CHAPITRE V
Dysenterie.
La dysenterie est une maladie infectieuse et contagieuse, souvent épidémique, fréquente et grave dans les pays chauds, dont les lésions se localisent au gros intestin et particulièrement à sa partie inférieure. La dysenterie dans ses formes aiguës, peut revêtir des aspects tout à fait difl'érents; elle peut passer à l'état chronique.
On a employé contre elle les traitements les plus variés : parmi eux il en est quelques-uns qui ont donné des résultats si favorables, que leur emploi s'est en quelque sorte généralisé. Ce sont ceux-là que nous voulons exposer.
D'autre part, il y a, dominant le traitement de la maladie, un certain nombre de principes qu'il ne faut pas perdre de vue.
C'est ainsi qu'il ne faut pas oublier que, dans la dysenterie, la diarrhée n'est qu'apparente, il y a on réalité constipation. Les évacuations si abondantes sont constituées par des produits de sécrétion de la muqueuse enflammée ou ulcérée. Les véritables selles fécales sont absentes ou représentées seulement par des matières dures, fragmentées, très rares.
On a donc fait fausse route toutes les fois qu'on a voulu traiter la dysenterie comme une diarrhée, et
DYSENTERIE
i[ii"on l'a allaquée parles opiacés, le sous-niti"aLe de bismuth et les astringents administrés par la voie l)iiccale.
Ce sont les purgatifs qui conviennent à la dysenterie, et, semble-t-il, plus spécialement encore, les purgatifs cholagoques (1). En effet, on a remarqué (|ue les matières dysentériques sont dépourvues de liile, et que le retour de la bile est d'un excellent augure.
On a vanté les purgatifs les plus divers, le tamarin la manne, la crème de tartre, les sels alcalins, le sel (le Seignette, la rhubarbe.
Ces purgatifs seraient inférieurs au calomel, que l'on peut donner à doses massives de 0,40 àl gramme, ou à doses fractionnées, en dix paquets espacés, de -In à 30 milligrammes chacun.
Toutefois, le médicament le [)lus vanté contre la dysenterie, c'estl'ipéca. On peut l'administrer d'après la méthode brésilienne
On faitinfuser 8 grammes de racine d'ipéca concassé dans :200 grammes d'eau; on filtre, et, le premier Jour, on administre ces ^200 grammes d'eau par cuillerées à bouche. Le second jour, on fait infuser de nouveau l'ipéca de la veille dans une même quantité d'eau qu'on fait prendre do la même façon. Le troisième jour, on fait infuser encore une fois l'ipéca (]ui a servi déjà deux fois, dans une même quantité d'eau bouillante; mais, cette fois, on fait prendre le tout, dans le courant de la journée, liquide el ipéca.
On a voidu simplifier ce mode d'administration et Delioux de Salignac a donné la formule suivante :
Poudre d'ipéca 4 gi'.
(I) DuJAriDiN Beaumetz. Leçons de clinique thérapeutique. — Ti-aitemeut des maladies de l'intestin, p. (i'jd. 1880.
DYSENTERIE
Faites bouillir 5 minutes dans :
'Eau 300 pr.
Filtrez et ajoutez :
Sirop d'opium 30 gr.
Hydrolat de cannelle 30
A prendre par cuillerées à bouche d'heure en heure.
Segond a uni l'ipéca au calomel, dans des pilules souvent ordonnées par les médecins de marine.
Ipéca en poudre 0,40
Calomel 0,20
Extrait d'opium 0,OS
Sirop de nerprun Q.S.
pour 6 pilules.
On a conseillé de remplacer la racine d'ipéca par la racine d'allante glanduleux ou vernis du Japon (Robert). Comme moyens locaux on a employé des lavements astringents ou antiseptiques de tout ordre, lavements au ratanhia, à l'extrait de Saturne (3 à 5 grammes pour 250 grammes d'eau) au nitrate d'argent (25 à 50 centigrammes pour 200 grammes d'eau). Delioux de Salignac a donné des lavements albumineux au nitrate d'argent. On fait dissoudre un blanc d'œuf dans 200 grammes d'eau, on y ajoute 0,50 de nitrate, et ensuite 0,50 de chlorure de sodium en solution.
Le même auteur a conseillé aussi des lavements iodés (10 à 20 grammes de teinture d'iode et 0,50 ;\ 1 gramme d'iodure de potassium dans 250 grammes d'eau.)
On a conseillé encore des lavements d'eau boriquée au 1/100, de permanganate de potasse à 2 pour 1000, de sublimé.
DYSENTERIE
Formule donnée par M. Bonamy :
Sublimé 0,12 à 0,20 ccntigr.
Eau OS
Alcool
pour deux lavements, un le malin l'autre le soir (1). On pourrait ordonner encore l'eau naphtolée.^ Dans les formes chroniques, il y a lieu d'employer le benzonaphtol.
Le régime lacté est de rigueur pendant le traitement de la dysenterie.
(I) Bien que les auteurs ne signalent aucun accident, nous aurions une certaine appréhension à employer des lavements aussi riches en sublimé.