou de l'os, la canule, l'introduction du périoste dans la canule, et l'union du périoste avec la membrane médullaire.

Sur le tibia 9 , la membrane médullaire a , si je puis ainsi dire , gagné de vitesse le périoste, et c'est elle qui , s'étant introduite la première dans la canule, est venue joindre le périoste et s'unir à lui (2).

Si maintenant vous suivez le périoste, depuis le premier de ces tibias jusqu'au dernier, vous aurez toute la marche de ses modifications; vous le verrez d'abord de plus en plus épaissi , gonflé , du premier tibia au troisième ; puis cartilagineux du quatrième au cinquième ; puis commençant à s'ossifier dans le sixième ; et puis complètement ossifié , tout-à-fait os , formant un os complet et nouveau , dans les deux derniers.

(1) Tons ces tibias ont éié sciés en long, pour qu'on pût voir I«* canal médullaire et sa membrane.

(!2) Ceci arrive souvent, car le périoste et la membrane niédulliiirc sont le môme organe et donnent également l'os. Voyet 'c chapitre suivant.

12 MA THKOHIi:

I/expérience a duré cinq jours pour le premier tibia, six pour le second, sept pour le troisième, neuf pour le quatrième , dix pour le cinquième , onze pour le sixième, et quinze pour les deux derniers.

Voilà donc une suite d'expériences où Ton voit le périoste s'introduire dans un tuyau , dans une canule, dans un lieu qui n'est pas le sien , dans un corps étranger au corps de l'animal , et on le voit là complètement isolé, complètement seul, donner de l'os , devenir os.

Encore une fois, l'os se forme donc dans le périoste,

SECONDE PKOPOSrriON.

L*OB croit en grosseur par couches superposées.

J'ai entouré, d'un anneau de fil de platine, divers os longs sur différents animaux , sur des chiens , sur des lapins, sur des cochons d'Inde, etc.

Au bout de quelque temps, l'anneau de fil de platine, qui d'abord entourait l'os, s'est trouvé entouré par l'os et contenu dans le canal médullaire.

Dans toutes ces expériences , le premier soin a été (le bien placer Tanneau sous le périoste , sur Tos même, entre Tos et le périoste.

On a commencé par mettre à nu , sur chaque animal , Tun des deux tibias; le périoste a été ensuite incisé sur un point ; et , par ce point incisé , Ton a fait passer un fil de platine entre le périoste et l'os.

L'os a continué de croître, et à mesure qu'il a crû, il a recouvert de ses couches l'anneau de platine.

Les pièces 15 et 16 de la Planche VI sont deux tibias de deux lapins.

Sur le tibia 15, l'anneau de platine n'est encore que sous le périoste seul ; et , sur le tibia 16 , il est déjà recouvert d'une lame osseuse.

Pour le tibia 15 , l'expérience ne fait que commencer ; et pour le tibia 16, elle a duré huit jours.

8 IV

Les pièces 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13 et 14 de la

Planche IV sont des portions de tibias de jeunes chiens (1).

Sur ces tibias , pour lesquels l'expérience a duré de plus en plus longtemps , depuis le premier jusqu'au dernier, l'anneau est de plus en plus recouvert par l'os, de plus en plus près du canal médullaire ; il finit par être dans le canal médullaire.

Sur les tibias 7 et 8, par exemple, l'anneau n*est encore recouvert que par quelques couches osseuses ; il est à peu près dans le milieu de l'épaisseur même de l'os sur le tibia 9 ; il est de plus en plus près du canal médullaire sur les tibias 10, 11, 12; il est presque entièrement dans le canal médullaire sur le tibia 13 ; il y est tout-à-fait sur le tibia 14,

Ainsi donc, quand on place un anneau de fil de platine autour d'un os, cet anneau est bientôt recouvert par des couches d'os nouvelles. On voit ces nouvelles couches se former extérieurement à l'anneau , par-dessus l'anneau ; on voit une première couche se former sur l'anneau , une seconde couche

(i) Pour ménager Tespacc, on n'a reproduit, de chaque libia^ que la portion qui porte Tanneau.

se former sur la première, une troisième sur la seconde , et ainsi des autres.

Uos croît donc en grosseur par couches superposées.

TROISIÈME PROPOSITION

%^m^ ^foU CMi kMigiieiir par concb^s J«xt«p«Bé«i.

