‹ Théorie mécanique de la chaleur ... [3 vol.] (volume 3)Chapitre 136 sur 136 · LIVRE V, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE V

Nos devoirs, noire règle de concluile à l'égard des malheureux alleinis d'aliénation mentale ne sont pas les mômes si ces êtres sont simplement affectes d'une maladie du cerveau et de ses dépendances, ou si nous les supposons possédés. Nous n'avons certes en aucune liypolLèse le droit barbare de les livrer aux flammes; encore bien moins aurions-nous le droit odieux de recourir à la torlure pour forcer des railliei's d'innocents à s'avouer eux-mêmes aisorceUs! L'ignorance, ne ■eculons pas devant un mot plus fort quoique trivial, la bêtise des Juges, eslici la seule excuse valable des atrocités sans nombre commises. Mais toujours csl-il que le traitement des aliénés, des maniaques, des ballucinés, que tout l'ensemble de nos devoirs envers eux , seraient modifiés , si ces infortunés étaient effectivement le lieu d'habilalion d'un démon ! La piété ne pouvait absolument rien nous apprendre sur ce qui en est; disons-le même hardiment, c'est la piélé, égarée par l'inlerprélation littérale de certains textes , qui a été l'origine d'une honteuse superstition, et qui a fait croire à l'existence des démoniaques et à l'existence d'hommes ou de femmes à qui Satan aurait transmis son pouvoir ! ! ! La science, armée du fouet du sceptisme , a seule pu chasser le diable de l'imagination humaine, son berceau et son unique royaume ! Elle a seule pu convaincre les juges et les victimes qu'en ce monde il n'y a ni sorciers , ni possédés , ni démons , qu'il n'y a que des malades!...

Nous pourrions multiplier les citations presque à l'infmi, si ce n'était acheter par trop chèrement une démonstration , que de reculer vers un passé horrible ; et toujours nous verrions le mal, né dans l'ignorance, éteint par les lumières conquises par la raison au sein de la nature.

Devant le langage impérieux des faits , nous sommes amenés à proclamer, comme nécessaire et comme indissoluble, l'alliance de la science cosmogonique avec la religion ; car elles constituent en réalité l'interprétation d'une même pen-

530 liMVERS ANIHÉ.

sce, considérée sous deux points de vue difTèrcnts. Dans la religion , la notion de Dieu va Ju dedans au dehors ; dans la science , elle vient du dehors au dedans. Ces deus notions se complèlent l'une l'autre. La première , avec toutes ses conséquences, est de nalure à se perfectionner, à mûrir ou à déchoir, aussi bien que la seconde. Avec les ressources seules de l'intuition, l'homme, Tait A l'image de Dieu, est par trop exposé ici bas h faire Dieu à son image : le passé et même le présent ne confirment que trop la Justesse de l'cpigramme du génie le plus satirique des temps modernes. Avec les ressources seules de la science , l'être moral est par trop exposé à s'annihiler dans l'infini. De l'union seule des deux notions peut résulter une morale de plus en plus en harmonie avec la conscience et avec la raison.

Puissent ceun qui dans nos sociétés se sont adjugé la mission de guider les masses humaines, de leur donner le pain de l'esprit, se convaiucre un jour que la vraie religion trouvera dans celte harmonie un appui plus sûr que dans la compression et dans l'obscurité! Puissent-ils comprendre que l'intérêt môme de leur sainte mission leur commande de progresser aussi ! On n'immobilise pas plus l'humanité qu'on n'arrête le mouvement de la terre.

Une seule chose sans doute sufliL, du moins à l'immense majorité des hommes. Mais pour qu'elle répande de doux fruits et non l'amerlume, il faut qu'elle repose chez ceux qui la possèdent, ou tout au moins chez ceux qui l'enseignent, sur la raison et sur l'inlelligence , mûries, développées par la lumière paisible et vivifiante qui émane de toutes les profondeurs de la création.

538 KOTES ET ADDITIONS.

ment négatifs en ce sens. Néanmoins je m'occupe de reprendre le problème par des moyens nouveaux plus concluanls : la solution csl trop importante pour que les physiciens n'y apportent pas toute la précision possible ; elle décidera déQnilivement et sans réplique si la lumière et la chaleur sont ou non un mouvement de la matière pondérable. Je rappelle encore une fois ici, et de la façon la plus exrpresse, que la pression dont il s'agit ici , et qu'il faut réfuter ou constater expérimentalement, n'a rien de commun avec la répulsion catoriQque à distance, mise hors de doute par M. Fayé.

Pages SOS et 428

Sur la vilesse du flu\ nerveoi dans la sensation et dans l'acte de la volition.

(H.<inu!n) pri'seuld camiae lmRiiu>b-e il U Svdriij Lliidciiuo dtj Maîw-Dt-Loire, en 1887.)

