LE PETIT INTERVALLE ET LA DÉGRADATION DES TEINTES
Nous avons vu dans le chapitre précédent que, lorsqu’on rapproche deux couleurs presque identiques, le contraste fait paraître chacune d’elles moins intense ou moins saturée : le rouge et le rouge orangé, le jaune et le jaune orangé, le bleu cyané et le bleu nous offrent des exemples de ces combinaisons. On pourrait supposer d’après cela qu’il est interdit en peinture de juxtaposer des couleurs de nuances si rapprochées ; mais la pratique nous montre que les couleurs qui sont séparées seulement par un petit intervalle sur le cercle chromatique, peuvent être asSoeiées sans inconvénient, à de certaines conditions. Si les deux couleurs expriment une variation de la luminosité d’une seule et même surface colorée, elles né se nuisent pas mutuellement, •et nous donnent l’impression d’une seule surface colorée, plus vivement éclairée dans certaines de ses parties. L’habit écarlate d’un soldat anglais, lorsqu’il est dans l’ombre, paraît rouge ; si une de ses parties reçoit les rayons du soleil, elle paraît rouge orangé. L’herbe prend au soleil une teinte vert jaunâtre; à l’ombre, elle semble plus bleuâtre. Mais ni l’un ni l’autre de ces effets ne nous déplaît, parce que nous les regardons comme les conséquences naturelles du genre d’éclairage auquel ces objets sont exposés. L’effet n’est pas désagréable même dans la peinture purement ornementale, si l’on voit que les deux teintes sont destinées à exprimer des degrés différents de luminosité du même élément du dessin, quand même il ne s’agirait que d’arabesques. Cette explication montre que les luminosités des deux teintes contiguës doivent être choisies de manière à s’accorder avec la nature; sans cela, nous produirions des effets contradictoires. Voici un tableau présentant une série de petits intervalles disposés d’après les luminosités naturelles; on verra qu’il est d’accord avec les lumino-