J'ai pratiqué sur le tibia de plusieurs lapins deux trous 5 et j'ai placé dans chacun de ces trous un petit clou d'argent.

L'intervalle entre les deux trous de l'os, ou les deux clous d'argent, a été mesuré très exactement.

Et , en même temps que j'opérais ainsi sur le tibia d'un côté, j'amputais le tibia du côté opposé, et je le conservais pour que, le moment venu, je pusse y trouver un terme de comparaison.

La pièce 18 de la Planche VI est le tibia gauche d'un lapin.

Ce tibia a été détaché du corps par amputation ,

le jour même où Ton pratiquait deux trous sur le tibia droit.

La pièce 17 est le tibia droit. Aux points marqués i i , se voient les deux trous dont je parle et les petits clous d'argent qu'on y a placés.

L'expérience a duré cinquante-trois jours.

Or, quand l'opération a été faite, il y avait entre les deux trous 20 millimètres de distance ; -et quand l'animal a été tué , il n'y avait entre les deux trous que 20 millimètres de distance.

L'intervalle entre les deux trous était donc resté le même.

Et cependant l'animai s'était beaucoup accru; le <t6îa , en particulier, s'était accru de 31 millimètres.

Ainsi, l'expérience avait duré cinquante- trois jours, comme je viens de le dire ; et , au bout de ce temps, le tibia soumis à l'expérience, comparé au tibia amputé, se trouvait à peu près d'un tiers plus long.

Le tibia 18 est le tibia amputé au commencement de l'expérience ; il a 63 millimètres de longueur.

Le tibia 17 est le tibia soumis à l'expérience; il a 94 millimètres.

La pièce 20 est le tibia gauche d'un lapin , le tibia amputé au commencement de Texpérience.

ET LES EXPÉBieNG^S QUI LA DÉMONTRENT. 17

La pièce 19 est le tibia droit du même lapin , le tibia soumis à l'expérience.

Aux points marqués i i sont les deux trous , et les deux clous d'argent mis dans ces trous.

L'expérience a duré quatre-vingt-sept jours.

Le tibia amputé au commencement de l'expérience a 66 millimètres de longueur.

Le tibia soumis à l'expérience a , à la fin de Texpérience,10/i. millimètres de longueur.

La différence de longueur entre les deux tibias est donc de plus de 88 millimètres, c'est-à-dire de plus d'un tiers.

Et cependant l'intervalle entre les deux trous, qui, au commencement de l'expérience , était de 20 millimètres , est de 20 millimètres à la fin de l'expérience.

Tout l'accroissement de l'os s'est fait par-delà les trous.

§ III

Dans les expériences précédentes, chaque os n'avait que deux trous. J'ai voulu multiplier les trous sur le même os.

Les pièces 1 , 2 et 3 de la Planche V sont les tibias droits de trois lapins.

Le tibia 1 a six trous , le tibia 2 en a huit , et le tibia 3 en a huit aussi.

§iv.

Il y a jusqu'à quatre expériences distinctes sur chacun de ces os : la première , relative au corps de l'os ; la seconde , à ses extrémités; la troisième, à son épine ou apophyse ; et la quatrième y à ses épiphyseSé

Mais je ne parle ici que des deux premières ; je parlerait plus loin » des deux autres (1).

L'expérience relative au corps de l'os a trois clous qui la représentent : sur l'os n'* 1, les clous 3, 4 et 5 ; et sur les os n*** 2 et 3, les clous 4, 5 et 6.

Or, quand l'expérience a commencé , ces clous étaient à 1 centimètre l'un de l'autre ; et quand l'expérience a fini , ils étaient , l'un de l'autre , à 1 centimètre.

Et cependant l'os n° 1 s'était accru de 6 millimètres ; l'os n** 2 , de 2 centimètres 6 millimètres ; et l'os n** 3, de 2 centimètres 7 millimètres.

Encore une fois, tout l'accroissement de l'os s'était donc fait par-delà les clous.

(1) LorsquMl s^agira des expériences de ma cinquième Proposition.

L'expérience avait duré vingt^eux jours pour l'os n** 1 , quarante-six pour Tos n*" 2 , et soixantesix pour l'os n° 3.

§VI

Deux clous représentent l'expérience relative aux eœlrémitùde l'os : sur l'os n*" 1, les clous 1 et 6 ; et sur les os n°* 2 et 3 , les clous 2 et 7.