A qudquen passages prés que j'ai supprimés comme inutiles j«', je repfodiiis mon travail tel qu'il a paru dans les Annales delà Société à laquelle je F ai adressé.

Dans le cours de ces dernières années, plusieurs physiologistes, mettant à profit les procédés si délicats dont dispose aujourd'hui la physique pour mesurer et enregistrer de très courts intervalles de temps , ont cherché à déterminer la vitesse du flux nerveux. Le résultat final, supposé correct, de ces recherches, c'est que la vitesse de transmission des sensations ou des ordres de la volonté par les conducteurs nerveux , est à peine de 30 mètres par seconde ; de telle sorte que , chez un homme de taille ordinaire , une sensation met environ un quinzième de seconde à arriver de l'orleil au cerveau où elle est perçue; de telle sorte qu'une baleine de 30 mètres de longueur, qu'on blesserait à la queue, ne sentirart la douleur qu'au bout d'une seconde entière. La conséquence de ce résultat expérimental a été pour beaucoup de

physiciens et de physiologistes : que ce ii'cst point l'électricité gui est en action dans les nei-fs.

Voyons d'abord si le résullat. expérimental peut être admis comme correct , si effectivement la vitesse du flux nerveux ne s'élève qu'à 30 mètres par seconde.

Voyons ensuite quelles conséquences on serait en droit de tirer d'expériences qui prouveraient qu'effectivement la vitesse de l'agent nerveux est beaucoup plus faible que celle qu'on adjuge communément à l'électricité.

Les expériences exécutées jusqu'ici sont de deux espèces. Les unes , dues à M. Helmholtz , ont été faites sur des membres prépai'és de grenouilles. Dirigées avec le talent habituel de cet habile observateur, elles sont inattaquables quant aux nombres qu'elles ont fournis ; elles sont au contraire attaquables dans les conséquences àtirer de ceux-ci. J'en parlerai plus loin à ce point de vue.

Les secondes ont été faites sur l'homme même, et à l'état vivant; elles sont dues surtout au docteur Schelske, de Berlin.

Je m'y arrête comme il convient.

Voici en peu de mots la méthode sur laquelle elles reposent.

En deux points inégalement distants du centime cérébral, à l'orteil, par exemple, et à l'aine, on excite successivement une sensation de douleur ou signal d'appel, à l'aide d'une décharge électrique qui s'inscrit d'elle-même et instantanément sur un appareil enregistreur. Au moment même où la personne soumise à l'expérience perçoit la douleur , elle donne de la main un signal de réponse (électrique), qui s'enregistre instantanément aussi sur le même appareil.

Soit 9 l'intervalle de temps qui s'écoule entre le signal d'appel et le signal de réponse, lorsque la sensation est excitée dans l'orteil. Cet intervalle, rigoureusement nécessaire, se compose : 1° du temps t que met l'impression excitée à l'orteil pour arriver au cerveau et se manifester comme sensation de douleur ; du temps t que met la personne à se décider à répondre ; 3° du temps ( que met l'ordre donne à arriver par

l'fl^

les nerfs moteurs aux mascles île la main; 4° enCn du temps m ijiie mettent les muscles à se conliacler pour donner la réponse.

Si nous désignons de même par 9' riiilcivalle qui sV'Coule entre le signal d'uppel et le signal de réponse lorsque la douleur est excitée à l'aine , cet intervalle se compose des mêmes éléments que le précédent, ou t', t', (", On a en un mol :

9 = T + t-hl -|- m e'- T + t' + CH-m' En désignant par D la longueur des filets nerveus de l'flf^ teil au centre cérébral, et par d, la longueur dos filets nerveux de l'aine à un même centre, on aura

A = 0 — rf pour la longueur parcourue' en plus par le tlux nerveux un cas que dans l'autre.

Il est clair maintenant que si l'on suppose î + i + m ^l'-l-C-Hffl' on aura

e — «■ = T— T et (lue par conséquent

sera la vitesse du flux nerveux.

Telle est en efîet la supposition admise comme juste par M. Schelske et par tous les physiciens ou physiologistes qui

qui

ont décrit les expériences; et c'est ce quotient -

s'est trouvé être d'environ 30 mètres par seconde.

Une objection très grave cependant est facile à faire à ce mode de calcul.

