PEMPHIGUS ÉPIDÉMIQUE DES NOUVEAU-NÉS
On observe parfois chez les nouveau-nés une affection épidémique, sévissant surtout dans les maternités et les hospices d'enfants assistés, caractérisée par le développement de bulles plus ou moins volumineuses, généralement peu nombreuses,, dont la rupture est suivie de la production de croûtes jaunâtres. Ces bulles, contrairement à ce qu'on observe dans les manifestations huileuses de la syphilis héréditaire, respectent les régions palmaire et plantaire ; elles peuvent se développer sur toutes les autres parties du corps.
L'affection se termine par la guérison, sauf lorsqu'elle atteint des enfants athrepsiés.
Elle se développe manifestement par contagion, se transmet aux enfants bien nourris et vigoureux aussi bien qu'aux athrepsiés et aux personnes qui les soignent.
Le contenu des vésicules estinoculable et auto-inoculable. L'agent pathogène serait, d'après Almquisl, un microcoque particulier; mais de nouvelles recherches sont nécessaires sur ce sujet.
Traitement. — En dehors des indications fournies par l'état général des enfants, cette maladie essentiellement bénigne ne nécessite aucun traitement interne.
Le traitement local consiste surtout dans les soins de propreté, bains courts à l'eau de son ou d'amidon, lotions fréquentes avec une solution antiseptique faible ou astringente (décoction de feuilles de ronces, d'écorce de chêne, etc.) et dans l'application de poudres inertes, talc, oxyde de zinc, sous-nitrate de bis m uth , dermatol , addi lionnées de salol ou d'iodoforme.
Exposé clinique et étiologiqne. — Les verrues sont constituées par des papillomes de petites dimensions, généralement multiples.
On en distingue plusieurs variétés :
1° Les verrues vulgaires, connues de tous, occupant généralement les parties découvertes; particulièrement fréquentes chez les sujets habitant la campagne, saillantes, atteignant parfois les dimensions d'une lentille et au delà, ces verrues sont con-
VERRUES ia"
tagieuses et auto-inoculables , vraisemblablement d'origine parasitaire.
2° Les verrues planes, de dimensions moins considérables, formant une saillie à peine marquée, dont la surface est presque uniforme, de coloration jaune pâle, occupant en très grand nombre la face et le dos des mains; elles s'observent surtout chez les sujets ' jeunes, d'où le nom de verrues planesjuvéniles. Elles sont auto-inoculables et très probablement contagieuses.
3° Les verrues séborrhéiques, qui ne sont ni inoculables ni contagieuses et sont indépendantes des verrues vulgaires ; elles seront étudiées avec les séborrhées (T. II, p. 125).
4° Les verrues télangiectasiques , également, non contagieuses, qui méritent mieux le nom d'angiokératomes (Voir T. II, p. 46).
Traitement. — On a attribué à divers médicaments la propriété de provoquer la disparition des verrues. Tels sont ; l'arsenic, la teinture de thuya, administrée à la dose de 40 à 80 gouttes par jour en même temps qu'on en badigeonne les verrues, et la magnésie décarbonatée. Cette dernière substance, proposée par Colrat (de Lyon), qui l'administre à la dose de 20 à 30 centigrammes par jour pendant plusieurs semaines, a été expérimentée à doses plus élevées par M. Besnier et par M. Brocq, qui n'en ont obtenu aucun résultat; les essais que nous en avons faits n'ont pas été plus satisfaisants ; mais il n'y a aucun inconvénient à l'employer chez les sujets qui redoutent une intervention active. Quant à l'arsenic et à la teinture de thuya, leurs bénéfices sont aussi hypothétiques.
Le traitement des verrues vulgaires peut être réalisé
par deux procédés : l'exfolialion des productions papillomateuses sous l'influence de divers agents chimiques, ou leur destruction par les caustiques chimiques ou thermiques.
Le premier de ces procédés comprend l'emploi de la résorcine, du naphthol camphré et surtout du savon noir etdeTacide salicylique, qui altèrent la nutrilionde l'épiderme et en provoquent la chute.
