EXPLICATION PAR LA THÉORIE DE YOUNG
intérêt. Nous avons vu dans un des chapitres précédents que la couleur change avec la longueur des ondes lumineuses ; ceci nous amène tout naturellement à rechercher s’il existe un rapport constant entre les longueurs des ondes qui déterminent en nous les sensations de couleurs complémentaires. En étudiant ce sujet au moyen d’une carte du spectre normal, nous reconnaissons que ce rapport n’existe pas, parce que le changement de couleur des différentes parties du spectre n’est pas directement proportionnel au changement des longueurs d’onde, comme nous l’avons fait voir dans un des chapitres précédents. Helmholtz a trouvé que le rapport qui existe n’est pas constant pour tous les différents couples de couleurs complémentaires, et qu’il varie même beaucoup. Pour certains couples, le rapport est celui de 1 à 2; pour d’autres, de 1 à 1,333; ou, si nous employions la notation musicale, nous dirions que le rapport varie depuis celui qui existe entre une note et sa quarte jusqu’à celui qui existe entre une note et sa tierce diminuée. C’est là un des faits nombreux qui sont fatals à toute théorie des couleurs que l’on veut fonder sur une base musicale.
L’autre point qui appelle notre attention est la manière dont les phénomènes des couleurs complémentaires sont expliqués par la théorie de Thomas Young. Nous avons vu plus haut qu’un mélange de lumière rouge, de verte et de violette, lorsqu’il frappe l’œil, détermine la sensation du blanc ; puis nous avons constaté dans ce chapitre que la même sensation peut être déterminée par le mélange de deux couleurs seulement, 'choisies d’une manière convenable. Or, d’après la théorie de Young, la sensation du blanc se produit lorsque les trois espèces de fibrilles nerveuses dont la rétine est munie sont stimulées à peu près au même degré : d’où il doit résulter que deux couleurs peuvent stimuler toutes les trois espèces de nerfs aussi énergiquement que les trois couleurs fondamentales. C’est ce fait qu’il s’agit d’expliquer, et voici comment nous pouvons le faire pour les cas principaux :
Le rouge et le bleu vert sont des couleurs complémentaires, parce que la lumière rouge stimule les nerfs du rouge, et la lumière bleu vert à la fois ceux du vert et du violet ; l’action simultanée des trois séries donne l’impression de la lumière blanche. Le couple suivant est l’orangé et le bleu cyané : la lumière orangée excite énergiquement les nerfs du rouge et un peu aussi ceux du vert ; le bleu cyané met en jeu les nerfs du vert et ceux du violet ; les trois séries de nerfs entrant en jeu, il en résulte la sensation du blanc. Les choses se passent à peu
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LES COULEURS COMPLÉMENTAIRES
près de même pour le jaune et le bleu d’outremer naturel : chacune de ces couleurs stimule deux séries de nerfs, c’est-à-dire que le jaune agit sur les nerfs du rouge et sur ceux du vert, et le bleu sur ceux du vert et ceux du violet. Si nous considérons le vert et le pourpre, la première de ces couleurs agit naturellement sur sa propre série de nerfs, et la seconde sur les nerfs du rouge et ceux du violet. Tout cela est rigoureusement d’accord avec les principes de la théorie de Young, comme on le verra en se reportant au chapitre que nous avons consacré à cette théorie.
Cette explication nous fait comprendre pourquoi lorsqu’on soustrait de la lumière blanche une couleur quelconque, la lumière qui reste offre toujours la couleur complémentaire de celle qui a été soustraite. Par exemple, si dans la lumière blanche nous supprimons les rayons orangés, le reste paraîtra d’un bleu cyané un peu pâle. Le tableau des couleurs complémentaires explique ce résultat ; nous savons que :
Rouge et bleu vert, donnent du blanc.
Orangé et bleu cyané, » du blanc.
Jaune et bleu, » du blanc.
Jaune vert et violet, » du blanc.
Vert et pourpre, » du blanc.
Tous ces cinq couples de couleurs existent dans la lumière blanche. Si nous en retranchons l’orangé, alors le bleu cyané est la seule couleur qui ne soit pas neutralisée; toutes les autres couleurs s’équilibrent et produisent de la lumière blanche, qui se mêle au bleu cyané libre et le rend plus pâle. L’explication est la même pour tous les autres cas. Il suit de là que les couleurs complémentaires produites par l’élimination d’une des couleurs de la lumière blanche sont pâlies par la présence d’une quantité considérable de lumière blanche. Voilà pourquoi les couleurs complémentaires que donne la lumière polarisée sont toujours un peu pâles. Gomme nous le verrons au chapitre suivant, la présence de cette lumière blanche altère même un peu la teinte de la lumière colorée à laquelle elle est mélangée ; avec elle, le rouge tire sur le pourpre, l’orangé sur le rouge, le pourpre et l’outremer sur le violet.
Avant de terminer ce chapitre, il est bon de dire quelques mots du complément du jaune pur, et de ceux des diverses variétés des couleurs bleues les plus ordinaires. Plusieurs ouvrages indiquent comme complément du jaune le bleu indigo, le bleu d’outremer ou