L'égalité l =■ f n'est pas contestable : il s'agit d'un même faisceau affecté à son extrémité voisine du centre par un même ordre. L'égalité m = m' n'est pas contestable non plus , puisqu'il s'agit du temps que mettent de mêmes muscles à se contracter sous l'action d'une même cause. Il n'en est pas de

lêrae, au contraire, de i'cgaliié t^t', c'csl-à-dire des deux itei'valles qui expriment le temps que nous mettons à nous décider à répondre, h ta suite de deux sensations qui arrivent de deux points difTérenls du corps, ou pour mieux dire, rien n'est plus facile â réfuter que celle égalité. Je pourrais ici :accumuler faits sur faits en ce sens ; je me borne à ies résumer en une seule phrase, persuadé que chacun tombera immédiatement d'accord avec moi. Lorsqu'un danger quelconque menace subitement une partie quelconque de notre corps, nous nous décidons d'autant plus vite à éluder le mal que le lieu menacé est plus rapproché de la tête : qu'on veuille voir ici une habitude devenue instinctive ou une sage précaution de la nature , peu imporle. Neuf fois sur dix , nous formons a temps les paupières, lorsqu'un objet externe menace de tomber dans nos yeux; neuf fois sur dix, au contraire, nous nous décidons trop tard à retirer la main d'un péril qui la menace , alors même que nous avons tout le temps nécessaire pour commander la retraite à celte main, et dans ce cas «'est pourtant le même organe, l'œil, qui nous a avertis du <3anger. Sans doute, dans les expériences dont je parle, 11 n'est pas question de danger ; la personne expérimentée a Je plus l'intention de se décider aussi vite que possible dans deux cas distincts. Mais échappe-t-e!le pour cela à la chance d'erreurs involontaires dont j'indique l'origine sous forme générale? Il y a d'ailleurs dans celte expérience deux autres causes d'erreur dont il faut tenir compte :

1° La décharge électrique, qui excite une sensation n'a, sans doute , aucune durée sensible ; il n'en est aucunement ainsi de cette sensation elle-même : celle-ci dure, el si l'on y fait bien attention , on s'aperçoit qu'elle n'a pas la même intensité pendant sa durée; elle va en croissant, puis en décroissant, et ceci n'a en aucune façon lieu de la même manière en toutes les parties du corps. La personne soumise à l'expérience sait-elle, par suite, si elle répond toujours à la même période de la sensation?

2' El puis , sonl-ce tes mfiines faisceaux nerveux qui servent (le conducteurs, lorsque l'impression est faite à l'orleil el lorsqu'elle est faite à l'aine? Les expériences de M. Sclielske prouvent elles-mêmes que la vitesse (lu Ûus nerveux n'est pas la même dans les divers rameaux nerveux. On a donc, en désignant par V et V les vitesses dans deux filels de longueur D elD":

el nullement

T~r^(D~d): V ,Ic conclus que bien positivement nous devons écrire : «-«' = (/): V+t) — {D': V"+t') et par conséquent le quotient

n'exprime pas la vitesse du flux nerveux.

A ces expériences j'en oppose d'autres que j'ai faites de mon cùté; elles sont des plus simples el sont à la portée de cbacun.

1° On fait passer une légère décharge électrique par l'orteil, par exemple, à l'aide de deux fils métalliques qui y aboutissent et dont les extrémités libres sont, l'une en contact continuel avec l'armature externe d'une bouteille de Leyde, et l'autre, en rapport facultatif avec l'armature interne. Lorsqu'on approche graduellement ce dernier fil du boulon de la bouteille et que la décharge éclate, on voit l'étincelle, on entend l'explosion el l'on perçoit la commotion. Avec quelque attention qu'on procède, il est absolument impossible de remarquer le plus petit intervalle entre les trois sensations.

2° Avec une baguette légère et sonore en bois de sapin , on frappe sur l'orteil {la bagnelte doit être assez longue pour qu'on puisse appuyer sur l'oreille son extrémité supérieure). Ici encore, il est totalement impossible d'observer un intervalle quelconque onli'e la sensation du choc et celle du son

(qui ne mel au plus qu'uu Irois-cent-quarantième Je seconde â arriver du pied à l'oreille).

A peine ai-je besoin de dire que, dans ces expériences, je n'avais pas la prétention de mesurer «n intervalle, mais seulement celle d'en constater un.

L'objection qu'on me fera immédiatement, sans doute, est celle-ci. La distance de l'extrémité de l'orteil an cerveau est au plus de 2 mètres. D'après la vitesse indiquée par M. Schelske, il faudrait donc un quinzième de seconde à la sensation excitée à l'orteil pour être perçue au cerveau, et c'est là l'intervalle de temps qui séparerait l'éclair perçu par les yeux et le. son perçu pari' oreille de \a sensation électrique. Or, me dira-ton, pouvez-vous avoir conscience d'un intervalle de temps aussi court qu'un quinzième de seconde?

Ma réponse à cetle objection est double, et a presque la forme d'un dilemme.

