‹ Théorie scientifique des couleursChapitre 125 sur 218 · SURFACES COLORÉES PRESQUE ÉGALES · texte numérisé non relu

SURFACES COLORÉES PRESQUE ÉGALES

autre couleur brillante, et nous verrons toujours le gris plus ou moins teinté de la nuance complémentaire. Comme le noir n’est en réalité qu’un gris foncé, nous devons nous attendre à ce qu’il prenne aussi jusqu’à un certain point une couleur complémentaire de celle du fond ; et c’est là ce qui arrive, bien que l’effet ne soit pas tout à fait aussi marqué qu’avec un gris ordinaire. Dans son grand ouvrage sur le contraste simultané des couleurs, M. Chevreul rapporte une anecdote qui fera bien comprendre la question. Des marchands avaient donné à des fabricants des tissus unis rouges, bleu violet et bleus, en leur demandant de les orner de dessins noirs. En recevant les tissus ainsi ornés, les marchands se plaignirent de ce que les dessins n’étaient pas en noir, et soutinrent que ceux des étoffes rouges étaient verts, ceux des étoffes violettes jaune verdâtre foncé, et ceux des étoffes bleues couleur de cuivre. M. Chevreul recouvrit le fond avec du papier blanc, de manière à ne laisser voir que le dessin, et alors on reconnut que la couleur de celui-ci était réellement noire, et que les effets observés provenaient uniquement du contraste. Pour remédier à cet inconvénient, il faut ne pas se servir de noir pur, mais seulement de noir auquel on a donné une teinte qui se rapproche de celle du fond coloré, en ayant soin de la rendre juste assez forte pour faire équilibre à la teinte produite par le contraste. Si nous remplaçons le dessin noir par un dessin blanc, on observera souvent quelque chose d’analogue à l’effet que nous venons d’indiquer, mais d’une façon moins marquée que pour le gris ou le noir. Dans les cgs comme ceux qui nous occupent en ce moment, le contraste est plus fort lorsque la surface colorée est brillante et d’une teinte intense ou saturée. On ajoute encore à l’effet en entourant entièrement la seconde couleur de la première; la couleur enveloppante doit aussi avoir une étendue bien plus considérable que l’autre. Quand on observe ces conditions, l’effet de contraste se produit en général seulement sur la surface la plus petite, tandis que l’autre est à peine affectée.

Au contraire, si les deux surfaces colorées ont à peu près la même étendue, toutes deux se trouvent modifiées. Si l’on veut produire un effet de contraste bien marqué, il faut mettre les surfaces colorées aussi près que possible l’une de l’autre. Nous en trouvons un exemple frappant dans une des méthodes suivies par M. Chevreul pour étudier les lois du contraste. Il juxtaposait deux bandes colorées, comme le montre la figure 117, en ayant soin de placer dans le champ visuel deux bandes des mêmes couleurs à une certaine distance l’une de Rood. 14

LE CONTRASTE

l’autre. Les teintes des deux bandes centrales se trouvaient modifiées; celles qui étaient à une certaine distance l’une de l’autre ne subissaient aucun changement. Dans l’expérience que représente la figure 117, le bleu d’outremer central prend par contraste une teinte plus violette, le bleu cyané central devient plus verdâtre ; les couleurs des bandes éloignées sont à peine modifiées. Cette expérience nous présente une application de la règle que nous avons donnée plus haut pour déterminer les changements que les couleurs éprouvent par l’influence du contraste. Cette règle est très-simple, mais son application exige la connaissance des couleurs qui sont complémentaires

Page 1