Sur l'os n*" 1, les deux clous 1 et 6 ont été mis à 5 centimètres 1 millimètre l'un de l'autre ; sur l'os n° 2, les deux clous 2 et 7 ont été mis à 3 centimètres 3 millimètres l'un de Tautre ; et sur l'os xf 3, les deux clous 2 et 7 ont été mis , l'un de l'autre , à 4 centimètres 3 millimètres.

Et je n'ai presque plus besoin de dire que , sur aucun de ces os , la distance d'un clou à Pautre n'a jamais changé.

Mais, sur Tos n° 1, le clou 1, qui était d'abord à 4 millimètres de Vépiphyse iupérieure^ en est maintenant à 7 ; et le clou 6 , qui était à 4 millimètres de Vépiphyse inférieure , en est aussi à 7.

Sur l'os n** 2, le clou 2, qui d'abord était à 4 millimètres de Vépiphyse supérieure^ en est maintenant à 20; et le clou 7, qui était à 4 millimètres de Vépi-physe inférieure , en est à 16.

Sur l'os n' â, le clou 2, qui était à 4 millimètres

de Vépiphyse supérieure , en est à 25 ; et le clou 7, qui était à 3 millimètres de Vépiphyse inférieure , en est à 13.

L'os n° 1 s'est donc accru de 3 millimètres par en haut , et de 3 millimètres par en bas.

L'os n° 2 s'est accru de 16 millimètres par en haut , et de 12 par en bas.

Et l'os n° 3 s'est accru de 21 millimètres par en haut , et de 10 par en bas.

Tous ces os se sont donc accrus par en haut et par en bas (1) , et ils ne se sont accrus que par en haut et que par en bas.

L'os ne croît donc pas en longueur par Vextension de son tissu : il croit en longueur parce que de nouvelles couches, de nouvelles lames s'ajoutent sans cesse les unes aux autres à chacun de ses deux bouts, et s'y juxtaposent.

Mais d'où viennent ces couches , ces lames dont la juxtaposition successive produit tout Y accroissement de l'os en longueur? Elles viennent du fibrocartilage (c'est-à-dire du périoste à. l'état de fibro^

(1) En général , Tos croit un peu plus par en haut que par en bas, comme je le vois par les pièces mêmes dont je parle ici, et surtout par les pièces très nombreuses de ma Collection.

ET LES EXPÉiUENGES QUI LA DÉMONTRENT. 21

cartilage) qui sépare l'os de son épiphyse^ la diaphyse de Yépiphyse.

Tant que ce fibro-cartilage subsiste , Tos croît en longueur; dès qu'il est entièrement ossifié, tout raccroissement de l'os en longueur est fini.

§ VIII

L'os croît donc en longueur comme il croît en grosseur : par des suradditions de couches.

Pour sa grosseur, ces couches se superposent; et pour sa longueur, elles se juxtaposent.

Los croît donc en longueur par couches juxtaposées,

QUATRIÈME PROPOSITION

Le canal médollalre s'afprandlt par la résorption des eonchea Internes de l'os.

Pour prouver la quatrième Proposition de ma théorie , il semble que je pourrais me borner à reprendre les expériences qui ont prouvé la seconde , c'est-à-dire les expériences où un anneau a été mis autour d'un os.

On se rappelle ces expériences et les pièces qui s'y rapportent.

Sur la pièce 15 de 1^ Planche VI , l'anneau est

encore par dessus l'os; et sur la pièce 16, il est déjà recouvert par des couches d'os nouvelles.

A la Planche IV, à mesure qu'on va des pièces 7, 8 et 9 aux pièces 10, 11, 12 et 13, on voit l'anneau de plus en plus recouvert par Tos , et de plus en plus près du canal médullaire ; il est tout entier dans le canal médullaire, sur la pièce 14.

Ainsi l'anneau, qui était d'abord sur l'os, est maintenant dans l'os ; l'os recouvre l'anneau qui recouvrait l'os; en un seul mot , l'anneau était extérieur, et il est intérieur.

Comment ce changement s'est-il fait?

