L'UNIVERS
Partis d'une question tout à fait spéciale de physique, nous venons de nous élever rapidement, et par la seule force de choses, à la solution d'un des plus ma'gniliques prohièmes qui se soient présentés à l'esprit humain : à l'analyse élémentaire des êtres. Nous avons vu l'univers entier se sous-dîviser natiilurellement en deux grandes classes. Deux éléments constitutifs, l'ÉLÉMEKT MATIÈKE et l'ÉLÉMEPiT INTERMÉDIAIRE OU Dï-
NAMiQUE, suffisent pai'faiteraenl pour rendre compte des phénomènes et des fondions des êtres de l'une de ces classes. Une troisième classe d'éléments , I'élément animique , est nécessaire pour donner lieu aux phénomènes et aux fonctions du plus minime des êtres de la seconde classe.
Aux yeux de bien des lecteurs, habitués à une critique scientifique rigoureuse, le moindre défaut des pages précédentes ne sera pas la concision extrême avec laquelle s'y trouvent abordées et résolues les questions les plus difficiles contre lesquelles l'intelligence puisse se heurter. Le titre d'esquisses que j'ai choisi semblera, à ces lecteurs, d'une modestie prétentieuse pour ce qu'ils nommeront pcul-èlie un exposé tranchant d'une suile d'affirmations sans preuves.
Que l'on veuille donc considérer cet exposé si rapide comme une table des matières , libre dans ses formes, mais complète, du travail analyliquc suivant. On trouvera ici une démonstration proprement dite, aux allures austères et sérieuses. Avec l'aison, je pense, et sauf h les légitimer successivement, j'y ai laissé subsister les divisions principales qui se sont posées d'elles-mêmes dans les esquisses. Un examen approfondi de l'univers inanimé , du monde physique, doit précéder néces-
sairement Tétude de l'univers animé , du monde vivant, et il n'eût pas été prudent de se fier au proverbe : « Qui peut le plus, peut le moins, i»
Si , aux yeux de bien des personnes, l'étude de la vie présente plus d'intérêt, plus de variété que celle des phénomènes physiques, elle renferme aussi plus d'énigmes encore, s'il est possible; et pour quiconque sait replier sa pensée sur elle-même, les difficultés à surmonter sont d'une élévation vertigineuse.
Aux manières libres *et presque artistiques, aux allures fantaisistes qui étaient permises dans les esquisses , j'ai cru de mon devoir de substituer désormais une forme grave et sévère, où la clarté était la seule qualité toujours impérieusement exigible. Une grande difficulté, un grand danger même, je le sais, naissaient de là pour moi; et cependant je n'ai pas même le droit d'en parler. Si, au lieu d'intéresser et d'entraîner le lecteur, je n'avais réussi qu'à le fatiguer, la faute en serait tout entière à moi. Le sujet que j'ai osé aborder est trop beau , il a un caractère trop solennel , il touche par trop de points à notre propre destinée, pour qu'il me soit permis de m'en prendre à son côté tiop sérieux , si le lecteur lassé s'arrête en route !