‹ Théorie mécanique de la chaleur ... [3 vol.] (volume 3)Chapitre 73 sur 136 · LIVRE IV, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE I

ie celle de la matière des corps : c'est ce que l'analyse des faits , et c'est ce que notre raison appuyée sur cette analyse nous apprennent comme nécessairement vrai. Et ce que notre raison nous révèle comme nécessaire, elle est aussi apte à le concevoir.

Entre ce quelque chose, entre l'élément intermédiaire et l'élément matière, il y a certainement un contact : mais il est d'une nature transcendante , il n'a rien de commun avec ce contact que nous nous figurons exister , et qui n'existe pourtant pas réellement, entre deux corps solides que nous appuyons l'un contre l'autre. L'élément dynamique , qui est la cause de la tendance des atomes ou des corps à se rapprocher ou à s'éloigner les uns des autres , ne tire ni ne pousse , dans le sens que nous attachons, et d'ailleurs faussement, à ces mots : les termes d'attraction et de répulsion , très corrects s'ils n'expriment qu'un fait, deviennent absurdes si nous y attachons un sens explicatif. L'élément intermédiaire, se manifestant comme force, ne fait qu'établir entre deux points matériels un rapport d'une nature spéciale, dont la conséquence est le mouvement de ces points, s'ils sont libres. L'intelligence de ce rapport ainsi conçu n'est pas plus difficile que celle dji mouvement lui-même; elle redevient pour nous aussi naturelle que celle de l'infini , à la condition que nous sachions sortir de nous-mêmes pour nous placer dans la réalité des choses. Le € comment concevoir....» posé par nous, tombe et s'évanouit de lui-même, pour faire place à une notion claire et correcte , lorsque , par une active surveillance de nous-mêmes, nous nous débarrassons de l'habitude de tout vouloir nous figurer , de prêter une forme finie à l'attraction, de l'attribuer à quelque chose de violent qui, de près ou de loin , ressemble à la sensation que fait naître en nous un efiFort musculaire considérable.

Dans ces derniers temps, ainsi que je l'ai dit à plusieurs reprises , un grand nombre de penseurs, d'ailleursjrofonds,

et mus par un sentiment élevé , (|uoique faax, de la natare, ont tenté de ramener à Tunité toutes les forces du monde physique. Nous savons, il est vrai, maintenant à quoi ont abouti dans bien des cas ces efforts, et ce que c'est que la synthèse grandiose tant prônée par quelques uns! A la place d'unité des lorces, il Tant écrire négation de la force. Mais il^ est à remarquer que même les esprits sensés et philoso — phiques qui , dans cet ordre , ont accepté la gravitatico uni — verselle comme la force unique en activité , et qui lui onE^ laissé son vrai caractère , ont pourtant en même temps re^ poussé , dans un horizon éloigné à perte de vue , toute inter — prélation philosophique de l'action de cette force.

Je ne parlerai que pour mémoire de ceux qui , après avoir* ainsi ramené toutes les forces à la seule gravitation , et après avoir simplifié encore plus en disant que l'atome matériel n'est qu'un centre géométrique de force, se sont vus réduite à avouer que l'attraction exercée par ces centres sans réalité objective est sans doute un acte de la volonté de Dieu, qoil n'est pas donné à l'homme d'approfondir. C'est là un moyeo très humble et très commode d'expliquer les choses. Les ladiens , les Peaux-Rouges attribuaient aussi au Wacondab, au Grand Esprit, tout ce qui, dans les phénomènes de la oature, les embarrassait quelque peu. Mais, il faut bien le dire, cette interprétation enlève au monde externe sa réalité, et neu fait plus qu'une illusion. En effet, si nous admettons que l'attraction est un acte continu de la volonté de Dieu, nous n'avons aucune raison pour ne pas admettre la même chose quant à l'existence désormais purement apparente de la matière , et en général , de la substance de tous les êtres : nous enlevons ainsi à ce qui existe tout caractère objectif.

Si, au contraire, nous nous laissons guider par notre bon sens, ou pour mieux dire par le sens commun, dans l'étude rigoureuse des faits , et si nous considérons l'univers entier

LlVIili iV, CUAPlTRli l[. 357

£omme la pensée réalisée d'une intelligence supérieure, nous n'avons plus aucune raison de dire que lel phénomène plut<3t que tel autre est un effet de la volonté du Créateur. Tous les phénomènes sont alors les conséquences réelles et objectives de cette volonté. Et reléguer certains d'entre eux dans une espèce de sanctuaire inabordable, c'est tout simplement prouver que nous ne les voyons pas sous leur vrai jour, et que, par suite d'habitudes vicieuses dans noire manière de penser, nous sommes arrivés à les fausser dans leur essence même.

L'ÉLÉMENT IHTERMÉDUIRE , avec tous ses attributs , n'est ni plus ni moins difficile îi concevoir que I'élémekt matière ou que l'ÉLÊMENT ANiMiQUE. Avant de prétendre comprendre, il faut toujours nous demander au préalable ce que nous appelons comprendre; il faut nous rappeler que l'essence même des êtres, qu'il s'agisse de la matière, de la force ou de la vie, n'est point dans l'ordre des idées /îjwrafîiJcs , et qu'essayer de lui donner une forme, c'est la détruire. Et quand nous nous sommes placés à ce point de vue exclusivement vrai , nous n'en sommes plus réduits à l'expédient naïf, mais peu satisfaisant , des Indiens.

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