Il n'a pu se faire que de deux manières : Ou l'os s'est étendu , et , se trouvant pressé par l'anneau , s'est rompu , pour se rejoindre ensuite par-dessus l'anneau ; ou bien tandis que d'un côté l'os acquérait les couches externes qui ont recouvert l'anneau, il perdait de l'autre ses couches internes, qui étaient résorbées.

La première de ces explications est celle de Duhamel (1) ; la seconde est celle de J. Hunter (2 et la mienne.

(1) « Sitôt qu'on sait que le canal médullaire augmente de dia- » mètre, on peut en conclure que les lames osseuses s'étenderU.n IV*Mém. sur les os. (Mém» de VAcad. des sciences ^ année 17/i3, p. 102.)

(2) f( L*addliioQ de matière osscosc nouvelle se fait à la sur-

Et, d'abord, je puis dire contre Duhamel que j'ai répété bien des fois Texpérience qui nous divise , que je l'ai suivie dans tous ses progrès , et que je me suis bien assuré que Tos ne se rompt point, et par conséquent quMl ne s'étend point.

Mais cela ne serait pas assez. Une expérience qui a pu se prêter à deux explications aussi différentes que celle de Duhamel et la mienne , n'est pas l'expérience qu'il faut; il faut une expérience qui décide , qui tranche : je crois l'avoir trouvée.

Au lieu d'un anneau qui presse , qui résiste » qui peut rompre l'os , j'ai employé une très petite lame de platine (1) , si mince qu'elle n'avait presque pas de poids (2) , et qui , de plus , étant isolée , libre , ne pouvait offrir h, Tos aucune résistance»

face supérieure de ces parties (des os), tandis qu'une quan- » tilé proportionnelle du tissu osseux ancien est enlevée à leur » surface inférieure. » OEuvres complètes de J. Hunter. (Traduction française par 6. Richelot, t. IV, p. /il i.)

(i) De à millimètres de long sur 2 de large.

(2) Le poids, d'ailleurs, n'aurait pas porté sur Tos ; la lame n'est pas sur le tibia , sur Tos ; elle est au^éfVO^U de Tos»

24 MA TiiÉonii-

§iv.

J'ai placé cette lame sous le périoste , et voici ce qui est arrivé. Les pièces 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21 et 22 de la Planche IV montrent la marche du fait dans tous ses progrès.

La pièce n° 15 est le tibia gauche d'un jeune chien (1) , âgé d'un mois. On y voit le périoste incisé , et la lame de platine sous le périoste. Cette pièce représente Texpérience vue au moment où elle vient d'être faite.

La pièce n° 16 est le tibia droit d'un jeune chien , du même âge que le précédent , opéré de même , et tué cinq jours après l'opération. Le périoste incisé s'est réuni , et recouvre la plaque de platine.

Dans la pièce n° 17 (2), la lame de platine est déjà recouverte par des lames osseuses.

. Ces lames osseuses sont plus nombreuses dans la pièce n° 18.

(1) C^est sur des tibias de jeunes chiens que toutes ces expériences ont été faites.

(2) Pour faire mieux yoir la position de la lame, on a scié l'os en long dans cette pièce et dans les suivantes.

ET LKS KXPKIIIEINCES QUI LA DÉMONTRENT. 25

La lame de platine est au milieu des couches de l'os dans les pièces n*** 19 et 20.

Elle est presque entièrement dans le canal médullaire sur la pièce n° 21.

Elle y est tout-à-fait sur la pièce n° 22.

Pour ces deux dernières pièces, Texpérience a duré trente-six jours ; elle en avait duré vingt pour les pièces 5 et 6 ; douze pour la pièce 4 ; et huit pour la pièce 3.

§ VI

Ce qui arrive à Vanneau arrive donc aussi à la lame.

La lame est, comme Y anneau^ successivement recouverte par le périoste , par des couches d'os , par des couches d'os de plus en plus nombreuses; on la trouve enfin dans le canal médullaire.

Et pourtant la lame n'a point résisté ; la lame n'a rien rompu. L'os , qui primitivement était sous la lame, est maintenant sur la lame : c'est qu'un os ancien a disparu et qu'il s'est formé un os nouveau. L'os qui existe aujourd'hui n'est pas celui qui existait quand on a mis la lame, il s'est formé depuis; et l'os qui existait alors n'est plus, il a été résorbé. La résorption de l'os est donc un fait démontré , un fait certain.

Le canal médullaire s'agrandit dtmc par la résorption des couches internes de Vos.