1" Pour qu'avec un instrument approprié et de la plus haute précision , mais commandé à intermittence par notre volonté d'après deux sensations successives, nous puissions mesurer une grandeur soit en étendue , soit en durée , il faut de toute nécessité que nous puissions avoir intellectuellement, non la mesure, mais la conscience de cette grandeur; autrement l'appareil de précision , mis en jeu d'après nos perceptions , ne peut enregistrer que des erreurs d'observation. Si nous sommes incapables d'avoir la conscience d'un intervalle d'un quinzième de seconde, nous ne pourrons non plus, avec un instrument quelconque, enregistrer un pareil intervalle sans qu'il soit noyé dans les erreurs expérimentales. El dans ce cas, les expériences à l'aide desquelles on prétend mesurer une vitesse de 30 mètres à l'aide d'un signal d'appel et d'un signal de réponse , sont elles-mêmes sans valeur.

2° Je dis maintenant que non seulement nous avons conscience d'un intervalle d'un quinzième de seconde, mais qu'avec de l'exercice nous parvenons à discerner même nettement des cinquantièmes de seconde. Comme ingénieur, je me trouve

foii souvent (fans le cas d'avoir à compter directement le nombre lio tours (jue fait par minutû telle ou telle roue d'une machine. L'opération est facile , lorsque l'axe de la roue porte, par exemple , une clavette ou toute autre saillie bien nette. En appuyant alors sur l'arbre une baguette légère en bois, contre laquelle bat la saillie , on mteiul un choc et on le perçoit dans ta main qui tient la baguette. Tant que la vitesse tle l'arbre ne dépasse pas trente tours par seconde, je suis parfaitement sur d'arriver à compter juste; et si , lorsque, la vitesse étant trop grande, je cesse de pouvoir compter juste, c'est à cause de la dilliculté que j'éprouve de faire la numération mentale, et nullement parce que les intervalles sont trop petits pour que j'en aie conscience.

Je suis donc parfaitement en droit de conclure de là que si , entre le son et la sensation que j'éprouve en frappant l'orteil, il s'écoulait réellement un quinzième de seconde, j'aurais non la mesure , mais la conscience très nette de cet intervalle de temps,

Je viens de citer une expérience toute personnelle appuyée sur une appréciation personnelle aussi de très courts intervalles de temps. Je vais montrer maintenant que cette faculté d'apprécier de petites fractions de temps appartient à tous ceux qui veulent l'acquérir, et puis je citerai une expérience de l'ordre le plus élevé, qui prouvei'a que non seulement la vitesse du flux nerveux dépasse de beaucoup 30 mètres par seconde, mais que l'intervalle total qui s'écoule cuire certains signaux d'appel et de réponse, implique une durée bien moindre que celle qu'on supposerait. Je vais prouver, en un mot , que , si nous désignons par D la longueur d'un filet nerveux depuis la main au cerveau, et par d celle du filel nerveux

des yeux i

1 des oreilles au cerveau,

Dans la musique instrumentale et i naire à quatre temps , par exemple , il

i présente des t

de doubles croches que des exécutants, même de force médiocre, savent rendre avec précision (je ne parlerai pas de ces virtuoses exceptionnels qui parviennent a rendre avec netteté mêmedes/riptecroc/iM). Chaque temps de la mesure , chaque noire a dans ce cas une durée un peu moindre qu'une demiseconde.

Chaque noirt; valant quatre doubles croches, la durée de Tune de celles-ci est donc au maximum d'un huitième de seconde. Si deux exécutants , ayant à faire le même trait, se devançaient l'un l'autre seulement du quart de la valeur d'une double croche , c'est-à-dire d'un trente-deuxième de seconde, il en résulterait une confusion intolérable à l'oreille la moins sensible. C'est hélas ! je le sais , le cas de bien des orchestres ! Mais il m'est permis de chercher mes arguments ailleurs que dans ces derniers, et bien qu'à mon ^rand regret il me faille disséquer sur un chef-d'œuvre en froid mathématicien, je n'hésite pas. Le magnifique allegro du onzième quatuor, pour instruments à cordes , de Beethoven , commence , on le sait , par un grand trait en doubles croches, exécuté à l'octave sur les quatre instruments. La noire , dans ce fougueux morceau, vaut à peine deux cinquièmes de seconde ; ta double croche , par conséquent, vaut un dixième de seconde au plus. Eh bien! notre admirable orchestre du Conservatoire de Paris, encore sous la direction animée et puissante de Ilaheneck, eut un jour la fantaisie d'exécuter cet allégro, avec tous ses instruments à coixles (au nombre de plus de quarante, si ma mémoire ne me trompe). L'ensemble fut tel que, saufTimrnense volume du son, un auditeur qui eût fermé les yeux aurait cru n'entendre qu'un seul instrument à quatre registres I Habeneck ne s'occupait pas de fractionner le temps comme Je le fais ici ; mais ce qui est positif, c'est que si , dans les traits , les notes de ses exécutants n'eussent pas coïncidé à un soixantième de seconde près, la cacophonie produite dans son oreille eût excité chez lui une sainte indignation. Cette

54tà KOTES ET ADDITIONS.

citation, bien comprise dans son ensemble, met au jourgaelqoe chose de plus que notre aptitude à sentir de très pelilef A'actions de secondes.

