‹ Théorie mécanique de la chaleurChapitre 13 sur 71 · CONCLUSION DE CE PARAGRAPHE · texte numérisé non relu

CONCLUSION DE CE PARAGRAPHE

Il serait aisé de multiplier considérablement les citations de faits rentrant dans le même ordre. Le résumé général de ce premier paragraphe, c'est qu'à tout déplacement relatif des molécules répondent nécessairement une dépense ou un bénéfice de travail mécanique et un bénéfice ou une dépense de chaleur (ou de lumière ou d'électricité). Mais passons de suite à l'étude de la relation mathématique de ces divers phénomènes.

§ II-

Une loi de proportionnalité simple et directe relie les manifestations positives ou négatives de chaleur aux quantités négatives ou positives de travail mécanique auquel donne lieu une action moléculaire quelconque.

Dans tout l'ensemble des phénomènes que nous venons de passer en revue, si divers qu'ils soient d'ailleurs, un seul fait commun nous frappe : toutes les fois qu'une action moléculaire quelconque nous coûte ou nous procure définitivement (kl travail mécanique ou de la force vive, une certaine quantité de chaleur apparaît ou disparaît parallèlement.

En un mot quelque hvpotiièse que nous fassions sur la nature de la chaleur, ou, pour mieux dire, en dehors de toute hypothèse, une relation de cause à effet se montre ici, à un

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point de vue expérimental j^ur, sous la forme la plus incontestable.

L'idée de l'existence nécessaire d'une loi de proportionnalité entre l'effet et la cause se présente donc naturellement à notre esprit; mais pour que, expérimentalement, cette loi puisse se montrer à nu, il faut évidemment :

i^ Ou que le corps soumis à l'essai se trouve à la fin des opérations dans le même état qu'au commencement et que nous sovons à même aussi de mesurer tout ce qui se perd accessoirement, soit en travail, soit en chaleur;

2° Ou que du moins les pertes quelconques que nous ne j)ouvons évaluer directement soient elles-mêmes proportionnelles aux quantités de chaleur ou de travail enjeu.

Les expériences dans lesquelles ces dernières conditions ont été remplies, du moins à peu près, sont aujourd'hui trèsnombreuses. Tout en tête se trouvent celles de M. Joule, qui a glorieusement inauguré la Thermodynamique expérimentale par une suite de travaux à jamais mémorables dans les annales de la science. Les expériences de MAL Rennie, Laboulaye, Fabre, Silbermann, etc., sur les frottements des liquides, sur la compression des gaz, sur le choc des corps, celles que j'ai faites moi-même sur les frottements médiats ou immédiats des corps solides, sur l'usure des métaux, etc., ne j)euvent laisser aucun doute sur l'existence d'une loi de proportionnalité entre le travail et la chaleur. Il y a quelques années déjà, j'ai exécuté une longue série d'expériences sur le frottement des huiles végétales, animales ou minérales, de l'alcool, de la benzine, etc. Ces expériences, qu'à tort peut-être je n'ai j)as même publiées, concordent toutes parfaitement quant à la loi de proportionnalité et ne diffèrent que quant aux nombres exprimant le rapport du travail à la chaleur.

Dans la plupart, disons plutôt dans toutes les expériences

tloiit je 11 iii(li(|iic ici (|ii(' le (lire l'I 1 ()l))<'t, c csl le lr;i\ail (|ui était ciiiploNc a dcNclojjjx'r la ilialcur. l.«'s cxpérionccs où c'est riiiMTsc (|iii a eu lieu, où ('csl la clialciir <jiii clait cmplovée à prociiiii'c le travail, sont beaucoup plus rares ; la raison en est qu'il n'existe que très-peu de moteurs thermif[ues qui se prêtent à des observations exactes et suivies; mais la portée de ces expériences est aussi beaucoup plus grande, et les pliéiioménes qu'elles concernent ont un caractère particulier (jue n'offrent point les j)remiers dont j'ai jiarlé.