CINQUIÈME PROPOSITION

Les tètes des os sont snceesslvemeiit ffonnées et résorbées » pour être reformées encore » tant que l'os erott.

Le fait que j'explique ici est un des plus singuliers de l'accroissement des os.

A mesure qu'un os croît en longueur, ses deux extrémités , ses deux t^tes s'éloignent de plus en plus l'une de l'autre. Comment cet éloignement se produit-il ?

Dans la théorie ordinaire de l'accroissement des os par extension , rien de plus simple à concevoir que le fait qui m'occupe. Les deux bouts , les deux têtes de l'os s'éloignent , parce que le corps , parce que la portion intermédiaire de l'os s'étend. Mais la théorie de Yextension n'est qu'une vaine hypothèse (1). L'os ne croît pas parce qu'il s'étend. 11

(i) On vient de le voir par les expériences décisives de i*article précédent.

ET LES EXPÉRIENCES QUI LA DÉMONTllENT. 27

croît en grosseur par couches superposées ; il croît en longueur par couches juxtaposées (1).

Comment donc , avec la crue de l'os en longueur par couches juxtaposées ^ Téloignement des têtes de l'os peut-il se produire? C'est que les têtes de l'os sont successivement formées et résorbées pour être reformées encore , et toujours de plus en plus loin l'une de l'autre , tant que la crue de l'os en longueur dure.

Pour suivre Taccroissement des os en longueur, je me suis servi , comme on vient de le voir (2), de petits clous enfoncés dans l'os.

C'est du même moyen que je me suis servi pour suivre le déplacement, l'écartement , disons mieux , le changement des têtes des os , leurs résorptions et leurs reproductions successives.

§IV

La pièce n"* 1 de la Planche V est le tibia droit d'un jeune lapin (3j.

(i) Voyez ci-devanl les expériences qui prouvent les Propositions II ti III,

(2) Voyez ci-devant le» expériences de la Proposition III.

(3) n avait cinq semaines au moment de l*opération , comme les deux autres auxquels appartiennent les pièces 3 et 3.

2ft MA THÉOIUE

On a déjà vu que six clous avaient été mis sur cet os; mais je ne parle plus ici que du clou qui se rapporte à mon objet présent (1).

Ce clou est le clou 2 : il a été mis, d'un côté, au niveau de V apophyse ou épine du tibia ^ et , de Tautre , à A millimètres du clou 1, mis, à son tour, à. 5 centimètres 1 millimètre du clou 6.

On se rappelle que Texpérience a duré vingtdeux jours ; que l'os , qui , au commencement de l'expérience, avait 6 centimètres de long, avait, à la fin de Texpérience , 6 centimètres 6 millimètres ; qu'il s'était donc accru en longueur de 6 millimètres ; et que tout l'accroissement s'était fait par-delà les clous, puisque l'intervalle des clous n'avait pas changé.

Je viens au clou qui m'importe ici , au clou qui avait été placé au niveau de Vépine du tibia : il s* en trouve maintenant à 3 millimètres; et comme il n'a pas bougé (c'est-à-dire changé par rapport aux autres (2)), c'est donc Vépine du tibia qui s est éloignée , c'est elle qui a changé.

Pour la pièce n° 2, l'expérience a duré quarantesix jours. Le clou 3, qui d'abord était au niveau

(1) rai parlé des autres clous à propos des expériences relatives à ma m* Proposition. Voyez ci- devant, p. 18 et 19.

(2) Par rapport aux clous 1 et 6.

de Vépine du tibia (1), en est maintenant à 13 millimètres. V épine s'en est donc éloignée de 13 millimètres.

Sur la pièce rf 3 , pour laquelle l'expérience a duré soixante -six jours, l'épine s'est éloignée du clou 3 de 17 millimètres (2).

L'épine , c'est-à-dire la tête du tibia , se déplace , s'éloigne donc de plus en plus à mesure que l'os croît en longueur. A parler plus exactement, l'os change continuellement de tête , pendant qu'il croît en longueur. En effet , ce n'est pas la même tête qui s'éloigne ; ce sont des têtes diverses qui , successivement , sont formées pour être résorbées , et résor-

(1) n était à 3 millimètres da clou 2 ; et celui-ci, comme on Ta déjà vu (p. Id), était à 3 centimètres 3 millimètres du clou 7. Aucune de ces distances n^a jamais changé.

