‹ Thérapeutique des maladies de l'estomacChapitre 40 sur 88 · CANNABIS INDICA · texte numérisé non relu

CANNABIS INDICA

Dujardin-BeaumeLz donne la formule suivante :

lien fait prendre deux cuillerées à bouche toutes les deux heures. Il assure qu'on pourrait sans inconvénient prendre toute la potion en 24 heures.

Pour notre part, nous nous contentons de la donner en général à des doses beaucoup moins élevées, et nous formulons :

Chlorhydrate de cocaïne 0,10 centigr.

Eau 300 gr.

Nous ne laissons prendre en général que la' moitié de cette solution en un jour, par cuillerées espacées (1).

On peut donner, par exemple, une cuillerée à bouche de quart d'heure en quart d'heure jusque quatre et espacer les autres doses qui ne seront prises que si la douleur repai'aît.

Extrait gras do cannabis indica. — NouS pensons que, d'une façon générale, la cocaïne est plus active que l'eau chloroformée, et, d'une façon générale aussi, que l'extrait gras de cannabis est plus actif que la cocaïne.

L'extrait gras de cannabis indica, recommandé par le professeur G. Sée, est un excellent calmant des douleurs de l'estomac. G. Sée le donnait à la dose quotidienne de 0,()."j centigrammes.

Nous commençons habituellement par 0,(fâ centigrammes et nous dépassons rai emenl 0,03.

(1) Il ne faut pas oublier qu'on a signalù dos accidents scflcux de cocaïnismc aigu avec une dose de :j cenligramnics do cocaïne pure en bloc. Luther. T/ierap. Monnlsli. février, 1891!

Chlorhydrate de cocaïne Eau

0,30 centigr.

300 gr.

On peut formuler par exemple :

Extrait gras de cannabis indlca

Alcool

Eau

0,02 ccntigr.

Q. S.pourdissoudro ISO gr.

A prendre en quatre ou cinq fois dans les24 heures.

M. G. Sée prescrit l'extrait de cannabis dans un julep gommeux.

L'extrait gras de cannabis est non seulement un calmant des douleurs gastriques, mais de l'élément douleur en général. Il réussit très bien contre lesdouleurs fulgurantes des tabétiques, les douleurs diffuses de certains neurasthéniques, etc.

Son emploi même à la dose de 0,02 à 0,03 centigrammes par jour demande à, être surveillé. En effet, on voit quelquefois, au bout de quelques jours, survenir de légers phénomènes de haschicJiisme, des rêvasseries, des liallucinalions dans l'état de demisommeil, des cauchemars pénibles. 11 ne serait pas très prudent d'après cela de le donner à des malades dont les reins fonctionneraient mal.

Solanine. — Desnos a expérimenté la solanine (1). Il en a obtenu des effets calmants très marqués dans des affections douloureuses de l'estomac de nature très variée. 11 l'a donnée à la dose de o à 10 centigrammes par jour en pilules, rarement de 13 centigrammes.

Clilorodyiie.— Dans les pays de langue anglaise, on emploie beaucoup comme calmant de la douleur un liquide de composition inconnue, la chlorodyne, qui jouit, comme calmant des gastralgies, d'une énorme réputation. Elle fait couramment partie des provisions de voyage de beaucoup d'Anglais et d'Américains,

(I) Bulletin i/énéral de Tliérapeiiliqin',T. C.KXII.p. 3o2.

MÉDICAMENTS DIVERS l'J'^

On en donne cependant deux formules différentes que nous reproduisons d'après Soulier (1). Les substances actives qui entrent dans la composition de ce mélange sont, comme on peut le voir, le chloroforme et la morphine.

Nous avons moins de conliance dans les médicaments que nous allons maintenant énumérer.

Éther.— Il est très inférieur au chloroforme donné sous forme d'eau chloroformée ; cependant, chez des individus très nerveux, chez des femmes hystériques, il rend quelquefois des services, qu'on le donne dans un peu d'eau sucrée (10 à 20 gouttes) sous forme de sirop, ou de perles d'éther.

Menthol . — De l'éther on peut rapprocher le menthol, utile quelquefois contre les vomissements.

On peut se servir de la formule suivante :

Menthol in à 15 centigr.

Alcool Q. S.pourdissoudrc

Eau distillée 180 gr.

à prendre par cuillerées à bouche.

Le menthol peut du reste se prendre à doses plus élevées. (Voir : Appendice.)

Condarango. — M. Dujardin-Beaumetz en dit grand bien.

On peut le donner en poudre, en cachets, à raison de 1 gramme à chaque repas.