Le savon noir est employé en nature, étendu en couche uniforme sur des bandelettes de toile ou de flanelle avec lesquelles on recouvre les parties atteintes de verrues et qu'on laisse en place constamment, ou depréférence seulementpendanllanuit; elles sont maintenues au moyen d'un gant ou d'un masque : le matin, les parties sont lavées à l'eau chaude, puis poudrées à l'amidon ou avec une poudre renfermant 1 à 4/100 d'acide salicylique; après trois à quatre applications, la surface des verrues commence à s'exfolier ; par le grattage avec le dos d'un couteau ou avec une curette non tranchante, on détache leur revêtement, et on continue les applications jusqu'à ce que les papillomes aient complètement disparu. Si l'irritation des parties adjacentes devenait trop intense, on suspendrait les applications de savon noir pour quelques jours et, pendant ce temps, on les recouvrirait de pommade à l'oxyde de zinc ou on les poudrerait avec une poudre salicylée. Ce mode de traitement est surtout applicable aux verrues du dos des mains, lorsqu'elles soàt en grand nombre ; à la raie il nécessite plus de prudence et doit être surveillé de près.
L'acide salicylique peut être employé sous forme de pommades ou de collodion. L'action des pommades renfermant 5 à 10 0/0 d'acide salicylique ésl
toujours lente et peu marquée ; elles ne sont applicables qu'aux verrues de petites dimensions occupant
^LeTemplâtres renfermant 10 à 20 0/0 d'acide salicylique, additionné ou non de résorcine à la dose.de 5 à 10 0/0, sont plus actifs : tous les 2 ou 3 jours, on enlève l'emplâtre pour le renouveler et on détache par le grattage les couches épidermiques exfoliées.
Le collodion élastique saturé d'acide salicylique constitue également un bon mode de traitement des verrues : on renouvelle les badigeonnages dès que l'enduit se détache, après avoir enlevé toute la portion de la verrue qui vient facilement au grattage. Parfois cependant son emploi est suivi d'une irritation assez vive qui force à en suspendre l'usage.
Les emplâtres habituellement employés en dermatologie et particulièrement l'emplâtre diachylon et l'emplâtre de Yigo, peuvent être utilisés pour décaper les verrues par macération, mais leur action est toujours lente; ils ne peuvent guère servir qu'à décaper superficiellement les lésions sur lesquelles on fera agir des substances plus énergiques.
Kaposi recommande, dans le traitement des verrues multiplesde la face, une pâte composée de 20 grammes de fleur de soufre, 50 grammes de glycérine, et 10 grammes d'acide acétique pur concentré, qui est étalée sur des carrés de toile appliqués sur la peau pendant la nuil.
La plupart des acides forts peuvent être employés pour détruire les verrues, en particulier l'acide nitrique, l'acide chromique, l'acide phénique déliquescent, l'acide acétique eristallisable, l'acide lactique. On les applique au moyen d'un petit morceau de bois, une allumette par exemple, taillé en pointe et
Irempé dans l'acide ; l'acide doit seulement humecter le bois sans s'écouler en goutte à son extrémité, ci on le dépose sur la verrue sans atteindre les parties voisines; celles-ci peuvent, suivant le conseil de M. Besnier, être protégées au moyen d'une couche de collodion. Les applications sont renouvelées tous les trois ou quatre jours après décapage de la surface au moyen du grattage.
Le nitrate acide de mercure peut être utilisé dans le même but et de la même façon; mais son usage sera réservé aux cas de verrues peu nombreuses, en raison des accidents d'intoxication mercurielle qu'il peut provoquer; de même le sublimé corrosif, sous la forme de collodion au 50°, ne sera jamais employé qu'avec précaution.
Le suc laiteux de l'euphorbe est souvent employé comme caustique par les habitants des campagnes.
Les badigeonnages avec le crayon de nitrate d'argent, faits après décapage de la surface, constituent un moyen un peu lent, mais facile et inoffensif (Besnier).
La cautérisation ignée avec la pointe fine du thermo-cautère ou mieux avec le galvano-cautère, avec ou sans anesthésie par le chlorure de méthyle, est, dans les cas rebelles aux traitements précédents, d'un emploi facile et d'une efficacité rapide. Elle est indiquée d'emblée lorsque les verrues ont acquis un certain volume et lorsqu'elles occupent les régions péri-unguéales et sous-unguéales, points dans lesquels elles sont particulièrement gênantes et rebelles.
