L’Occident, décembre
QUELQUES NOTICES
ques années nous ont été révélés par des ouvrages savants, par la Centennale, et par d’encore trop rares photographies, les chels-d’œuvres des Musées de province. Tout de même on comprend l’indifférence des touristes : la France est si riche en monuments d’architecture, en verrières, en tapisseries ! Ce qui déconcerte c’est l’apathie des municipalités et des industriels. Alors que chaque ville d’Italie entoure de réclames ingénieuses les gloires du musée local et que les photographes y multiplient les documents précieux aux touristes, — on cherche en vain à Caen un souvenir du Pérugin,à Beaune le R. Van der Weyden, à Rennes leLenain, ou à Nantes Madame de Senones.
S’il s’agit de peinture murale, tout est à découvrir. Sans doute, les spécialistes ont catalogué les vestiges de fresques : des relevés d’architectes dorment au fond des cartons des collections publiques. Mais aucun guide ne signale, par exemple, la Procession de la cathédrale d’Autun. Dans un pays fréquenté des peintres, l’admirable chapelle de Kernascléden (Morbihan) n’est pas visitée ; et à Toulouse la Savante, on ne trouverait pas la moindre photographie du beau plafond de Saint-Sernin.
C’est tout à fait par hasard que j’ai vu récemment à N.-D. de Dijon les belles fresques des bas côtés. Les guides indiquent la fresque, trop restaurée d’ailleurs, et de goût flamand, du transept : ils ne mentionnent pas la Vierge à l’enfant, la Sainte Venisse, la Circoncision et le Baptême, qui sont des ouvrages français, clairs, colorés, construits.
A Beaune, on achève de gratter le badigeon dans la chapelle du Grand-Christ, à Notre-Dame. C’est d’un art très fin, très ferme,' sans minutie, de couleur distinguée. La fin du xve siècle : Martyre de saint Etienne, bourreaux aux figures violentes. La fenêtre du fond est sertie d’ornements élégants et d’armoiries. Une Sainte Madeleine très dessinée. A gauche, le grand panneau représente la Résurrection de Lazare, des personnages de grandeur naturelle, vêtus à la mode de 1640, dans un paysage précis où se hérisse la silhouette dentelée de campaniles d’une ville bourguignonne. L’arrangement et quelques détails rappellent le triptyque de Nicolas Froment aux Ufïizi. C’est une belle chose délicate.
QUELQUES NOTICES
M. Mathieu Faivre, trésorier de la fabrique, qui a deviné et patiemment découvert avec le couteau à palette cette peinture, affirme, d’après les archives de l’église, que l’artiste est Guillaume Spicker ou Spicre (originaire de Hollande comme le sculpteur Claux Slutter), peintre verrier du duc de Bourgogne, et père de Pierre Spicker, lequel a dessiné les « patrons » des tapisseries de Beaune; il travaillait pour le cardinal Rollin> fils du chancelier Nicolas Rollin, fondateur de l’hôpital célèbre. Ainsi, un intérêt historique s’ajoute à l’exquis agrément de cette œuvre d’art. On pénètre plus avant dans la connaissance d’une belle époque d’art français. Le nom de Spicker, attaché désormais à la chapelle du Grand-Christ comme aux tapisseries, devient un des plus notables parmi ceux des maîtres bourguignons qui, après Melchior Broederlam, ont francisé l’art des Flandres.