Entre les phénomènes où le travail mécanique est dépensé sous forme continue à produire de la chaleur, et ceux où, à l'inverse, c'est la chaleur qui est emplovée, sous forme continue aussi, à produire le travail, il existe en effet une différence essentielle qui est de la plus haute importance dans la rhermodynamique. Tandis que le travail d'une ( liute d'eau, [lar exemple, })eut être employé intégralement à dévelojiper du calorifpie, tandis qu'à notre insu même c'est là son effet final dans la jilnpart de nos usines (filatures, tissages, imprimeries, meules à aiguiser, moulins à poudre, etc., etc. , la elialeurdansnosmoteiu's, quels (pi'ils soient, ne j)eut être em- |tl()\ee iiitegraleiiieiit à donner le travail ; il laut, toujours et nécessaireiiieiit. (|u une partie de la elialiuir dis|)()!iil)le ne lasse (|ue passer d'un lieu eu un autri\ La \aleur niiuinia de cette portion de chaleur sacrifiée est fixée exactement par la théorie ; mais ce minimum ne peut être atteint cpie dans un nio- Iciir |)arlait , e'est-à-dirc idéal, cl l,i poi'tiou de elialeui' (|iii passe Minplriiicnt d un torns i un autre s aj)|)r(>elie d autant jiliis de la ( lialeiir disix un 1 >le «pie le moteur est plus imparfait : il (si 1(1 (as ou .,'^^ à peine de la chaleur est eiiiplo\ê l'cellemenl a (loiiner du havail, et où les .',-|| passent d un corps à un aulre suis (lue nous jiuissious désormais rien en tirer.

Nous aurons à revenir au long sur cette remarque ; elle nous conduira à la seconde proposition de la Thermodynamique, et nous fera apercevoir une nouvelle relation, celle qui existe entre le travail mécanique et la température à laquelle il s'accomplit. J'ai dit que les expériences de cette seconde espèce sont très-rares. Je n'aurai à en citer ici que deux, mais je pense devoir le faire avec détail, en raison des immenses difficultés qu'elles présentent et de l'importance de leurs résultats.

Relation qui existe entre le travail dépensé ou produit et la chaleur pi oduite ou dépensée dans l'organisme de l'homme.

Considéré à un point de vue jiurement phvsique et mécanique, l'organisme de l'homme, comme d'ailleurs celui de tous les êtres vivants sans nulle exception, nous présente deux attributs spécifiques frappants :

1° Il constitue une source continue de chaleur, un véritable foyer thermique. Cet attribut est propre à tout ce qui N it ; il ne varie qu'en intensité d'une espèce à l'autre. C'est chez les vertébrés à sang chaud qu'il se manifeste de la manière la plus frappante; si frappante qu'il est en quelque sorte le principe de la vie dans ces êtres.

•2° Il se comporte comme un véritable moteur. Soit que nous employons notre puissance musculaire à exécuter les mille et mille travaux si variés que, sur cette terre, nous accomplissons, tantôt avec joie, tantôt, et beaucoup })lus souvent, avec peine, soit que nous l'appliquions simplement à porter notre personne d'un lieu en un autre, notre organisme se manifeste comme un moteur proprement dit. Cet attribut est encore commun à tous les êtres vivants, il l'est, dans ime

fcrtainc' luosuro, cl conlrainMiu'iit à uik^ ciTciir séculaire aiijoiird Inii icdiiitc ;i iicaiit. à la |>laiitt'. ^lais c'est aussi chez les animaux «[uii jtnnd la loiinc la plus li'apj^antc; et ses ni.uiilcslalioiis (li\ci-scs (loiiiH'iil j)r('s(juc l.i mesure de 1 uitcl- Iij4ciu'«' di' l (hc, de ses aptitudes, de sa destinée.

En nous tenant toutefois toujours au point de vue de la Mécanique pure, nous sommes fraj^pés d'un caractère spécial et double (pie présente le moteur animal, il est capable de produire du travail ou d'en consoryimer. .le m'explicpie à I aide de rexemple le plus facile à saisir et aussi le j)lus fré- (jueiit dans ses applications. Lorscpie nous i;ra\ issons une montagne, loi'stpie nous montons ini escalier, le travail nié- ( ani(jue produit est très-nettement défini : nous élevons le |)oids de noti'e corps à inic certaine hauteur, et le travail traduit numérifpiement n'est j)as autre chose que le produit de ce poids par cette haut<'ur. Je suppose un honune du poids de -T) kilogrammes gravissant le mont lilane, ou s'éle- \ant de 'jooo mèti'cs au-dessus du sol environnant : le tra- \ad exe( ule ici est en tout de 3oo ooo kiloi;raminètres. Supp(jsons de plus (jue l'ascension se soit faite en dix heures; on en Mu)o''.]o — ^Gooo. Le travail rapj)orte à 1 unité de temps, it devenu compaialtle .i un autre, est

