‹ Théorie mécanique de la chaleur ... [3 vol.] (volume 3)Chapitre 83 sur 136 · LIVRE V, CHAPITAE II · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITAE II

contiauellement l'organisme de tous les êtres vivants, sans aucune exception. Cette assertion est réfutée radicalement à présent : la vie ne crée ni chaleur, ni lumière, ni électricité; elle utilise seulement ces forces. Mais remarquons, en passant, qui si mêraeraflîrmalion eût été vraie, elle aurait, par sa seule existence, réfuté le plus victorieusement le caractère de force qne l'on prête à la vie. Les éléments intermédiaires, les forces , nous le savons , ne peuvent que se substituer les unes aux autres dans les phénomènes qu'elles provoquent : quand l'une apparaît, l'autre s'efface en quantité effective égale. Si ta vie créait du calorique, de la lumière, de l'électricité en une circonstance quelconque, elle disparaîtrait comme vie.

Enfin, en mécanique surtout, et ici l'illusion était des plus légitimes, on a admis que la vie se comporte comme une vraie force , puisque tous les animaux constituent de véritahies moteurs, et sont locomobiles, puisque l'immobilité absolue n'existe pas même chez la plante, qu'on en avait si longtemps dotée gratuitement. Beaucoup de personnes admettent, même sans aucune discussion, que l'âme a prise directe sur la matière du corps , et qu'elle peut la tirer du repos ou l'y faire rentrer. Jureviendrai plus loin, et longuement, sur celte singulière assertion : sa réfutationjetteleplus vif jour sur la nature même de l'âme. Ici, je me borne à dire que la vie ne crée pas plus les mouvements de la matière qu'elle ne crée la chaleur etc. Mes expériences sur l'homme ont prouvé péremploiremenl qu'à chaque quantité de travail mécanique produit par les muscles, répond la disparition d'une quantité équivalente de chaleur.

La vie, chez quelque être que nous l'observions, ne se manifeste, en un mot, jamais directement comme une force proprement dite. Un argument bien plus puissant, d'ailleurs, renverse la dénomination de force vitale. Le caractère typique que nous avons reconnu aux éléments dynamiques, c'est d'êlre universellement répandus dans l'espace et dans les

construites avec les mêmes matériaux. Ainsi nos ongles, par exemple, ne sont que des poils agglutinés. Ainsi, la botanique démontre l'analogie de structure primitive des diverses parties d'une plante, racine , feuilles etc. , et bien des plantes que nous plongeons la tète en bas dans le sol , produisent des feuilles et des racines là où se trouvaient les racines et les feuilles. Mais, en tout premier lieu, rien ne prouve qu'entre les cellules des différentes parties de l'organisme il y ait plus qu'une analogie, qu'il y ait une identité réelle ; et puis, les autres citations que je fais montrent seulement à son vrai point de vue l'un des plus admirables principes d'action de la nature : Tidentité des movens dans la diversité des résoltats. Confondre les diverses parties des êtres vivants parce qu'elles sont exécutées avec des procédés anal(^ues et avec des matériaux semblables , confondre un ongle avec qd cheveu, parce qu'il n*est qu'une juxtaposition de cheveux, c'es^. avancer qu'une cathédrale gothique est la même chose qu'un temple grec, parce que tous deux sont formés de matériaux semblables , agencés par les mêmes procédés.

Quelques grands penseurs ont dit, et une foule de petits penseurs ont répété : c Donnez-moi une cellule, et je vous ferai 1^ plus belle des plantes, le plus beau type d'homme.» Oui, sans doute, dirons-nous, mais à une condition suprême, c'est que cette cellule soit vivante et renferme déjà en virtualité toute la plante ou tout Thomme.

Au-dessus des atomes de la matière, au-dessus des éléments dynamiques, se trouve, dans la plante comme dans l'homme, une puissance directrice qui fait que les cellules s'assemblent ici de telle manière et là de telle auti-e, qui fait que quand nous renversons une plante sens dessus dessous, ce qui devenait feuille devient maintenant racine. Cette puissance agit évidemment à Taide des éléments du milieu ambiant; elle pi^j^fite de leurs propriétés sans en modifler une seule; elle applique les procédés chimiques, physiques, mécaniques;

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