PURETÉ DES COULEURS. — LUMINOSITÉ
Si nous savons combien nous avons ajouté de lumière blanche, nous pourrons dire que la lumière réfléchie par le vermillon se compose, par exemple, de 80 pour 100 de la lumière rouge de telle région du spectre, mélangée de 20 pour 100 de lumière blanche. Si nous faisons l’expérience avec une surface peinte en vert émeraude, nous obtiendrons à peu près le même résultat, tandis que nous trouverons que le bleu d’outremer artificiel réfléchit environ 25 pour 100 de lumière blanche. Dans tous ces cas, il va sans dire que la quantité totale de lumière réfléchie par le papier coloré est représentée par 100. de sorte que les résultats donnés ici ne doivent être regardés que comme des approximations. Dans toute couleur réfléchie, il y a une certaine quantité de lumière blanche, qui a pour effet d’adoucir la couleur et de modérer son action sur l’œil; lorsque la proportion de blanc est très considérable, il ne reste plus qu’une faible réminiscence de la couleur primitive : nous disons alors que la teinte est gris verdâtre, gris bleuâtre ou gris rougeâtre. Si l’on mêle une partie de lumière rouge avec seize de lumière blanche, le mélange présente une teinte rosâtre pâle. Nous étudierons au chapitre XII, d’une manière toute spéciale, les effets produits par le mélange de la lumière blanche avec la lumière colorée ; il nous suffira pour le moment d’avoir donné l’idée d’une des constantes de la couleur, qui est la pureté. Ce mot de pureté, il faut le noter, est souvent employé par les peintres dans un sens tout à fait différent : ils diront, en parlant d’un tableau, qu’il est remarquable par la pureté de sa couleur ; ils entendent par là que les teintes du tableau en question n’ont rien de terne ou de sale dans leur aspect, mais ne veulent pas du tout parler de l’absence de la lumière blanche ou grise.
Poursuivons cette étude, et supposons que l’on nous donne à examiner deux surfaces colorées , réfléchissant toutes deux huit dixièmes de lumière rouge et deux dixièmes de lumière blanche. Malgré cela, il se peut que les deux teintes ne soient pas identiques, et que l’une d’elles soit bien plus brillante que l’autre : elle contiendra peut-être deux fois autant de lumière rouge et deux fois autant de lumière blanche, ou, en d’autres termes, elle aura un éclat ou une luminosité double. Le seul moyen d’appareiller ces deux teintes sera d’exposer la plus sombre des deux à une lumière plus forte, ou la plus brillante des deux à une lumière plus faible. Evidemment donc, l’éclat ou la luminosité est une des propriétés par lesquelles nous pouvons définir la couleur; voilà notre seconde con-
CONSTANTES DES COULEURS
stante de couleur. Le mot luminosité aussi est souvent employé par les peintres dans un sens tout à fait différent : ils disent d’une des couleurs d’un tableau qu’elle est lumineuse , simplement parce qu’elle rappelle à l’esprit l’impression de la lumière, et non parce qu’elle réfléchit réellement beaucoup de lumière à l’œil. Ils emploient quelquefois l’expression de couleur brillante à peu près dans le même sens, mais les idées sont si différentes qu’il n’y a guère de risque de les confondre.
Il est possible de déterminer la seconde constante dans certains cas, mais cette détermination se présente toujours sous la forme d’un problème de photométrie assez difficile. L’éclat relatif des couleurs du spectre solaire est un des plus intéressanls de ces problèmes, parce que sa solution servirait à donner quelque idée de l’éclat relatif des couleurs dont la réunion constitue la lumière blanche. Tout récemment, une série de mesures a été faite sur différentes régions du spectre par Yierordt, qui a rapporté aux raies fixes, comme on le fait d’ordinaire pour ces études, la position des points auxquels s’appliquent ces mesures L En ramenant ses désignations des différentes régions du spectre à celles de notre carte spectrale, qui comprend 1000 parties de A en H (voir le chapitre précédent), et en indiquant les couleurs d’après nos observations, nous obtenons le tableau qui suit :
Tableau indiquant la luminosité des différentes régions du spectre donné