‹ Theorie platenicienne de l'amourChapitre 81 sur 99 · LE BIEN-AIMÉ PRINCIPE DE L'ACTION MAÎEUTIQUE · texte numérisé non relu

LE BIEN-AIMÉ PRINCIPE DE L'ACTION MAÎEUTIQUE

que Tâme se retrouve en présence du bîen-aîmé et que recommence réclosion interrompue des ailes, alors elle reprend haleine et les souffrances du travail s'éteignent (àvaicvoYjv 8e XaôoOffx xsvTpwv -^^ t£ xat wSivwv sXYjÇev) . Enfin l'inquiétude de l'âme grosse et impatiente de produire, mais qui ne oomprend pas la nature de ses impressions {Théét. 148 E), n'est pas sans analogie avec le trouble mystérieux que les âmes auxquelles il est resté quelque souvenir des choses célestes éprouvent lorsqu'elles voient quelque image terrestre de ces choses {Phèdre 250 A). En d'autres termes, l'étonnement, principe de la science, est proche parent du trouble qui saisit les amants.

Ainsi l'âme dans laquelle se produit le travail de parturition, c'est bien l'âme de l'amant et, manifestement, c'est du bien-aimé que vient l'action maïeutique. Nous ne serons donc pas surpris que, dans le Banquet, Socrate nous soit représenté comme étant, en apparence seulement, l'amant des beaux éphèbes; il le leur fait croire, et, en réalité, le rôle qu'il joue auprès d'eux c'est celui du bien-aimé [Banq, 222 B, 216 D, 217 B, CD, 218 E; cf. 213 CD, 214 D, 218 CD, 219 C, 222 CD, 223 A). Au reste l'ironie se lie, chez Socrate, à la maïeutique et, dans son rapport avec l'Amour, cette ironie consiste précisément à laisser croire qu'il est ce qu'il n'est pas, qu'il est l'amant, alors qu'il est véritablement l'aimé; qu'il attend tout des autres, alors qu'il possède lui-même le bien dont ils manquent {Banq, 215 B, 216 DE [cf. n. 198], 221 E-222 B). Rien n'est plus conforme que cette attitude à l'esprit de l'ironie socratique. De plus, le trouble que ressent Alcibiade à la vue et dans la compagnie de Socrate est décrit

passage. ic6poç signiûe en elTet parfois le passage qui fait communiquer la matrice avec le dehors. Au reste, dans le Théét. 151 A, Socrate dit que

ceux qui s'attachent à lui (è{io\ auYyiyvoixevoi) wfitvouai xa"c aTiopîaç èjiTCÎjx-

irXavxai, bien plus vivement que les femmes en travail. Dans cet emploi des mois âTropta et àTcopeTv, il y a, je crois, un jeu de mots étymologique intentionnel.

201. xêvTpa rapproché de a>§iv&c parait signiûer que les douleurs de Faccouchement sont un aiguillon pour l'expulsion de l'enfant, cf. Phèdre 251 B-E.

par lui dans les mêmes termes qui serviront à Platon, dans le Phèdre, pour peindre le trouble ressenti par Tamant en présence du bien-aimé. Quand il eptend parler Socrate, quand il le voit, Alcibiade éprouve — et il n'est pas le seul — une émotion incompréhensible : le cœur lui bat avec violence, il est comme possédé d'un dieu (xaTexopieOa) et cette émotion est faite de respect et de vénération : ce qu'il cherche auprès de Socrate, c'est à se perfectionner lui-même; il a honte de l'esclavage de son âme et ce sentiment s'impose à lui avec tant de force qu'il n'a pas d'autre moyen d'y échapper que de se soustraire à la compagnie de Socrate, ou bien de se boucher les oreilles, comme pour ne pas entendre la voix des Sirènes (215 C-216 C, 218 D). Or c'est de la même façon que le Phèdre nous peint le frémissement de l'amant à la vue du bienaimé et il insiste tout particulièrement sur ce qu'il y a d'impérieux et de tyrannique dans ce pouvoir de l'aimé sur l'amant, sur le respect religieux que celui-ci éprouve en présence du premier, comme en présence d'un dieu : n'est-ce pas en effet un dieu dont l'amant croit trouver en son bienaimé une image dont il cherche à reproduire les traits; c'est donc l'amant qui travaille auprès de l'aimé à se rendre meilleur {Phèdre 251 A-252 B, 252 D-253 C; cf. 254 B, E). La comparaison qu' Alcibiade fait entre Socrate et ces boîtes en forme de silènes dans lesquelles on enferme les images des dieux (221 D-222 A, 216 D) confirme de tout point cette interprétation : comme, dans l'enveloppe mortelle du bienaimé, il y a quelque chose de divin, la beauté et une image de la divinité, de même les discours grotesques de Socrate sont tout ce qu'il y a de plus divin ; ils renferment en euxmêmes les plus abondantes et les plus riches images de la vertu, qui s'offrent comme des modèles à quiconque veut vivre en homme de bien ^^^ Socrate lui-même s'explique d'ail-

202. Comparer principalement Banquet 222 A : ...irXeîfft' àYaXpur' apeTÎjç ev auToT; ïxo^xol^ [touç Xôyouç toO Swxpaxou;] xa\ éirt nXeiCTOv Tetvovta(> |ji&XXov lï ïn\ Tiav 3<iov npoo-^xet (jxoiceîv xw (jtéXXovxi xaXû xàyaOû ICffeoOs» avec Phèdre 252 D : en Oeov aûibv exsivov [se. tov ^ptaxa toO xaXoO, cf. plus bas 6f* kOtûv êpc6pL£vov] âfvxalauxû olov âyaXtAa xexxacvcxa^ xc xa\ xaxoixoatxcT,

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