Pour le faire saisir, je cite d'abord deux genres d'expériences , qui ont été faites aussi très récemment.

1° Le professeur Aeby a déterminé la vitesse de contradim des muscles de grenouilles empoisonnées avec du curare, el il a reconnu que la vitesse de l'onde de contraclion est à peine de 1 mélre à la seconde.

2o Le docteur Jaager a déterminé le temps nécessaire pour la plus simple des opérations de noire intelligence : celle de la volition qui suit une sensation. On donnait un signal d'appel, lautôt du côté gauche, tantôt du côté droit de la persoune soumise à l'expérience ; elle devait répondre de la main gauche dans le premier cas , de la main droite dans le second. Tantôt on la prévenait du côté oi!i allait avoir lieu l'appel; tantôt on donnait celui-ci à l'improviste. Dans le premier cas, il s'écoulait en moyenne deux cent cinq millièmes de seconde enU'c l'appel et la réponse ; dans le second , il s'écoulait dsux cent soixante et douze millièmes de seconde. On en a conclu qu'il nous faut environ soixante-sept millièmes de seconde pour pre}idre un parti , pour nous décider.

3" Le même expérimentateur a déterminé aussi le temps qu'il faut (à certaines personnes) pour se décider d'après la vue. On présentait instantanément tantôt un papier blanc, tantôt un papier rouge ; la main gauche devait répondre au signal blanc , la droite au signal rouge. Lorsque la personne n'était pas avertie de la couleur qui allait paraître, il fallait [rois cent cinquante-cinq millièmes de seconde pour répondre ; lorsqu'elle était avertie , il n'en fallait que deux cents. On en a conclu qu'il faut ici cent cinquante-cinq millièmes de seconde pour prendre un parti , pour savoir de quelle main répondre.

El maintenant que conclurons-nous, de notre côté, de ces rois genres d'expériences? Je pense qu'il n'y a pas à hésiter

un seul instant. Si l'on se borne à les juger en elles-mêmes , nous dirons tout d'abord qu'elles monlrent d'une part à quelle merveilleuse précision s'est élevée de nos jours la science espérimentale , et d'autre part , quel talent ont déployé les observateurs; nous dirons qu'au cas particalier la vitesse de l'onde de contraction musculaire est de \ mètre par seconde dans une jambe de grenouille morte, et qu'à certaines per- ■ somies il faut un temps relativement très long pour prendre un parti. Que si, au contraire, on avait la prétention de généraliser et de dire que, non seulement chez tous les êtres doués de nerfs et de muscles, mais même seulement chez une grenouille vivante , la vitesse de contraction est aussi d'un mètre,; qu'à tmis les hommes il faut un même temps relativement très long pour prendre un parti , oh ! alors, nous dirions que la conclusion touche aux limites du risible et de l'absurde. Et d'abord en ce qui concerne la contraction musculaire, je ne discuterai pas longtemps pour savoir si, d'une jambe de grenouille morte, on a le droit de conclure quoique chose quant aux muscles d'un animal vivant et à sang chaud. Je prends mon exemple sur le même muscle d'un même être vivant, dans deux conditions différenles. Je redevions ici musicien et je prie les généralisateurs de comparer les doigts des deux mains d'un violoniste exercé; ils seront, avec l'artiste lui-même peut-être , stupéfiés de la gaucherie des doigts de la main droite et de la dextérité de ceux de la main gauche. L'aptitude de la contractibîlité a ici, par l'exercice, été modifiée de un à mille. Si l'artiste s'étudie un peu lui-même physiologiquement , il reconnaîtra qu'il est tel mouvement des doigts gauches qu'il ne peut pas même se figurer faire avec ceux de la droite ; qu'il est tel mouvement du bras droit dont il croit le bras gauche incapable par sa nature. II s'agit pourtant ici des mêmes muscles, des mêmes filets nerveux, au service d'une même volonté ; et si , avec un chronoscope , on comparait leur aptitude, on trouverait des différences de un à mille.

548 NOTES ET ABDITIOSS.

Et maintenant dirons-nous que la proraplîlade avec laquelle nous savons prendre ane décision est- une coDStaDte pour tous les hommes?

Dirons-nous rjue la plus simple des opéraliûns de la cerveUe, comme on a appelé dans ces derniers temps l'acte de la voUb lion , coûte un temps relativement très considérable chez noi tous ?