30OOOO ^,^.,. ,^3.3^ ibooo

Aux depi ii^ de (pu)i ce travail est -il produit .' (".t> < pu est clan\ c'est (in'eii l'exc-cutanl le /fiolcur-fiomnic sc^\ comporte exacleinenl () mil ne 1*111 l;iil une iiia( lune ,1 v ap<'ur, une roue d eau, ,1 1 ;iide de la(ni<lle nous auiinns .illssi pu élever ic poids de y;") kdof^rammes a j 000 mètres, ou nu poids de mxjooo kilo- ^'rammes .1 1 mètre; mais ce nioleiir est capahie d ime ojuM'a- Imn prêt isciiKiil inverse. |,(n->(|iie nnns icdesi eiid<»ns de la

liaiiteiir où nous avions porté notre propre poids, lorsque riiomme pesant ^5 kilogrammes est descendu de 4ooo mètres, il a en quelque sorte recueilli de nouveau ce travail de 3ooooo kilogrammètres, qu'il avait d'abord dépensé. Que devient dans notre organisme ce travail ainsi restitué? Ce qui est clair encore, c'est que le moteur-homme, agissant ici en sens inverse ou négativement, se comporte en quelque sorte comme un frein; il modère, il régularise sa propre chute.

J'ai dit que l'être vivant peut être considéré comme une source continue de chaleur. Il ne résulte pas de là cependant que le moteur animé puisse être appelé une machine thermique : ce n'est point la chaleur qui constitue l'influx nerveux, et qui détermine les contractions musculaires. ]Mais, quel que soit le mode suivant lequel se produit la force motrice, qu'il s'agisse d'électricité statique, dynamique, de vibrations nerveuses, etc., etc., peu importe, la chaleur est la seule et dernière manifestation externe à laquelle donnent lieu les combinaisons et les décompositions chimiques dans l'organisme. En vertu du principe général de l'équivalence des forces, que nous avons défini dans le paragraphe précédent, c'est donc sur la quantité totale de chaleur disponible dans l'organisme que nous devons trouver un déficit ou un bénéfice, selon que le moteur vivant rend du travail ou en consomme (monte ou descend, par exemple).

Au point de vue de la Physique expérimentale, il semble, d'après ce qui précède, qu'il suffise de mesurer la chaleur qui se développe dans l'organisme, d'abord à l'état de repos, et puis à l'état de travail, positif ou négatif, et de prendre la différence pour trouver le déficit ou le bénéfice de chalein\ T.c problème est beaucoup moins simple cependant, il s'en faut. Pour le faire comprendre, il me suffit de rappeler que tout mouvement, tout exercice corporel, a pour résultat d'aug-

lui'iilcr la somiin' «le ( li.ili'iii' fiiiisc «ii iiii Icmps (loinic pai" iioln' orf^anisiiic. (Jik- nous inoiilinns on (jn»- nons dcst-rn- (liniis. «inr nons t'lt'\ions des lai'dcanx on ([ik- nons les I nssiiHis s ahiissi'i" lentement en sni'niont.nil notic résistance, le ivsultat iininiHliat est (jue nous prenons cliautl, (|ue nous entrons en nioitenr. Si nons parti<»ns des apjKireuees, nous serions jiortes ,1 eonclnic // priori {\uc le travail, l)ien loin de eont<r de la ( halenr, en ra[)j)orte lonjoui's. Celte eonelusion serait, non pas seidement celle du xnli^aire, niais (die des pli\ siol()<j;istes en\-nièmes.

l'oin" atteindiv notre but d'une manière scientifique, nous devons cliereher non-seulement quelle est la somme de chaleur (pii se j)roduit efïectivenient dans chaque condition donnée, mais encore celle (jni poni'rait et devrait se produire si le tiMNad n'apportait pas de inodilualions dans 1 acte de la calorilieation. ('."est doue la cause même de cet acte (pie nons de\ons mesurer. Il est peu d<' problèmes qui aient pins exercé la sai^acité des philosophes d'al)ord, et j)nis ensuite des ph\ sioloiiistes. (pie la recherche des sonices de calori(pie dans le corps de tons les ("très \i\anls, v\ particulièrement • laus (chn des aiiimanx (\\[^ à sanf^ c/iand. Connue il en est arri\e dans nos sciences ph\si(|iies en ueneral, tontes les théories ont ele posées, toutes les h\ pol heses ont été épuisées, Iiini .!\anl (|n nii seul lait Nint les justifier ou les réfuter. Il est assez (Iiltl( lie ;» iiii pliNsicieii de nos jours d'émettre un aper< n iion\e;in sur une (piestion. sans (piiin /ele compulsatenr des textes antu pies ne \ k niii' bienli 't lui proii\ er <|iie son ider est (h' lneii \ieille d.ile. ( '.e (|ni a Ik'II en Relierai de\ient «MU Ole plus liappant pour tout ( »• (|iii coiiceiaie I <'tiide des êtres MNantset de rhomme en partKuher. ( )n ess;i\erail \ainemeiit. iiar exemple, de dire (piehpie chose de neuf sur le phénomène d- la caloriflc ilion. La dot trine nioderne de la