Parfois, dans des cas de verrues très volumineuses, il sera utile, pour activer le traitement, d'extirper a la curette, après anesthésie au chlorure de méthyle,' la plus grande partie de la masse et de cautériser su
hase d'implantation au thermo-cautère ou au gallano-cautère.
La destruction complète d'une verrue passe pour amener la disparition graduelle des autres lésions similaires : le fait doit être fort rare, car M. Besnier ne l'a jamais observé. On devradonc autant que possible traiter simultanément toutes les verrues dont le sujet est porteur.
En résumé, lorsque les verrues sont volumineuses oL peu nombreuses, destruction par les acides forts ou par la cautérisation ignée.
Lorsqu'elles sont nombreuses, décapage par le savon noir, ou par les emplâtres salicylés ou simples, qui suffisent à détruire les verrues de petites dimensions ; puis cautérisation chimique ou thermique des plus volumineuses et des plus résistantes.
Le traitement des verrues planes juvéniles est très analogue à celui des verrues vulgaires. Leur prédilection pour les sujets jeunes dont les téguments sont facilement irritables, leur siège fréquent à la face obligent seulement à choisir, parmi les modes de traitement précédents, ceux qui provoquent le moins de réaction inflammatoire. En raison du volume restreint de ces lésions, on n'aura jamais besoin d'employer les caustiques. On aura recours aux préparations salicylées. de préférence sous la forme de pommades faibles (5 à 10 0/0), additionnées de résorcine, ou d'emplâtres salicylés, ou aux applications de savon noir, pur ou étendu de parties égales d'axonge ou de vaseline; on suspendra ou on éloignera les applications de ces topiques, et on les remplacera par des pommades à l'oxyde de zinc légèrement salicylées comme la pâte deLassar, si elles provoquent une inflammation trop prononcée ; les poudres
salicylées pourront être employées également comme adjuvant des moyens précédents. En raison de il modération avec laquelle ces applications doivent être faites, des interruptions fréquemment nécessaires dans le cours du traitement, la durée de celui-ci sera nécessairement plus longue que pour les verrues vulgaires.
Exposé clinique et étiologique. — Les végétations
ou condylomes acuminés, sont des papillomesde volume généralement plus considérable que celui des verrues, dont la surface est hérissée de prolongements papillaires plus ou moins longs, qui les ont fait comparer à des choux-fleurs ; lorsqu'elles atteignent un certain volume, leur base est généralement moins large que leur partie moyenne (végétations pédiculées). Elles occupent presque uniquement les organes génitaux externes (gland, vulve), l'orifice anal et les plis génito-cruraux et interfessiers. Elles se développent chez les sujets atteints d'affections suppura- Lives d'origine vénérienne (blennorrhagie) ou non vénérienne (balanite , leucorrhée de la grossesse, rectite, vaginites et métrites), et sont vraisemblablement d'origine microbienne.
Traitement. — Le volume, souvent considérable, de ces lésions se réduit lorsque l'écoulement qui en est la cause déterminante disparaît ou diminue. La première indication est donc de traiter la cause de cet écoulement : injections sous-préputiales de nitrate d'argent dans la balanite, injections légèrement antiseptiques dans la rectite et dans la leucorrhée, introduction de tampons d'ouate dans le vagin, etc.
Diverses substances pulvérulentes, en desséchant la surface des végétations, déterminent la compression de leurs vaisseaux et par suite leur diminution de volume, leur flétrissement et leur chute lorsque leurs dimensions ne sont pas excessives. Les poudres inertes (talc, oxyde de zinc, sous-nitrate de bismuth) peuvent arriver à ce résultat; l'alun, en raison de ses propriétés astringentes, est déjà plus actif; mais les deux substances auxquelles on doit donner la préférence sont la poudre de sabine et l'acide salicylique, employés purs ou mélangés de poudre de talc; le mélange à parties égales d'acide salicylique et de poudre de sabine, constitue une préparation active, vantée récemment par Gémy (d'Alger), et qui provoque vrapidementla dessiccation et la chute des végétations de volume petit ou moyen. Ces poudres sont appliquées sur toute la surface des végétations après qu'elles ont été lavées avec une solution légèrement antiseptique ou astringente (eauboriquée, solution de sublimé au 1000% eau blanche, solution d'alun, etc.) et essuyées avec un tampon d'ouate hydrophile ; elles sont maintenues au moyen d'une légère couche d'ouate et d'un pansement approprié ; une nouvelle couche de poudre est appliquée chaque jour; lorsque les végélations sont desséchées, il suffit d'un raclage à la curette pour les faire tomber sans qu'il se produise d'écoulement sanguin, et leur base d'implantation est saupoudrée de talc.
