CARTE DES COULEURS DE M. CHEVREUL
citerons celles faites par Le Blond en 1735 et par du Fay en 1737. En 1758, T. Mayer publia un mémoire sur ses expériences. II avait choisi pour couleurs fondamentales le vermillon, un jaune brillant et le bleu de smalt. En 1772, Lambert employa pour la construction de sa pyramide le carmin, la gomme-gutte et le bleu de Prusse. Ces cartes des couleurs étaient dressées en mêlant des poids déterminés des couleurs fondamentales et de noir de fumée, de façon à obtenir une aussi
grande variété de teintes que possible, et en disposant ces teintes en séries régulières. Les belles cartes des couleurs de M. Chevreul sont essentiellement de la même nature que les dernières décrites. M. Chevreul s’est servi d’un cercle divisé en trois parties égales par des rayons faisant entre eux un angle de 120°, et a mis sur ces rayons le rouge, le jaune et le bleu ; les teintes de ces couleurs étaient copiées sur certaines parties du spectre du prisme prises pour types. Entre le rouge et le jaune,, il a introduit les différentes nuances de l’orangé et du jaune orangé ; entre le jaune et le bleu, les verts ; enfin, entre le violet et le rouge, les pourpres. Ceci constitue le premier cercle chromatique, qui contient aussi les couleurs les plus pures et les plus intenses. Le second cercle présente les mêmes couleurs, mélangées d’une quantité déterminée et assez faible de noir; le troisième cercle est la répétition du second, avec encore plus de noir, et ainsi de suite. Il y a dix de ces cercles, contenant chacun soixante-douze teintes ; les couleurs complémentaires sont disposées l’une en face de l’autre. Outre les cercles, il y a des cartes contenant les couleurs arrangées par bandes parallèles ; ces cartes montrent les résultats que donne le mélange de noir et de blanc avec les couleurs contenues dans le premier cercle. Elles se composent de vingt-deux bandes, la bande marquée 0 étant blanche, la bande 21 noire, et la bande 10 identique à la couleur correspondante du premier cercle. Si l’on part de cette bande numéro 10 et que l’on avance vers le zéro, la couleur devient de plus en plus pâle, puisqu’elle est mélangée d’une quantité de blanc de plus en plus grande; si l’on marche dans l’autre sens, la couleur devient plus sombre et aboutit enfin au noir. Il y a soixante-douze séries de ces bandes, et aussi une pour le noir et le blanc.
Les idées sur lesquelles cette carte est fondée sont au fond non seulement arbitraires, mais encore vagues, et l’exécution de l’exemplaire que nous en avons eu sous les yeux laissait beaucoup à désirer. Nous ne saurions regarder cette carte des couleurs comme un véritable pas en avant vers une classification scientifique des couleurs ; c’est plutôt
une répétition plus soignée des travaux de Mayer, de Lambert et de Runge. En réalité, notre connaissance des couleurs et nos moyens de les soumettre à l’expérience ne sont pas encore assez avancés pour nous permettre même de proposer un plan de classification vraiment scientifique, et entre la proposition et sa mise à exécution il y aura sans doute bien des difficultés à vaincre. Aussi ce chapitre et son appendice doivent-ils être regardés plutôt comme l’énoncé du problème que comme des essais de solution.