respiration et de la circulation se trouve en germe déjà dans les écrits de plus d'un penseur des premiers âges. Cette considération, soit dit en passant, serait bien décourageante poui' l'expérimentateur patient devenu ainsi un simple vérificateur, si, à coté du fait vérifié, on ne laissait équitablement tous les faits réfutés; si, à côté de l'iiypothèse tirée de son néant, on ne laissait toutes celles qui doivent y rentrer. — Les philosophes expérimentateurs, qui de nos jours ont si laborieusement étudié de près les causes de la chaleur animale, pourraient être déçus d'avoir été devancés de trois mille ans par les philosophes spéculateurs, si à côté de leurs heureux rivaux on ne plaçait tous ceux qui se sont trompés; si en parallèle avec ceux qui découvrirent le mystère de la respiration on ne mettait l'un des plus grands génies de l'antiquité, qui voyait dans la respiration une source de froid, indispensable à l'être vivant, autrement consumé rapidement par la seule puissance calorifique de la vie.

Beaucou|) de physiologistes et de médecins ont pensé que l'organisme peut produire en quelque sorte spontanément de la chaleur, par un acte incessant de la puissance vitale : ceci est une erreur aujourd'hui bien réfutée. Sans assimiler le moins du monde les êtres vivants à de simples machines organisées comme le veulent les matérialistes, il est impossible cependant de se ranger complètement de l'avis de quelques dynamistes trop absolus, qui pensent que le corps humain, par exemple, est régi par des lois qui n'ont plus rien de commun avec les lois du monde physique. — Le corps des êtres ^ ivants ne crée rien de ce qui le constitue : il prend tous ses éléments dans le milieu ambiant, et, tout en leur imprimant des directions et des mouvements particuliers, il ne peut les dépouiller si entièrement de leurs propriétés naturelles qu'ils dcAiennent des éléments nouveaux A la vérité, telle comiji-

Maison (jiif !«' cliiniisto opric dans son l.il)oratoin' se i\ciiinijxtsf, au loiilrairi', (jii.iiid la mc s'en ciiipaïc ; l»! poison <jiir le toxicolo^istc prrtipite dans son \riir a pied cl tioit ic-ndrc inolïtiisil et liappc au [M'i'ck'Ux rcarhl dans le lorps aninu', n-slc poison, et se trouve <ncoi\' afiiu dans -.a Ioiit j)ar le pi'ctcndu contre-poison (pu, contran'einent .t la doi'trnie preeoni'ue, ai^il aloi's connue |)nissance d\naniitpje. Mais il uCn demeure j)as moins Mai (pie le corj)s \i\ant est un assemlihii^'o de (•()iid)iuaisoiis cliimi<pies, un milieu où s'opei'ent des i'ea( tious < liiiniques de tout i;enre, ou se dégagent du caloiiiiue, de la lumière, (1<' relectriiite. — Il lait une (iliinne sui generis, cela est \iai : mais celte Chimie u l'st tliffereiite de l'autre (pie dans ses manifc^stalions, et non <lans son essence même, non dans la foric dont- elle se sert pour arranger les éléments pondérahles. — Klle ne peut en .UK une lacon mo1( r les lois générales de 1 e(pnlil»re : la ( om- Itinaison (pii, dans notre lahoraloire, j)rodiiit tant et tant <le ealorupie, peut ne pas s Opérer dans notre corps ; mais si elle sN opère, elle j»roduira la uieine somme de ( alorupie, ni plus ni moins.

