CONTRASTE SUCCESSIF
mencent à se fatiguer, l’action des deux autres catégories sera relativement plus puissante qu’elle ne l’était d’abord, de sorte que peu à peu les sensations du vert et du violet commencent à s’ajouter à celles du rouge (ou, ce qui revient au même, la sensation du blanc se mêle à celle du rouge), et la couleur rouge du papier paraît un peu grisâtre. Le succès de cette expérience avec les couleurs pures du spectre prismatique qui ne contiennent pas de blanc, s’explique facilement de cette manière.
Nous pouvons aller encore plus loin dans cette direction, si, au lieu de nous servir d’un carré noir, nous en prenons un dont la couleur soit complémentaire de celle du fond. Nous substituons donc au carré noir un carré vert émeraude, et nous répétons l’expérience précédente (fig. 114). Le résultat est à peu près le même qu’auparavant, avec
Fig. 114, — Carré vert bleu sur Fig. 115. — Image rouge intense sur
fond rouge, fond rouge.
cette différence que l’ombre rouge est encore plus intense ou d’une couleur plus saturée (fig. 115). En faisant l’expérience de cette façon, nous obtenons deux résultats : d’abord, nous protégeons contre l’action de la lumière rouge une petite portion de la rétine, ce qui la rendra très-sensible plus tard à cette espèce de lumière ; en second lieu, nous fatiguons les nerfs verts et violets de cette portion en leur présentant une lumière vert bleuâtre, de sorte que plus tard la lumière rouge réfléchie par le papier rouge ne pourra plus les stimuler même très-faiblement ; par conséquent, la sensation que nous éprouvons est celle du rouge pur, l’action des nerfs du vert et du violet se trouvant nulle.
Tous ces phénomènes sont des exemples de ce que nous pouvons appeler le contraste successif, parce que nous regardons successivement d’une surface à une autre. Quand on met des surfaces colorées l’une près de l’autre, et qu’on les compare d’une manière naturelle,
LE CONTRASTE
le contraste successif joue un rôle important dans la question, et l'apparence des couleurs est plus ou moins modifiée en vertu de ses lois. Si nous voulons borner notre attention à une seule des surfaces colorées, le contraste successif entre encore en jeu. parce que l’œil se porte involontairement sur l’autre surface colorée ; pour résister à cette tendance, il faut beaucoup de pratique et de soin, car la vision fixe est tout à fait contraire à nos habitudes naturelles. Il en résulte que dans la vision naturelle les images négatives, bien qu’elles se présentent dans une certaine mesure, ne sont pas nettes et distinctes,