(2) Le clou était à 3 millimètres du clou 2, et celui-ci à /tcentimètres 3 millimètres du clou 7. Aucune de ces distances n^a jamais changé.

N, B, U me reste à parler de l'expérience des épiphyses : je n*en dirai qu'an mot, et même (pour ne pas détourner Tattention de Texpérience plus importante des apophyses ou têtes de Tos) je ne le dirai qu'en Note.

Sur Fos n° 2, on a mis, ou voulu mettre un clou dans chaque épiphyse. Par erreur, le clou i a été mis, non dans Vépiphyse^ mais dans le fibro-carlilage qui sépare Vépiphyse de la diaphyse:

bées pour être reproduites. La <^ qui , sur la pièce n' 1 , était au niveau du clou quand Texpérience a commencé, n'est plus, et la tête qui en est maintenant à 3 millimètres est une tête nouvelle. Il faut en dire autant des têtes actuelles des pièces n" 2 et n* 8 : ce sont des têtes nouvelles ; les têtes anciennes ont disparu. Il y a donc une succession , une mutation continuelle des têtes des os pendant tout l'accroissement des os en longueur.

Les têtes des os smt donc siLccessivement formées et résorbées , pour être reformées encore , tant que Vos croît.

Il était là à A millimètres da clon 2 , et 11 est resté à A millimètres da clou 2.

Aa contraire, le clou 8 avait été bien mis dans Yépiphy se: et ce clou , qui n'était d*abord qu'à U millimètres du clou 7, en est maintenant à 17 millimètres.

Sur Fos n"" 3, les deux clous i et 8 ont été bien mis dans les épiphyses: aussi, le clou 1, qui d'abord n'était qu'à U millimètres du clou 2, en est maintenant à 25 millimètres; et le clou 8, qui n'était qu'à U millimètres du clou 7, en est à 1/i.

L'os ne s'étend pas , et voilà pourquoi les clous mis dans l'os ne s'éloignent pas l'un de l'autre ; mais , entre l'os et l'épiphysc, il s'interpose sans cesse de nouvelles couches (tant que l'os croit},, et voilà pourquoi Tépiphyse s'éloigne sans cesse de la partie moyenne de l'os (tant que l'os croît).

SIXIÈME PROPOSITION

1m matatlon eontlnaelle de la matière est le grand ^t uerYelllefix ressort da développemeiit des os.

Ce merveilleux ressort est démontré par les expériences des anneaux (1 ), par celles des lames (2), qui montrent que le corps de l'os tout entier est continuellement résorbé et reformé , qu*il se renouvelle sans cesse.

Il est démontré encore par les expériences des clous (3) , qui montrent que les têtes des os sont successivement résorbées et reproduites , quelles sont continuellement rénovées.

Et cette rénovation continue est, déplus, très

rapide.

Il faut quelques semaines à peine pour la rénovation entière du corps de l'os, pour celle des têtes des os.

Pour le corps de l'os , Texpérience la plus longue

(1) Voyez ci-devant les expériences de la Proposition IL

(2) Voyez ci-devant les expériences de la Proposition IV.

(3) Voyez ci-devant les expériences de la Proposition V.

a duré trente-six jours (1) ; et pour les têtes des os , l'expérience la plus longue est de soixante-six jours (2).

§ ni.

Quand un os croît en grosseur ou en longueur, il ne sV^d pas pour devenir plus gros, il ne s'étend pas pour devenir plus long. L'os change continuellement de corps et de têtes , pendant qu'il s'accroît. Pour mieux dire encore , et pour dire tout , ce n'est pas le naême os qui s'accroît : c'est une suite d'os qui disparaissent, et une nouvelle suite d'os qui se forment.

Ce n'est pas le même os qui devient plus gros , ce n'est pas le même os qui devient plus long : à un os d'une grosseur donnée succèdent des os déplus en plus gros, à. un os d'une longueur donnée succèdent des os de plus en plus longs.

La mutation continuelle de la matière est donc le grand et merveilleux ressort du développement des os.

(1) Voyez ci-devant les expériences de h Proposition IV : expérience ou pièce 22 (Planche IV).

(2) Voyez ci-devàni les expériences de la Proposition Y : expérience ou pièce 3 ( Planche V y.

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