j'oiir iMii (pie nous nous leiiioiis en dehors du domaine de la sj)ei ul illoM seule. iKUls poUNoiis dire (pie l«s pli'iniers (ra\au\ sérieux et concluanls sur les causes de la ( lialeiir animale remontent a la lin du siècle deinii'i". l.a\oisier et Lapla( (• avaient lait une longue suite de reclienlies sur les rjuantites de caloiHpie (jue dcM'loppe la eoinhustiou dediNcrs < orjjs simples dans l'oxN gène. I .anal \ se des |)roduit ^ de la respiralKMi liur a\ait lut penser (pie cet acte pourrait lueu, dans M"s conséquence^, cire assimile a iiik- sorte de ( (imluislion <pii s'opérerait , sinon dans les poumons mêmes, du moins a la laveur de la puissance aspirante et ahsorliante des vais- .•>e.iiix jiulnionair.^. Ils applnpierent leui* calorimètre a la

mesure Je la quantité totale de chaleur développée chez plusieurs espèces d'animaux, et, après avoir analysé l'air aspiré et expiré, ils reconnurent que l'oxvgène, en se combinant avec l'hydrogène et le carbone du corps pour produire de l'eau et (le l'acide carbonique, serait capable, à très-peu près, de produire la somme de calorique trouvée. Les expériences de ces deux hommes éminents furent reprises et confirmées par Dulong, dont les procédés ont toujours porté le cachet de la dernière exactitude.

Je dis que l'oxvgène, absorbé et supposé combiné avec le carbone et l'hydrogène, était capable de produire à peu près la quantité de calorique indiquée par le calorimètre. On trouvait, en effet, toujours un certain manque qui a porté plusieurs phvsiologistes éminents à penser qu'il pourrait bien y avoir dans le phénomène de l'innervation, par exemple, une cause accessoire de calorification, et, sans adopter l'idée d'Aristote que la vie par elle-même est une source de chaleur, ils admettent pourtant que les seules combinaisons chimiques ne suffisent pas pour développer la somme totale de chaleur de l'être vivant. Toutefois les expériences faites depuis cette époque par MiM. Favre et Silbermann ont montré qu'on avait estimé trop bas la quantité de calorique que ])rotluit la combustion de l'hydrogène. En introduisant dans les résultats expérimentaux de Laplace et Lavoisier le nouveau nombre convenable, il se trouve que la somme de chaleur produite par l'animal est très-approximativement représentée par les quantités d'oxvgène qui servent à la combustion tie l'hydrogène et du carbone, et les partisans de l'innervation n'ont plus de motifs plausibles pour maintenir leur hypothèse première.

Disons-le cependant, il ne serait pas exact d'admettre que la respiration puisse être, comme on l'a pensé, la seule et unique cause de chaleur dans le corps des animaux. La diges-

tion, les milkî et mille décompositions qui s'opèrent sans cesse dans Tori^anisme sont aussi caj^ables de produire de la chaleur et doivent nécessairement en produire; d'autres phénomènes de réactions chimiques peuvent produire au contraire du froid, ou faire disparaître du calorique. On a admis que le carbone et l'hydrogène sont brûlés tels quels; il ne peut en être ainsi pourtant : ces éléments sont introduits dans le corps à l'état de combinaison, et souvent déjà brûlés en partie ; ils ne peuvent produire toute la chaleur qu'on leur assigne. M. Regnault, en développant toutes ces considérations avec sa sagacité ordinaire, a montré que l'étude de la production de la chaleur animale est plus compliquée qu'on ne l'avait cru, et que, tout en admettant c|ue cette chaleur est due en entier aux réactions chimiques, il nous faudra encore beaucoup de temps pour démêler complètement toutes ces actions, et pour assigner à chacune sa valeur propre. INIais il n'en est })as moins vrai que la respiration est la principale cause du développement de chaleur; et, quelles que soient les réactions successives à la suite desquelles cette chaleur se manifeste, cpielles que soient les parties de l'organisme où elle se manifeste, c'est en définitive la quantité d'oxygène absorbé par les poumons qui devient très-approximativement la mesure de la quantité de chaleur disponible. C'est au surplus ce que l'expérience directe démontre le mieux.

Ainsi analysé, le problème expérimental prend un caractère très-net.

i'' En déterminant à la fois le poids d'oxygène absorbé et la chaleur développée en un temps donné chez un homme à l'état de r<'pos complet, nous connaîtrons la puissance calorifique de l'unité de poids d'oxygène dans l'organisme, et par conséquent nous connaîtrons pour chaque cas la quantité de chaleur disponible.

