‹ Thérapeutique des maladies de la peauChapitre 177 sur 201 · LOTIONS · texte numérisé non relu

LOTIONS

Lotioas.

Les lotions sont fréquemment employées en dermatologie et répondent à des indications diverses.

Elles peuvent être détersives et antiseptiques, émollientes, astringentes, antiprurigineuses, excitantes.

Les lotions détersives et antiseptiques s'appliquent au traitement de toutes les dermatoses suintantes. Elles doivent êLre faites avec douceur, au moyen de fragments d'ouate hydrophile imprégnés d'une solution antiseptique : solution de sublimé de 2 pour 1000 à 1 pour 2000, eau boriquée à 3 0/0, eau phéniquée au centième, solution de phénosalyl à 1 pour 300 ou pour 500, etc.

Les lotions émollientes s'appliquent aux dermatoses inflammatoires et se font avec de la décoction de guimauve, de graine de lin, de feuilles de sureau, de tête de pavot, de l'eau de son, de l'eau d'amidon, etc., additionnées ou non d'acide borique. Ces liquides doivent être employés tièdes.

Les lotions astringentes, qui s'appliquent aux mêmes dermatoses accompagnées ou non de suintement, se font avec de la décoction de têtes de camomille (très utile dans les dermatoses suintantes qui sont loin de toujours bien supporter les lotions émollientes), de la décoction de racines d'aunée. de feuilles de noyer, de feuilles de ronce, d'écorce de chêne, avec des solutions de tanin à A pour 1000, avec de l'eau blanche (une cuillerée à bouche de sous-acétate de plomb liquide ou extrait de Saturne pour un verre d'eau, dans les interlrigos enparticu-

LOTIONS *oy

lier), avec une solution de borate de soude de 1 à 3 0/0 ou d'alun à 2 0/0.

Les lotions antiprurigineuses se font avec des solutions alcalines, des solutions de sublimé à 0,30 pour 1000, des solutions de cyanure de potassium à 0,50 pour 1000 ou d'acide cyanhydrique :

Solution officinale au 1/100. . 0.50 centigr. à 1 gr. Eau distillée 1000 gr.

avec l'eau de laurier-cerise, mais surtout avec de l'eau phéniquée à 1 pour 200 ou 1 pour 100, des alcools aromatiques (eau de Cologne, alcool de menthe, alcoolat de romarin, étendus de deux à quatre fois leur volume d'eau), avec de l'alcool mentholé à 2 ou 5 0/0, des vinaigres (vinaigre pur ou vinaigre aromatique) étendus de huit à dix parties d'eau.

Les lotions antiprurigineuses doivent être faites chaudes.

Les lotions excitantes sont destinées àproduire un certain degré d'irritation du tégument; elles doivent déterminer la rubéfaction de la peau et non lavésication. Elles sont presque uniquement employées dans le traitement de la pelade et des alopécies'. L'essence de térébenthine, les alcoolés, la teinture de cantharides, l'acide acétique sont les principales substances qui entrent dans leur constitution.

Voici quelques formules de lotions excitantes empruntées à divers auteurs :

Alcool camphré 100 gr.

Essence de térébenthine 25 —

Ammoniaque 5 —

(Pharmacopée de l'hôpital Saint-Louis; lotion'excilante n° 1.)

MENTHOL

Alcool camphré 100 gr.

Essence de térébenthine 10

Ammoniaque 4

(Pharmacopée de l'hôpital Saint-Louis; lotion excitante n° 2.)

Alcoolat de Fioravanti / ~

Alcool camphré j aa 100 gr.

Teinture de cantharides j ~

Teinture de romarin j aal0à30gr.

(E. Vidal.)

Teinture de cantharides 10 gr.

Chlorhydrate de pilocarpine 0,25 centigr.

Alcoolat de Fioravanti ) ~

Alcoolat de romarin j aa S" gr.

(E. Besnier.)

Salicylate de mercure 0,05 à 0,25 c.

Salol 1 à 5 gr.

Alcoolat de romarin ou de lavande 250 gr.