C'est ici surtout que la généralisation, d'après quelque^ expériences de cabinet, conduit à de fausses conclusions. Si l'on pouvait étudier exactement tous les individus à ce point de vue, on trouverait des différences entre les races, entre les professions, entre les métiers; on ne trouverait peut-être pas deux personnes identiques en deux points. Je prends l'exemple le plus frappant, le plus à la portée de tout le moncJe. Ne voyons-nous pas l'habitaDt des grandes villes, le Parisien par exemple, circuler avec le plus grand calme et en pleine sécurité au milieu de voilures venant en tous sens, avec de grandes vitesses ? Un son , un coup d'œil ou s{ff?ial d'appel, esl chez lui suivi instantanément du signal de réponse, et il évite le danger sans même avoir l'air d'y songer. L'habitant des campagnes, au contraire, qui chemine seul sur une grande route et qui se trouve tout d'un coup surpris par une voiture lancée au galop des chevaux , hésite , regarde quelquefois d'un air ébahi le danger, et se jette sous les chevaux qu'il veut éviter. Dans cet exemple il n'y a, il est vrai, aucune possibilité d'appréciation, même lointaine , quant à la durée de l'acte devolilion. J'en reprends un, d'un ordre plus élevé, que j'ai déjà cité.

Des orchestres d'un talent aussi admirable que celui du Conservatoire, ou quelques autres que je pourrais citer, savent exécuter à livre ouvert la symphonie la plus compliquée. Ce qui nécessite ici des répétitions réitérées, pour arriver â la perfection , ce n'est pas la difQcullé de produire les notes justes et en mesure, si rapidement qu'elles se succèdent; c'est seulement le travail d'intelligence qu'il faut â chaque exé-

5ilt

culant pour comprendre la pensée du compositeur, ol pour arriver à la traduire, à la fondre dans l'unitiS de l'œuvro, avec le vrai sentiment qui y répond; mais ce qu'on est convenu d'appeler l'eiisemble s'y trouve à la première lecliiro , el c'est pour cela que je puis parler d'nn tel orchestro comme s'il s'agissait d'un artiste seul. Voyons cependant co qui s'y passe à une première exécution. Noua trouverons plua d'une analogie avec les expériences Je physiologie des docteurs Jaager, Hirsch, Helmhollz ; mais nous y trouverons aussi ta plus éclatante réfutation des conclusions, par trop générales , que l'on a voulu tirer de ces expériences.

En ce qui concerne les exécutants considérés isolémcnl, cbaque note à percevoir comme signal d'appel se préKonto successivement à la vue , avec une rapidité souvctil excoMivo, Dans le irait qui commence le onzième quatuor do Dcetliovuii, et dans mainte autre œuvre que Je pourrais citer, il on pasiio dix par seconde. Si, comme dans l'cxpériencn du docliuir Jaager, il s'écoulait trente-cinq centièmes de accondo onlro le signal de réponse et celui d'appel , l'exécutunl ucruil cuiiitlamment, avec les yeux, d'une demi-mesure en avancu uni' ses doigts; il sufSt d'énoncer un pareil fait pour en E'uirti rui* sortir l'absurdité à quiconque s'occupe di! muiii([ue, Uiminil- (lez à un exécutant un peu intelligent ce qu'il épruuvi) on rendant sur son instrument les notes qu'il lit : il vuun dlni (|u'll entend l'efTet menlalement au moment mAme od il Ion voit, ni que l'instrument ne fait que confirmer cctiu AUdltJnn. (l'tiit A cette condition seule qu'il peut jouer JunIj; : un riillinl tjniilconquedans la note produite tur la note untmilm niiillllila> ment causerait dans sa propre tèUt une horrllilti «iifiriiNlijn<

Si, de chaque eiéculaot prit en parti ':uljttr, lU'ii* |imiiiiiuii« à leur ensemble, l'absurdité d'un (el fait iIrvImiI minuit |i|||n criante. Cbstpie a<Ae perrtin par la tiin Jii l'un iloll , |iHi' In signal de réponse, itre*eo coat^iTtlmcn \mi(iiltii iil «iriilldUtt avec la noie perçut aaui frtr la tutr àfs ln\ on )nl ituU» m\ini tant ; elle dok on efi>îiiô4«r mm tAh, uu \omhur l'iKinicnillH'

y50 NOTES ET ADDITIONS.