2° En faisant ensuite exécuter par cet homme un travail positif ou négatif déterminé, et en mesurant simultanément les quantités d'oxygène absorbé et de chaleur produite, nous saurons de combien la chaleur disponible diffère en plus ou en moins de la chaleur effectivement développée ; c'est cette différence que nous devrons mettre en regard du travail produit ou consommé.

Voici comment j'ai réalisé ces diverses conditions données par la nature du problème :

La personne soumise à l'expérience, après avoir été pesée à I gramme près sur un hydrostat, se plaçait dans un calorimètre consistant en une guérite hermétique, en planches de sapin, d'environ 4 mètres cubes de capacité, éclairée par des vitraux. A l'un des bouts de la guérite se trouvait une chaise sur laquelle on restait assis pendant l'expérience statique ; à l'autre bout, se trouvait une grande roue à palettes dont l'axe sortait à frottement de la guérite et recevait d'un moteur un mouvement régulier dans un sens ou dans l'autre; pendant l'expérience dynamique, on marchait sur les palettes de la roue à la hauteur de l'axe, et l'on s'élevait ou l'on s'abaissait ainsi virtuellement avec la vitesse circonférentielle de la roue. Le nombre de tours de celle-ci était relevé par un compteur, et l'on savait ainsi à quelle hauteur s'était élevé ou de quelle hauteur s'était abaissé le poids du corps. Le produit de ce poids par cette hauteur constituait donc le travail exécuté.

Deux tuyaux de caoutchouc, terminés par un appareil à soupape qu'on tenait à la bouche, servaient, l'un à chercher l'air nécessaire à la respiration dans un gazomètre jaugé, l'autre à ramener l'air exhalé dans un second gazomètre jaugé aussi. L'air inspiré et l'air expiré étaient analysés avec soin .

La guérite était placée au milieu d'un appartement spacieux

dont la température variait très-peu et très-leiitemeiit. Des thermomètres très-sensibles indiquaient la température de Tair interne de la guérite et celle de l'air ambiant. Plusieurs petites roues à palettes ou agitateurs mêlaient sans cesse les couches d'air et égalisaient ainsi j^artout la température dans le calorimètre. Dans l'expérience statique comme dans l'expérience dynamique, on attendait que le thermomètre intérieur de la guérite fût devenu inmiobile, avant de rien noter; et c'est seulement quand la personne expérimentée était arrivée à un régime stable qu'elle prenait en bouche l'appareil à soupape, afin qu'on pût savoir ce qu'elle consommait d'oxygène dans cet état stable.

Il est clair que, quand le thermomètre interne cessait de monter, les pertes de calorique de la guérite par ses parois étaient devenues égales à la quantité de chaleur que dévelo])pait la personne étudiée. Connaissant la valeur de ces pertes, on connaissait donc aussi la quantité de clialeur développée en un temps donné par l'organisme. Pour déterminer ces pertes, j'avais au préalable, et avant aucune autre recherche, fait brûler, dans l'intérieur de la guérite, un bec alimenté tl'un courant régulier d'hydrogène, en attendant aussi que le thermomètre interne; fût devenu immobile. La chaleur due à la combustion de l'hydrogène étant connue, on savait combien il fallait dé\ elopper de calories par unité de temps dans la guérite })our obtenir telle ou telle différence entre la température de l'air interne et de l'air externe; on connaissait, en un mot, la loi de refroidissement du calorimètre, et par conséquent on savait ensuite combien la personne renfermée dans le calorimètre devait produire de chaleur pour maintenir telle ou telle différence de temj)éi"atnre obsei-xée. il n'est pas nutile de citer les résultats numéri(pies de ce titrage calorique préalable, afin ([ue le lecteur juge lui-même des gai'anties

d'approximation que présente tout l'ensemble de la mcthod( d'observation.

Hauteur barométrique

Température du gaz saturé d'eau. .

Tension de la vapeur à 9"

Pression supportée par le gaz liydrogène K — b

Durée des expériences

Volume du gaz brûlé

Id. par heure. . .

Supposé sec et ramené de 9" et de B — ^ à zéro et ^'"j'jG

Poids du gaz brûlé

Chaleur produite par heure

Quotient du nombre de calories divisé par l'e.xcès T— ;

Température de la chambretto. . . .

lempérature de la chambre

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