(Brocq.)

Acide acétique cristallisable 5 gr.

Teinture de cantharides )

Teinture de romarin > aa 15 gr.

Teinture de jaborandi )

Alcoolat de Fioravanti j ~

Alcool camphré ) aa 50 S1'"

(Voir en outre Liniments excitants, p. 286 et Aride acétique, p. 190.)

Menthol '

Le menthol est le stéaroptène ou camphre de l'essence de menthe. Use dépose en cristaux pendant la rectification lente de cette essence. Son odeur rappelle celle de l'essence, mais est moins intense, moins aromatique et moins agréable. 11 est soluble dans l'alcool et les huiles, insoluble dans l'eau.

MENTHOL

Il jouit de propriétés anesthésiques et surtout antiprurigineuses, qui le rendent précieux dans les prurits, quelle qu'en soit la cause.

Son contact avec les téguments produit une sensation de froid assez intense, qui peut devenir pénible lorsqu'on applique des préparations mentholées sur une portion étendue du tégument.

Cette sensation est précédée d'une sensation de chaleur très désagréable lorsqu'il existe une dénudation épidermique; sur la muqueuse vaginale et la muqueuse anale, les préparations mentholées déterminent également des sensations pénibles chez beaucoup de sujets, tandis qu'elles sont très bien supportées par les muqueuses des voies respiratoires. Aussi conseillons-nous de ne pas employer le menthol dans les eczémas avec excoriations du tégument, ni dans les prurits anaux et vaginaux.

Le menthol peut être prescrit sous forme de solutions alcooliques, d'huile mentholée ou de pommades et de pâtes.

Solution alcoolique à 10 0/0 (dans l'urticaire et les prurits sans lésion.)

Huile mentholée :

Menthol 5 à 10 gr.

Huile d'amandes douces 100 —

(Dans l'urticaire, les prurits, les eczémas secs.) Pommade :

Menthol 1 à 5 gr.

Oxyde de zinc 10 —

Vaseline J ~

Axonge j aa 25 gr.

Cette pommade, formulée par MM. Dubreuilh et Archambault (1), peut être employée dans les mêmes cas.

(1) Journal de médecine de Bordeaux, 17 août 1890.

Nous préférons de beaucoup, et pour les divers cas où le menthol est indiqué, la pâte suivante qu'emploie M. Besnier :

Menthol 2 qr

Oxyde de zinc ^ ^

Vaseline liquéfiée au bain marie ) aa 50 —

Le menthol peut être associé à des préparations plus actives dans les eczémas secs accompagnés de prurit. La pommade suivante :

Menthol 2 gr

Résorcine f

Soufre précipité 10

Oxyde de zinc 12

Vaseline 30

convient fréquemment à la fin d'une poussée eczémateuse, lorsque le prurit persiste avec une certaine intensité.

M. Besnier associe le menthol à la dose de 0,25 à 1 gramme 0/0 aux pommades qui servent dans le traitement de la gale, afin d'atténuer les sensations pénibles provoquées par leur application.

Mercure et ses composés.

Le mercure métallique n'est guère employé en dermatologie que sous forme d'emplâtres, dont l'emplâtre de Vigo (voir l'article Emplâtres) est actuellement le seul usité.

Le sublimé est employé comme antiseptique, plus rarement comme caustique, sous forme .de solutions de pommade, de collodion.

Les solutions de sublimé sont d'excellents antiseptiques, préférables à tous les autres lorsqu'elles ne déterminent pas d'irritation de lapeau. Elles servent

en lotions (au 500"-) dans les affections parasitaires du cuir chevelu, dans les dermatoses primitivement microbiennes ou infectées secondairement; en applications permanentes (enveloppements humides, au 2000°, au 3000e ou au 4000%) dans les mêmes cas, surtout dans l'ecthyma, les furoncles, les eczémas infectés. Pour ce dernier usage, il est préférable de se servir de solutions dans l'eau non alcoolisée ou dans l'eau additionnée de 1 0/0 de chlorure de sodium, plutôt que de liqueur de Van Swieten qui est plus irritante pour la peau.

