II. La despotie est une forme barbare. Les grands peuples
arims Tout toujours repoussée comme indigne d'eux, affirmant
les droits des ordres et des individus même contre prince. Ils se
sont sentis libres; ils ont toujours considéré le despotisme
comme une injustice. La monarchie civilisée reçoit donc des
bornes de Vordre juridique commun. La situation du monarque
en grandit, car il est plus noble d*être le chef d'hommes libres
que d'esclaves ; de rassembler et de diriger des forces politiques
que de conduire une stupide obéissance. L'unité et l'énergie de
l'ensemble, jointes à la liberté du développement individuel,
font la bonne organisation de TËtat; la forme despotique est
impuissante à les donner.
L'esprit humain a bien longtemps cherché la juste mesure, la forme exacte.
La royauté familiale ou le patriarcat, Fun des plus anciens essais, honora dans le roi le chef de la famille la plus distinguée, le plus âgé ou le père de la race. Les relations, l'esprit de famille, dominent encore cette forme naïve, dont le Vizpati des l'aces indiennes et le Kuning des peuplades allemandes nous offrent des exemples.
Le princîpat patrimonial du moyen âge, État féodal {Lehensstat] ou simple seigneurie territoriale [Landesherrschaft^ doinlnium ^aê], se lie également aux institutions du droit privé, et se ressent encore du droit de famille et des conceptions dynastiques. I^arune erreur de plus» il fait de TÉtat une propriété^ et considère la fonction comme un droit de fortune*
Le sentiment de l'État est peu net encore dans des deiiX fof- ^es, phases préliminaires.
m. Lorsque ce sentiment, s'éveillant davantage^ se porte vet*s ^n objet unique, à l'un seul des attributs de la royauté* il en-=gendre les formes unilatérales de la principauté guerrière (duché, Qouvernement des imperatores), ou de la iprincipsiuié juridiction- '^^llt[Gerichtsverfassung), la première énergique et vivante, la seconde tranquille et tempérée.
IV, Quand le prince, exagérant dans sa personne même le s( liment de TÉtat, se croit le détenteur de tous les pouvoirs, n< avons bien une puissance centrale complète et déterminanU mais le peuple est sans liberté politique, et la monarchie, absol Cette monarchie correspond, comme forme civilisée, à la fon barbare de la despotie. Elle s'en distingue en ce que le prince :mr€ connaît un ordre juridique nécessaire qu'il se fait un devoi d'observer, dans la règle du moins. La puissance du princ; absolu est plus restreinte dans les formes modernes qu'elle n'éta. i à Rome; le christianisme et les idées féodales d'indépendance l'ont modérée.
V. Les formes de la monarchie tempérée sont plus nobles ^ mieux proportionnées. Elles reconnaissent la puissance une ^ pleine (die einheitliche Machtfûlle) d'une autorité publique c&Ti traie, et cherchent à l'unir avec la liberté du peuple et des incii vidus. Tels sont les États du moyen âge, tempérés par Yaristocrczt'à et par les ordres^ et les formes modernes de la monarcbi représentative et conslitutiofinelle.
VL Une opposition qui se rencontre à tous les degrés formes monarchiques, grossière dans le despotisme de l'j cienne Asie, noble dans les formes européennes, est celle da 1* royauté et de Y empire,.
L'idée de royauté se réfère à la nation, celle d'empire à Vht^^ manité, La royauté est la magistrature la plus élevée de YÈtaf national, particulier; Y empire, la couronne de YÈtat universel' L'empereur s'élève au-dessus des rois, comme l'humanité audessus des nations. Tous les vastes empires de l'Orient célèbrent à l'envi leurs rois des rois. César s'empara personnellement de l'idée de l'empire universel de Rome, et l'histoire du monde a donné son nom à cette haute conception de l'État. Au reste, celleci ne pourra se réaliser pleinement qu'ensuite de progrès plus avancés dans l'organisation générale du monde. Les tentatives faites jusqu'à ce jour n'ont été que restreintes et imparfaites ^
* V. dans le deutsches Statswôrterhuch au mot « Kaiserthum, » sur l'idée et rhistoire de Tempire. [a Kaiser )>, « Kaiserthum » (emi^ire, empereur) et « czar » viennent évidemment de « César; » mais, ea français, « césarisme » ne se prend qu'en mauvaise part.]