CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
C'est, avec une autre localisation, la question qui s'est posée déjà pour les limites et les rapports de la gastrite et de la dyspepsie stomacale : elle ne nous embarrassera pas plus à propos de l'intestin qu'elle ne nous a embarrassé à propos de l'estomac.
Il est certain que, dans tout état morbide, on doit avant tout chercher à déterminer et à atteindre la cause ; on doit autant que possible, en pratique, instituer un traitement étiologique et pathogénique.
Malheureusement, cela n'est pas toujours possible. On est alors forcé de laisser au premier plan la médication symptomatique, et, plus particulièrement encore, la médication des grands complexus symptomatiques. Cette médication tient encore un rang honorable, et quelquefois même prépondérant lorsque l'étiologie et la pathogénie sont connues, car on doit se borner souvent, dans l'impossibilité d'atteindre la cause elle-même, à en combattre isolément les manifestations symptomatiques.
Nous envisagerons donc successivement, au point de vue des indications qu'ils comportent, les éléments suivants :
L'influence des viciations des fonctions de l'estomac sur les fonctions intestinales;
La dyspepsie duodénale ;
Les troubles nervo-moteurs ;
Les troubles de la sensibilité ;
La constipation et trois de ses principales complications, l'entérite muco-membraneuse, les hémorrhoïdes et la fissure anale ;
La diarrhée;
L'auto-intoxication intestinale ;
4 THÉRAPEUTIQUE ,D.Ep MALADIES DE i/lNTESTIN
La flatulence intestinale.
L'embarras gastro-intestinal ; L'entéroptose ; Les hémorrhagies intestinales.
MIËR
Influence des violations des fonction» de l'estomac sur les fonctions de l'Intestin.
Indications thérapeutiques qui en résultent.
Les divers segments du tube digestif réagissent les uns sur les autres; ils exercent sur les segments d'amont ou d'aval une action excitante ou modératrice suivant les cas. Cette influence en ce qui concerne Faction de l'estomac sur l'intestin est démontrée par :a) l'expérimentation physiologique; b) l'observation clinique; c) la thérapeutique.
a) E m périment ation physiologique. — Les belles
expériences de Pawlow et de ses élèves (1) ont prouvé que les acides, et, en particulier, le suc gastrique acide, sont le meilleur excitant de la sécrétion pancréatique. Or, le suc pancréatique joue dans la digestion intestinale un rôle tout à fait prépondérant.
b) Observation clinique. — L'observation clinique permet souvent de mettre en relief l'influence des perturbations pathologiques des fonctions de l'estomac sur les fonctions de l'intestin. En voici quelques exemples : en règle générale, les malades atteints d'une affection très douloureuse de l'es-
(1) Die Arbeit der Verdauungsdrusen. Wiesbaden, 1898.
tomac sont constipés. Il semble que, par voie réflexe, il se produise une véritable inhibition des mouvements et peut-être aussi de la sécrétion de l'intestin. Lorsque la douleur est calmée, quelque soit le médicament employé, la diarrhée cesse. C'est ainsi que, dune façon assez paradoxale à première vue, on voit la constipation céder après l'usage des alcalins à haute dose, de la craie, du bismuth, et même quelquefois de la morphine ou de l'opium chez des malades atteints d'ulcère gastrique ou d'hyperchlorhydrie à forme douloureuse.il y a constipation encore lorsque des vomissements répétés empêchent le contenu de l'estomac de parvenir dans le duodénum en quantité suffisante. Dans l'hyperchlorhydrie, on constate de temps en temps des poussées de diarrhée survenant le matin : elles paraissent dues au passage dans l'intestin d'une quantité considérable de liquide hyperacide, et semblent se produire ainsi par un mécanisme analogue aux vomissements quelquefois observés en cas semblable.
Dans un assez grand nombre de cas [Oppler (1), Max Einhorn (2), M. Soupault, A. Mathieu], on a constaté une diminution considérable de la sécrétion chlorhydropeptique chez des malades atteints de diarrhée chronique.
e) Thérapeutique. — Nous avons montré tout à l'heure la constipation des gastralgiques cédant sous l'influence du traitement de la douleur stomacale. De même on peut voir le traitement méthodique de
(1) D. medic. Wochenschr., n° 32, 1896, et Therapeut. Monatshefte, n° 3, 1896.
(2) Arch. f. Verdauungskrankh., Bd. III, p. 139.