nienl sur telle ou lellc subdivision. Commcnl arrivc-t-on ànn aussi merveilleux résullal dans des orclieslrcs de plus de cent inslrumenls de tous genres?Ce n'est, chacun le sait, en aucune façon la bagueltc du chef d'orchestre qui suffit. Il fanl que chaque exécutant écoute sans cesse tous les autres ; il faut qu'il fasse corps, non seulement avec son propre instrument, nrais avec ceux des autres; il faut que les sous , qui lui arrivent en tous sens, servent de signal d'appel en même temps que les notes qui , sur le papier, passent devant ses yeux, et qu'ils déterminent le signal de réponse de manière à ce qu'il y ait une coïncidence parfaite. Et si enfin, de l'ensemble des exécutants, nous passons au chef d'orchestre , supposé digne de ce nom, nous arrivons à des faits encore plus éloquents, en ce qui concerne la promptitude de la décision. Cet artiste, en effet, est obligé de lire à la fois sur la partition une colonne verticale où se trouvent des quarantaines de notes écrites dans toutes les clefs possibles, pour pouvoir, à l'aide de son propre instrument, remettre dans la bonne voie l'exécutant retardataire ou trop pressé : il faut que , chez lui , il y ait instantanéité presque absolue dans le signal d'appel et dans le signal de correction.

De tels faits, considérés au point do vue de la physique, de la physiologie, et j'ajoute maintenant, d'une saine philosophie, sont inconciliables avec cette affirmation : que chez tous les hommes indistinctement , la durée de la volilion est aussi immense (j'emploie ce mol à dessein) que celle qu'ont assignée les expériences de M. Jaager; ils sont inconciliables aussi avec des expériences qui assignent au flux nerveux la laible vitesse de 30 mètres par seconde.

Les expériences de MM. Scholske, Ilirsch, Helmhollz, Jaager etc. sont eu elles-mêmes, je le répète, d'une incontestable exactitude et témoignent hautement, d'une part, du talent des observateurs et, d'autre part, des merveilleux progrès de la science expérimentale. Mais les conséquences qui en découlent, mises en parallèle avec les faits que je viens

d'analyser, bien loin d'avoir le caractère général qu'on a voulu lui assigner, prouvent seulement l'abîme qui existe entre les aptitudes physiques ou întellecluelles du môme homme, selon qu'il les a développées par l'exercice ou qu'il les a laissées s'engourdir. Je me sers avec intention du mot exercice des aptitudes inlellectuelles . Dans cette vie , noire âme , n'en déplaise h certains spiritualistes par trop éthérés , a besoin d'un instrument approprié, d'un cerveau, pour agir, c'est-à-dire pour penser : absolument comme elle a besoin des organes des sens pour se mettre en rapport avec le monde externe. Ce que l'école matérialiste appelle , avec autant d'aplomb que d'impropriété , une opération de la cervelle, est en réalité un acte de l'âme, exécuté à l'aide de la cervelle- En ce sens, celte dernière est capable de gagner en aptitude par l'exercice, absolument comme tous nos autres organes. A ce titre, il existe certainement autant de différences entre une cervelle que l'âme a habituée au travail et celle qui s'est atrophiée par le repos, qu'entre les muscles des doigts qu'un virtuose a habitués à se mouvoir avec la rapidité du son lui-même, et ceux qu'un indolent a toujours laissés en repos. A ce tilro nous sommes certainement responsables de l'usage que nous faisons ici- bas de l'instrument qui nous a été dévolu, car c'est de cet usage que dépend noire perfectionnement intellectuel lui-même.

Dans les diverses publications périodiques où ont été relatés les remarquables travaux de MM. Helmhoitz , Hirsch , Schelske etc. , on a présenté un tableau où se trouvent consignées les valeurs numériques des divers mouvements connus. Je le reproduis ici en partie , pour pouvoir discuter plus clairement ce qu'il est permis d'en conclure.

