‹ Theorie platenicienne de l'amourChapitre 62 sur 99 · LA. FONCTION MÉDUTRICE DE L AME · texte numérisé non relu

LA. FONCTION MÉDUTRICE DE L AME

Amour. Or, d'après Texposition du Phèdre, la nature de Ame est essentiellement synthétique, - en ce sens d'abord [ue toute âme est liée à un corps vivant, puis en cet autre [ue toute âme est composée d'éléments hétérogènes. En effet, >our ce qui concerne le premier point, tout ce qui se meut ians recevoir son mouvement du dehors, le Ciel et le monde 3iitier de la Génération, tient son mouvement de l'Ame, qui îst ce qui se meut soi-même (245 C-246 A). L'Ame semble donc inséparable de ce qu'elle a pour fonction de mouvoir, étant elle-même automotrice. Aussi les immortels sont-ils définis, autant du moins qu'une telle définition est possible, des vivants impérissables, qui ont une âme et aussi un corps, mais unis l'un à l'autre de toute éternité (246 CD). De plus, il nous est affirmé avec précision que l'Ame, prise dans sa totalité, exerce sur la totalité^ de ce qui est sans âme une action tutélaîre (waaa i^ ^j^^x^ wavrôç èm[AeXeTTat toB iL^ùypv), ce qui signifie sans doute que au corps de l'Univers est liée nécessairement une âme de l'Univers, qui administre ce corps : elle parcourt, ajoute Platon, le ciel tout entier, prenant différentes formes; mais elle ne peut remplir ces fonctions ordonnatrices, par lesquelles se constitue le Cosmos, qu'à la condition d'être parfaite (246 BC). Est-ce à dire que cette perfection soit synonyme de simplicité absolue et exclusive de toute composition? Non; l'âme même des dieux est un attelage double, avec son cocher. Mais, tandis que, pour les âmes des immortels, la constitution des chevaux et du cocher est excellente et faite d'éléments excellents, pour les autres âmes elle est mélangée : les deux chevaux ne se ressemblent pas; l'un es( bon en lui-même et dans ses éléments; c'est le contraire pour l'autre (246 AB; cf. 253 C-E). De même, le Timée nous montre, on le sait, l'âme du monde comme une âme composée (34 C-36 D); le monde est un animal, modelé lui-môme sur l'Animal-en-soî (30 D, 34 C, 37 CD) et la totalité du corporel (xav to (jwfxaToetSéç) est logée au sein même de l'Ame (36 DE). Toutefois ce sont là des rapprochements qui, j'en conviens, prêtent à contestation et auxquels il faudra consacrer plus tard (§ 138) une discussion spéciale.

§ 425. — Au reste, dira-ton, on prouve peut-être de la sorte que la nature de TAme est synthétique, comme est celle de r Amour; on ne prouve pas que Tâme soit quelque chose d'intermédiaire entre la sphère supra-sensible et la sphère sensible, comme sont justement les démons et, par conséquent, r Amour lui-même, puisque c'est un démon. En effet, . d'après l'exposition du Phèdre, l'âme mortelle et rame immortelle ne diffèrent, en quelque sorte, que par leur siège; elles ont même constitution. Donc, soit qu'on envîsagre le temps où les âmes des dieux et les nôtres vivaient d'une même vie, soit qu'on s'en tienne à l'état actuel dans lequel elles sont séparées, dans un cas comme dans l'autre, nous nous trouvons en présence de deux sphères entièrement distinctes et les âmes n'ont pas pour office de les réunir, mais elles habitent Tune, ou l'autre. C'est au contraire la fonction propre des démons de combler l'intervalle des deux sphères et d'établir un commerce entre les âmes divines et les âmes humaines (Banq, 202 E sq.); ils seraient inutiles, si des âmes pouvaient remplir le même rôle.

§ 426. — Assurément, les âmes divines n'ont pas à quitter pour venir vers nous la béatitude dont elles jouissent; rien n'est plus exact. Quand les dons de la grâce, si l'on peut appeler ainsi la Ôeta [xoTpa du Ménon (99 B à la fin ; Phèdre 245 C; cf. § 436 et § 457) viennent favoriser un mortel et qu'il est en proie à quelqu'une des formes du délire (ôeia [xavia) dont il est question dans le Phèdre (244 A-245 B; cf. 265 AB), il faut bien comprendre ce qui se passe : ce n'est pas le dieu qui descend dans le mortel, de telle sorte que la chute d'un dieu serait, pour ainsi dire, la condition de l'ascension d'un mortel ; les dieux se diminueraient en venant habiter, fût-ce temporairement, en nous. Mais ils ignorent l'envie (TYiw. 29 E, cf. 71 D; Phèdre 247 A); ils ne refusent donc pas de faire part à quelques-uns d'entre nous, et à certains moments de notre vie, d'une sagesse surnaturelle. Le Phèdre est, à cet égard, très explicite : c'est vraiment un don *^^ et, s'il y est

156. Voir 244 A: Scà (i^vfac, Oeta... fiiaei 8t8oijivv)c — 244 C : Oefoc (tofpoc —

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