‹ Théorie mécanique de la chaleur ... [3 vol.] (volume 3)Chapitre 100 sur 136 · LIVRE V, CHAPITIIE TI · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITIIE TI

ter de corps glorieux, mais il a été jusqu'à aflirmcr, sous forme dogmatique, que chacun de nous serait remis en possession de son propre corps, en chaii' et en os! EL lei mystique orgueilleux, qui rit du pauvre nègre se taillant son Dieu avec un couteau, ne diffère pourtant de ce païen que par l'instrument auquel il recourt lui-même; l'un se sert du couteau ; l'autre taille avec l'imagiJiation, mais tous deux ramènent I'Être infini à une forme! La différence n'est vraiment pas assez grande pour donner au mystique un droit de mépris et surtout un droit de condamnation, à l'égard de son inférieur !

.l'ai signalé ailleurs déjà l'origine de celle tendance que nous avons de donner une forme à toute existence; tendance qui devient peu à peu invincible, si nous n'exerçons une active surveillance sur nous-mêmes. J'ai mooti-é aussi que pourtant nous sommes bien loin d'être condamnés i n'avoir que la notion du fini. Je reviens encore sur ce sujet, mais à BO point de vue différent.

Nous ne nous sommes occupés que du côté fautif et vicieux de celte tendance, dans son origine même. Peut-être en ce sens avons-nous été par trop sévères : en philosophie il faut rester juste, même quand il s'agit d'une erreur. Nous disons que l'ÉLÉHENT ANiMiQUE Organise son instrument a l'aide des éléments du monde externe, d'après un plan tracé à l'avance. Ce plan, auquel il se conforme sans en avoir conscience, est donc bien évidemment renfermé en virtualité dans son être. Nous disons : sans en avoir conscience. La tendance que nous avons d'attribuer à notre être animique la forme qu'il est appelé à donner à l'organisme, ne pourrait-elle pas dériver néanmoins de l'existence de ce plan et d'une intuition vague que nous en aurions? Le penchant que nous avons â tout vouloir nous figurer, quoique faux dans ses conséquences, aurait du moins ainsi une origine élevée.

Quoi qu'il en soit, il est bien évident que si eflectivemcnt

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Si nous nous donnions plus la peine de nous observornousmômcs pcndanl que nous pensons ; si nous songions plus souvent à analyser nos actes élémentaires, le caractère absurde de la première question nous paraîtrait tellement saillant que l'esprit le plus systématique n'oserait jamais la poser.

Le jeu de la mémoire, remarquons-le d'abord, est fort loin d'être simple, comme chacun est porté à ie croire. Le rappel le plus élémentaire, la seule recherche d'un mot est commandée par la volonté et accompagnée d'un effort plus ou moins énergique, parfois très fatigant. Et le rappel d'une phrase, ou d'un discours entier, exige non seulement l'action continue de la volonté, mais encore Iq concours de lotîtes nos Tacultés réunies: c'est ce (pi'il est, je pense, inutile de prouver. A un point de vue tout à fait physiologique, l'unilé et In simutlanéilé d'action de tous les oignes spéciaoi ()ai concourent à la pensée, sont un fait absolument incontestable. Et à ce seul point de vue déjà il est absurde de dire que c'est l'organe de la mémoire qui se souvient. Mais là n'est pas la question qui nous occupe.

Comment procédons-nous dans la recherche d'un simple mot (nom propre, terme technique, qualification....) qne nous avons depuis longtemps perdu de vue? A peu près (peut-èti'e tout i\ fait) comme lorsque nous cherchons un volume égaré dans notre bibliothèque. En tout premier lieu, nous savons que ce volume, tout au moins, s'y est trouvé, s'il ne s'y trouve encore ; nous tâchons de nous rappeler sa forme, sa couleur, nous parcourons tous ceui des rayons, et nous n'arrêtons pas même un iuslant le regard sur la plupart d'entre eus, car nous savons qu'aucun n'est celui que nous cherchons ; par moment nous croyons le tenir, mais nous reconnaissons l'erreur ; puis, au moment où nous désespérons, le re^rd se fixe à la vraie place: nous reconnaissons d'emblée l'objet de notre perquisition. Dans le rappel d'un root, d'une date, d'un fait quelconque, il se présente souvent deux antres phél

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