Vitesse de l'électricité 464,000,000

I de la lumière -. . 300,000,000

I — du son dans l'air 340

I — de la terre dans son orbite. . . 30,800

Vitesse d'un boulet de canon .... 552

— du vol de l'aigle 25

— du vent là 20^1

— de la conlraclioit musculaire . ^,^1

— de l'agent nerveux 26 à 30^^

La vitesse du flux nerveux se trouve nellemenl en parallèle

avec la vitesse de l'électricité. J'ai commencé par montrer I qu'on n'a pas le droit de conclure des expériences publiées [ jusqu'ici que la première de ces vitesses n'est que de 30 f mètres à la seconde ; puis , j'ai démontré , en partant de mes I propres expériences et d'ai^uraents fondés sur la discussloa d'un grand nombre de pbénomônes physiologiques bien connus , que celle vitesse est en tous cas beaucoup plus considérable; mais je n'ai fixé aucun nombre précis et je me suis Lomé à faire prévoir une limite inférieure. Je dis une limite inférieure. II n'est en effet pas nécessaire d'admettre une vitesse excessive pour se placer dans toutes les conditions des phénomènes que j'ai examinés ; bien loin de là, et tous les arguments ijue j'ai fait valoir seraient satisfaits par l'existence d'une vitesse minima de 1000 mètres au plus par seconde. ■ Supposons donc que des expériences soient conduites de manière à constater l'intervalle réel qui s'écoule entre l'instant où une impression est faite à l'extrémité de l'on de nos nerfs et celui où l'impression se manifeste à nous comme sensation ; supposons que ces expériences indiquent une vitesse s'èlevaot au plus à 1000 mètres. Celte vitesse , sans ' .doute, serait trente-cinq fois supérieure à celle du tableau ' -ci-deBSus ; mais elle resterait encore inférieure à celle qui est cotée comme appartenant à l'électricité. Les physiciens qui irtenl d'une semblable comparaison seraient en apparence encore en droit de dire ; ce n'est point l'électricité qui est en jeu dans le système nerveux. Je dis en apparence. Je vais, en effet, prouver maintenant que de pareilles comparaisons sont

aussi vicieuses en principe que fausses dans les conséquences qu'on en voudrait tirer.

Je suis tout (l'abord obligé de rectifier une idée fausse qu'oui, lion les physiciens au courant des lois de l'électricité, mais les personnes qui ne possèdent que des notions superficielles des sciences exactes. La lumière, la chaleur rayonnante ont une vitesse finie de propagation d'environ 75,000 lieues par seconde à travers les espaces stellaires et à travers les corps diaphanes et diathermanes. Il n'en est aucunement ainsi du phénomène que nous devons appelev \e7'étabHssement de Véquilibre électrique. Le mot de vitesse est impropre ici, en ce sens que, selon le point de vue où l'on se place, la vitesse est ou infinie ou variable. Je m'explique.

Si, à l'une des extrémités d'un conducteur bien isolé, de section uniforme et indéHniment long, nous déterminions subitement une rupture de l'équilibre électrique , et si nous disposions d'un appareil indéfiniment sensible de vérification , nous constaterions qu'à l'autre exlrémilé du conducteur il se manifeste aussi , à Finstanl même , une rupture dans cet équilibre. Mais ce que nous appelons la tension électrique, et ce qui dépend de la quantité d'équilibre rompue, est une fonction du temps, c'est-à-dire qu'elle croît successivement. Si, comme on l'a fait réellement, on voulait mesurer la prétendue vitesse de l'électricité en partant de l'apparition de l'étincelle électrique aux deux extrémités du conducteur, on trouverait nécessairement un intervalle sensible, quoique très court, même avec un conducteur extrêmement long; car il faut une tension finie très grande pour qu'une étincelle puisse éclater à travers l'air, par exemple. Mais on trouverait alors que cet intervalle dépend : 1° de la section du conducteur : il serait d'autant plus court que cette section serait plus grande ; il serait en raison inverse du carré de cette section ; 2' de la nature du conducteur : les métaux sont les meilleurs de tous les conducteurs; l'eau l'est beaucoup moins déjà; les matières oi^aniques , le bois , les membranes (cordes de

constituent déjà par eux-mêmes des appareils électriques tottt" h fait particuliers et qu'on ne peut les assimiler à de simples conducteurs ordinaires plus ou moins imparraits formés de matières homogènes. Toutefois le progrès qu'a fait faire à la science cet éminent observateur est trop grand pour que je puisse me permettre de le résumer en quelques mots, et je ne puis que renvoyer à l'ouvrage capital où se trouvent exposés ses travaux.

Je crois seulement, pour terminer, devoir répondre à une objection qui a semblé péremptoire a plusieurs physiciens et physiologistes.

Nous savons que, quand on pince un filet nerveux, on interrompt complètement toute relation entre le cerveau et la partie de l'organisme où aboulit ce nerf; on empêche les mouvements du muscle qu'il commande, on suspend les sensations qu'il conduit.

De ce fait tout à fait élémentaire, on a conclu : que ce n'est pas l'électricité qui est enjeu dans l'influx nerveux, puisque quand on pince un conducteur métallique, on n'interroi nullement le courant électrique qui y cîrculi

La valeur de cette objection est nulle.

Qu'on se rappelle, en efl'et, qu'en toute hypothèse les nerfs sont des conducteurs organisés, formés de cellules remplies et imbibées de liquide. Or pincer un tel conducteur revient à séparer les orçanes cellulaires qui le constituent, pincer un tel conducteur revient de fait à couper temporairement ou définitivement nn conducteur métallique: auquel cas on interrompt aussi le courant f

Je le répète, cette objection qui s'appliquerait tout aussi bien â l'hypothèse des vibrations de la matière nerveuse qu'à celle de l'électricité, cette objection est nulle et non avenue.

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