On peut aussi employer la teinture alcoolique au i/5, dont on donne 10 grammes à chaque repas, ou l'extrait fluide : 20 gouttes après chaque repas. Nous ne l'avons pas employé nous-mème.

Nitrate d'argent. — Si singulier que cela puisse paraître au premier abord, Rosenheim (2) donne le ni-

(1) Voir à l'Appendice.

(2) Krank/ieiten (1er Spei.serôhre und des Magcns, p. 288.

PDÉNOMÈNES DOULOUREUX

traie d'argent comme un très bon calmant dans les cas d'excitabilité exagérée de la muqueuse stomacale. Voici comment il conseille de l'administrer dans CCS. conditions :

Une demi-cuillerée à bouche trois fois par jour dans un demi-verre d'eau. La première cuillerée est prise à jeun, les deux autres avant le déjeuner et le dîner.

Antipyi-iiie. — L'antipyrine, cet excellent sédatif nerveux, parait avoir l'inconvénient d'irriter assez fortement la muqueuse stomacale.

On ne doit donc l'employer qu'avec une certaine réserve dans tous les cas de dyspepsie, avec plus de réserve encore lorsqu'on a lieu de soupçonner qu'il y a de la gastrite.

Pour notre compte personnel, suivant en cela l'exemple de M. G. Sée, nous donnons toujours l'antipyrine associée au bicarbonate de soude.

On peut aussi l'administrer en lavements.

C'est dans les crises gastrir^ues qu'elle donne les meilleures résultats ; on sait du reste qu'elle agit favorablement dans bien des cas contre les crises douloureuses chez les tabétiques.

On en donnera de 0, oQ centigrammes à 3 grammes. On n'oubliera pas que l'antipyrine doit toujours être donnée avec précaution, àfaibles doses, chez les personnes qui en prennent pour la première fois : il y a en effet, à son égard, en vertu d'idiosyncrasies particulières, des susceptibilités extrêmes.

Bromures. — ïous les bromures, plus que l'antipyrine encore, méritent le reproche d'irriter la niu-

Nitrato d'argent Eau distillée . . . .

0,20 à 0,30 cenligr.

100 gv.

UAINS. — ÉLECTRICITÉ l-'>>

queuse de l'estomac. Dans ces derniers temps M. G. Sée a préconisé l'emploi du bromure de calcium. Il considère ce dernier comme un excellent sédatif de toutes les douleurs gastriques. 11 le prescrit à la dose de 2 ou 3 gr., exactement de la môme façon que le bromure de potassium.

Après et à côté des moyens chimiques, il est bon de donner aussi une place aux agents physiques : les applications chaudes, les bains, l'électricité, la révulsion.

Appiicatioii-ii ciiiiiidcf^, Bains. — L'action calmante des applications chaudes sur l'abdomen, surtout des applications humides, compresses ou cataplasmes, est bien connue, on pourra y avoir souvent recours.

Les bains chauds ont également une action calmante manifeste ; on les ordonnera avec bénéfice chez les malades capables de les bien supporter, en particulier contre les crises gastriques.

Électricité. — Plusieurs auteurs ont signalé les bons effets de l'électrisation dans le traitement des douleurs de l'estomac. Leube a obtenu d'excellents résultats des courants continus dans la gastralgie (1). Burkart s'est servi avec avantage des courants faradiques (2).

Max Einhorn (3), inventeur d'un appareil spécial pour l'électrisation intrastomacale, a vu également la douleur disparaître sous l'inlluence de ce mode d'intervention. M. Ravé qui a fait ses recherches sur le traitement dos dyspepsies par l'électricité dans le service de M. Haycm, formule la conclusion suivante :

(1) Ziemssen'x Hdh. Bd. 7, Th. 2, p. 20u

(2) Neiiraslhenia gastrica. Bonn. 1882.

(:t) Cité par J. Ravé, Th. do Paris, 1892.

200 rUÉNOMÈNES DOULOUREUX

« Les phénomènes douloureux sont, d'une manière générale, amendés par l'emploi judicieux du courant constant. Toutefois, il faut faire une réserve relativement aux crises que peut provoquer le traitement chez les hyperchlorhydriques. »

Cette dernière réserve est justifiée par ce fait que, d'après les recherches de M. Ravé et celles d'Hoflmann (1 ), l'électrisation de l'estomac exagère la sécrétion gastrique.

Il ne serait pas très prudent d'électriser le pneumogastrique comme certains auteurs l'ont proposé : si l'on agissait réellement sur ce nerf, on pourrai avoir des accident graves du côté du cœur.