Les pommades au sublimé à 2 ou 3 0/0 sont souvent irritantes et peu employées.

Le collodion au sublimé :

Sublimé corrosif * Sr-

Collodion élastique 30

préconisé dans les verrues et dans les dermatomycoses, est très irritant, provoque des excoriations douloureuses et parfois des accidents d'intoxication. Nous ne saurions le recommander.

Le calomel est employé en pommades

Calomel à la vapeur 2 gr.

Vaseline 100 —

(Pharmacopée de l'hôpital Saint-Louis)

dans les eczémas, dans le psoriasis.

Cette préparation, qui donne quelquefois des succès remarquables dans certaines formes d'eczémas, ne saurait être employée avec assez de réserve. Outre les phénomènes toxiques qu'elle provoque avec la plus grande facilité, elle détermine souvent une irritation locale fort vive qui vient se surajouter à la lésion primitive et l'aggraver sans aucun bénéfice.

Elle doit être réservée à quelques cas d'eczémas circonscrits et peu étendus.

L'emplâtre au calomel, proposé par quelques auteurs comme succédané de l'emplâtre de Vigo pour le pansement des ulcérations et des lésions circonscrites, ne présente aucun avantage particulier et, comme toutes les préparations de calomel, expose particulièrement à la salivation mercurielle. Il nous semble, devoir être abandonné.

Le Uiodure de mercure a été proposé comme succédané du sublimé et peut s'employer sous les mêmes formes et dans les mêmes cas, mais à closes de moitié moins élevées. Il ne nous semble pas sensiblement préférable au sublimé.

Oxydes de mercure. — Les oxydes de mercure (précipité rouge et surtout précipité jaune) peuvent être employés en pommades dans les eczémas circonscrits, particulièrement dans les eczémas localisés au voisinage,des orifices de la face.

Oxyde jaune de mercure 0,30 à 1 gr.

Vaseline 25

Vidal l'associait à Timide de cade dans les eczémas impétiginiformes du visage et des oreilles.

Oxyde jaune de mercure 1 gr.

Huile de cade vraie 5 —

Glycérolé d'amidon 30 —

On a encore vanté le précipité jaune dans l'impétigo vrai, qui peut être tout aussi facilement guéri par des topiques plus simples et moins dangereux.

Le turbith minéral (soîts-sulfate de Moxijde de mercure), très employé autrefois dans le traitement des affections parasitaires du cuir cbevelu, sous la l'orme de pommade :

NAPHTllOL

. 1 à 2 gr.

Turbith minéral. 40 gr.

Axonge ou vaseline

est d'un usage beaucoup moins courant actuelle-

Tes fumigations de cinabre (bisulfure de mercure), que l'on fusait en projetant de la poudre de cinabre sur une pelle chauffée ou sur des charbons ardents dans une boîte fumigatoire, ont été très employées dans le traitement de la phthiriase du corps ; les accidents d'intoxication mercurielle qui peuvent leur succéder et le siège du parasite, qui habite les vêtements et non le tégument, doivent les faire rejeter et remplacer par des moyens de traitement moins dangereux (Besnier).

Molllne.

Voir Savons, p. 330.

Mousselines.

Outre leur emploi comme moyen d'application des pansements humides, les mousselines sont utilisées en dermatologie comme support des pommades ou onguents et des emplâtres. Nous renvoyons à l'article Emplâtres pour cette dernière application qu'on doit à Unna. Quant aux onguents mousselines du même auteur, ils consistent simplement dans la substitution de cette étoffe aux classiques compresses de toile pour étendre les pommades qu'on ne peut, en raison de leur trop grande viscosité, étaler directement sur la peau.

Naphthol.

Le naphthol P est seul employé en dermatologie. Il jouit de propriétés antiseptiques, antiparasitaires

^6 NAPHTHOL

et antiprurigineuses; de plus, il semble agir comme agent substitutif dans certaines dermatoses.

