LIVRE IV, CHAPITRE I
ûulevons, par
Que se passe-t-il pour nous lorsque noui exemple, un poids à l'aide du bras?
Nous commençons par vouloir; par suite de cet acte de volîtion, les muscles du bras se tendent, se raidissent; noire main exerce sur le poids une pression opposée en direction à celle que le poids exerce sur la place où il repose; bientôt le poids s'élève. Celte opération est pour nous accompagnée d'un ensemble de sensations que nous résumons ea un seul mol, d'ailleurs très expressif, celui d'effort; ces sensations deviennent pénibles, et sont suivies d'une lassitude d'esprit même, si le poids à lever est très lourd ; elles sont douloureuses, et nous avertissent d'un danger que court l'appareil moteur, si le poids est trop lourd, et si, en même temps, la volition est trop énergique.
Avons-nous, à la suite de cette expérience qui, pour nous, commence presque au berceau, acquis de prime abord et sans une profonde méditation ultérieure, la vraie notion de force? Non certes; et sans cette méditation bien dirigée, nous acquérons juste le contraire d'une notion correcle.
En tout premier lieu, la volition est visiblement un simple acte de notre être pensant; cet acte met en nous une force en aclivilé, mais il n'est pas la force : et cependant, pour l'immense majorité, il se confond avec elle. Qui ne se rappelle qu'à l'époque de la folie des tables tournantes, grand nombre de personnes soutenaient que ce mouvement général de nos tables et de nos meubles prouve que notre volonté petit sortir de notre corps, et avoir prise directe sur les corps sans l'intermédiaire de nos muscles et de leurs leviers, les os? N'est-ce point par suile d'une méprise semblable que des penseurs profonds, des génies, ont vu dans le mouvement des planètes autour du soleil, dans raltraclion qui les détourne sans cesse de la ligne droite, un véritable acte de volition et de vitalité de l'astre central?
Le mot d'effort est très convenable en tant qu'il exprime la
âiS UNIVERS INANIMÉ. .
grandeur numérique de Teffet d'une force; en tant qu'il exprime pour nous l'ensemble des sensations que nous éproa-. vons lorsque nous soulevons un fardeau , par exemple, il ne peut, au contraire, que nous induire aux plus fausses consé- (|uences. Qu'arrive-t-il , en effet, lorsque, sans nous être donné la peine de bien analyser ce qui se passe en nous, noixs voulons juger un phénomène dynamique d'après l'impression que nous laisse un effort que nous avons exercé? Qu'ai*rive-t-il lorsque, par exemple, nous essayons de nous rendjre compte de la tendance qu'ont deux corps quelconques à se rapprocher? Entre le soleil et les planètes qui tendent vers limi, entre notre propre terre et les corps qui tendent vers elle, et qui, pour cette raison, sont pesants, nous cherchons à nous figurer un lien matériel, un ressort tendu, une corde élastiqu6, qui donne lieu à cette tendance; nous cherchons à nous figurer quelque chose qui se trouve dans l'état de nos muscles lorsqu'ils se contractent par suite de l'action de noire volonté; nous cherchons à nous figurer, en un mot, quelque chose qui, péniblement et avec effort^ tire tous ces corps les uns vers les autres.
Mais grand est ici notre embarras, car l'observation, et d'ailleurs le raisonnement le plus élémentaire nous prouvent promptement que si matière interposée il y a, ce n'est certainement pas elle qui est cause de la tendance. Serions-nous plus avancés cependant , si nous trouvions ce lien matériel tant désiré? Les parties internes d'un ressort tendu, d'un muscle qui est appelé à se contracter, tendent à se rapprocher, à s'éloigner les unes des autres , à changer de position. Ce n'est pas la matière interposée qui ici est cause de cette tendance, puisque c'est elle, au contraire, qui semble l'éprouver. Ce quelque chose qui détermine la tendance est-il plus facile a concevoir entre les parties d'un ressort qui cherchent à se rapprocher, qu'entre le soleil et une planète? Assurément non ; la distance ne fait rien à la difficulté. Revenons