L'électrisation inlrastomacale soulève parfois une telle résistance de la part des malades que Ziemssen en est arrivé à faire exclusivement l'électrisation extérieure, à l'aide d'électrodes à large surface.

L'électrisation faradique pourrait être employée de préférence chez les malades atteints de relâchement notable des muscles de l'abdomen et de constipation.

Rëviilsiua. — La révulsion est quelquefois utile dans le traitement des douleurs de l'estomac et de la gastralgie. On peut employer des sinapismes, des pulvérisations, le stypage au chlorure de méthyle, ou de petits vésicatoires. Nous croyons que ces moyens agissent surtout par suggestion. C'est une raison pour n'employer qu'une révulsion superficielle n'entamant que fort peu la peau ou ne l'entamant que sur une très faible étendue. Cela nous fait rejeter le cautère qui a le tort grave de créer une véritable plaie caustique.

Pour terminer ce chapitre, il est bon de donner (1) Uei-Zin. Klin. Wochenschrift, «■> 12, u. 13, J889.

CAS PARTICULIERS -iUl

quelques renseignements sur le mode d'intervention qui convient plus particulièrement aux diflerentes variétés de douleurs gastro-intestinales.

Dotileiirs symptomatiques «le la dyspepsie. — Les alcalins à dose élevée sont le meilleur moyen d'agir sur les douleurs de l'hyperchlorhydrie simple et de l'hypersécrétion chlorhydrique. Cependant, dans les cas où il existe une grande hyperesthésie de la muqueuse, dans les cas qui prennent l'aspect de véritables crises paroxystiques, il sera bon d'avoir recours à des calmants de l'estomac. Les boissons chaudes sont souvent utiles. Parmi les calmants chimiques, on donnera la préférence aux opiacés, à la cocaïne et surtout à l'extrait gras de cannabis indica. Il ne faut employer ici ni l'antipyrine, ni l'électricité à cause de l'irritation qu'elles exercent sur la muqueuse.

Les bains chauds et les douches chaudes ont souvent une action favorable. On les donnera autant que possible, le soir, dans l'intention d'obtenir le calme et le sommeil pour la nuit. Dans la dysjjejme nervomotrice simple sans tendance à l'hyperacidité organique, on aura recours aux gouttes noires anglaises, aux gouttes blanches de Gallard, au laudanum donné à la façon de Trousseau, par très petites quantités au commencement du repas. Les boissons chaudes sont ici particulièrement utiles, à la lois pour exciter la motricité et pour calmer la douleur. 11 va sans dire que le régime et le traitement principal seront du reste institués comme il a été dit antérieurement.

On pourra, dans les mêmes conditions, se servir de l'eau chloroformée, qui est, on le sait, un bon antiseptique et qui, à ce titre, trouvera une indication

nette dans les cas de fermentation avec hyperacidilé i organique.

Lorsqu'il y a stase et dilatation, le lavage de l'estomac sera fort utile contre la douleur.

La révulsion convient surtout à la gastrite chronique, à l'ulcère rond et à la gastralgie des névro- j pathes, des neurasthéniques et des hystériques. \

ixSkstPAlgies et crises gastriques. Dans les

grandes crises douloureuses, avec ou sans vomisse- ' ments, il faut mettre les malades au repos absolu, ; et même au repos au lit. Ceci est utile toujours et i absolument obligatoire lorsqu'il y a un rein mobile. i Comme médication calmante, on donnera le cannabis, l'eau chloroformée, la solution de cocaïne. On pourra ; aussi faire des piqûres de morphine, donner des bains chauds, pratiquer l'électrisalion extérieure. Le repos et les boissons chaudes sont le meilleur \ moyen dans certains cas de crises avec hyperchlorhydrie.

Douleurs intestinales. — On traitera par l'opium et la morphine, donnés par la bouche ou en lavements, les coliques concomitantes de la diarrhée. On aura surtout recours aux lavements en cas de colite chronique. Les applications chaudes donnent souvent aussi un très réel soulagement.

L'opium a le grave inconvénient, en cas de colite muco-membraneuse, d'augmenter encore la constipation chez des gens dont la constipation est précisément la cause première de tout le mal.C'estdoncàla belladone vantée déjà par Trousseau qu'il faudra sui'- , tout s'adresser. Cherchewski s'en est également servi en cas de crise intestinale avec un réel avantage. Chez les constipés encore, il est indiqué d'appliquer l'électrisation et surtout la faradisation de l'abdomen.

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