Aussi ses indications, queKaposi (1) a surtout contribue à faire connaître, sont-elles très nombreuses lia ete employé avec succès dans la gale, dans là ph thiriase du pubis, dans le psoriasis, dans l'icb thyose dans les eczémas secs et suintants, dans les séborrhées, dans les acnés et d'une façon générale dans toutes les affections sèches ou suintantes réclamant l'usage de préparations antiseptiques faibles.

On le prescrit sous forme de pommade, de liniment, de savon.

Pommades.

P naphthol 10 à 15 gr.

Ether sulfurique Q. S. pour dissoudre

Vaseline ou axongè 100 gr

(Contre le psoriasis, où on peut renforcer l'action de cette pommade par l'addition de 1 0/0 d'acide salicylique.)

P naphthol 5 à 10 gr.

Ether sulfurique Q. S. pour dissoudre

Vaseline ou axonge 100 gr.

(Pour le traitement de la gale, en onctions répétées chaque jour chez les sujets qui ne peuvent supporter la cure rapide de la gale — sujets à peau irritable, femmes enceintes, etc. — ; pour le traitement de la phthiriase du pubis, et dans les affections prurigineuses sans excoriation.)

P naphthol 15 gr.

Craie blanche pulvérisée 10 —

Savon vert 50 —

Axonge 100 —

(1) Wiener medicinische Wochenschrift, 1881 et 1S82.

NAPUTHOL CAMPHRE

(Pour le traitement rapide de la gale, une seule friction énergique avec cette pommade, sume de saupoudrage à l'amidon suffit à guenr la gale Kaposi); la pommade doit être conservée jusqu au lendemain.

ua, , 3 à 5 gr.

p naphthol. 1,0 à 20 gr.

Oxyde de zinc r

Vaseline

(Dans les eczémas secs et suintants, prurigineux, dans les acnés irritables.)

pnaphthol... •• 50fi5

Soufre précipité ^

Vaseline ! aa 25 gr.

Lanoline

(Dans les acnés peu irritables.) Liniments :

pnaphthol.......

Huile d amandes douces luu

(Dans la phthiriase du pubis.)

P naphthol * P"

Teinture de cantharides 5 a 10 gi.

Alcoolat de romarin 20 gr.

Alcool camphré *° ~

Glycérine 25

(Pour frictions excitantes dans la pelade et les séborrhées non irritables.)

Savons à 5 et à 10 0/0 pour lavages dans la pelade, les séborrhées du cuir chevelu ou des parties glabres du tégument.

Savon au naphthol et au soufre dans les mêmes affections.

TOaplitliol camphré.

Cette préparation, qui a l'avantage d'être liquide,

OLÉATES

quoique ces deux composants soient des corps solides, se formule de la façon suivante :

|3 naphthol 1 t'

Camphre pulvérise: 2 fartîes

Pulvérisez clans un mortier légèrement chauffé jusqu'à liquéfaction.

Le mélange a une couleur rouge brunâtre, est onctueux et peut être employé en bàdigeonnages dans les furoncles, l'ecthyma, les ulcérations tuberculeuses de la peau, les ulcères torpides; les badigeonnages doivent être répétés plusieurs fois par jour et la partie malade recouverte d'une couche d'ouate ou d'un linge aseptique.

Le naphthol camphré est un antiseptique puissant, non irritant à l'état pur.

On l'emploie parfois en pommades à 4 ou 5 0/0 ; mais, sous cette forme, il nous a souvent paru irritant.

Oléates.

Les composés de l'acide oléique avec les bases ont été employés en thérapeutique par les médecins américains, qui leur trouvent pour avantage une pénétration facile dans les glandes cutanées.

L'oléate de mercure, sorte de pommade de coloration jaunâtre, de consistance adhésive, a été préconisé additionné d'axonge, comme succédané du précipité rouge et du calomel, dans les affections parasitaires.

L'oléate de zinc, poudre blanche, sèche, impalpable, analogue à du savon en poudre, a été recommandé dans les eczémas humides, les intertrigos, etc., sous forme de pommades ou de poudre.

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