Ce traitement réussit très bien et s'applique au plus grand nombre des cas de végétations des organes génitaux; cependant, en raison de ses propriétés abortives, l'emploi de la poudre de sabine doit être proscrit dans les végétations qui se développent dans le cours de la grossesse
Les badigeonnages de tanin, en solution aqueuse •de consistance sirupeuse, flétrissent les végétations, réduisent leur volume, mais ne les font pas disparaître :en raison de leur innocuité, elles sontparlicu lièrement recommandables dans les végétations de la grossesse (Tarnier).
La cautérisaLion avec les acides forts (acide chromi que, acide nitrique, acide acétique cristallisable , acide pbénique pur) ne convient que lorsque les végétations sont peu volumineuses et sessiles ; elh> sera faite avec les précautions que nous avons indiquées à propos des verrues; le nitrate acide de mercure peut être également employé, mais avec précaution en raison de ses propriétés toxiques.
Lorsque les végétations sont nombreuses ou lorsqu'elles ont atteint un volume considérable, les meilleurs modes de traitement sont l'ablation au bistouri ou aux ciseaux suivie de la cautérisation de la base d'implantation au thermo-cautère ou au galvano-cautère, et la section de cette base avec ces derniers instruments; sauf le cas de végétations très volumineuses et nombreuses, ces opérations peuvent être presque toujours pratiquées sans aneslhésie ; l'ablation avec la curette tranchante est plus douloureuse que la section aux ciseaux ou au bistouri et ne présente pas d'avantages marqués.
Chez les femmes enceintes, ces intervention actives seront toujours proscrites.
La ligature du pédicule avec un fil de soie ou un fil élastique provoque le flétrissement et l'atrophie des végétations, leur chute en quelques jours; mais la mortification qu'elle détermine s'accompagne, au contact des sécrétions purulentes qui sont la
MOLLUSCUM CONTAGIOSUM
cause ordinaire des végétations, de putréfaction de celles-ci, aussi doit-elle être rejetée dans la plupart des cas.
MOLLUSCUM CONTAGIOSUM
Exposé clinique et ctiologique . — Sous le nom de
molluscum contagiosum dû à Bateman, et sous ceux moins satisfaisants d'acné [varioliforme (Bazin), d'épithélioma contagiosum (Neisser), on désigne une affection caractérisée par le développement de petites tumeurs transparentes, d'abord sessiles, souvent pédiculées, plus tard déprimées à leur partie centrale, dont les dimensions varient ordinairement de celles d'un grain de mil à celles d'un pois, mais peuvent atteindre des proportions plus considérables. Le signe caractéristique de cette affection est la possibilité de faire sortir des tumeurs, par la pression, une masse ferme, formée de petits lobules blanchâtres, allongés, résistants, du volume d'un grain de mil.
Cette affection, bien plus fréquente chez l'enfant que chez l'adulte, peut se développer sur toutes les. parties du corps, mais de préférence sur la face (front, pourtour des yeux en particulier).
Les lésions se multiplient par auto-inoculation et se transmettent par contagion, comme le prouvent les épidémies de famille, d'écoles et d'hôpitaux. Son parasite est encore inconnu. Malgré la comparaison faite avec l'acné, le molluscum contagiosum paraît se développer indépendamment des glandes sébacées.
Traitement. — Les traitements internes sont sans effet sur cette affection.
Les badigeonnages de teinture d'iode, les application de pommades mercurielles, d'emplâtres salicylés peuvent, chez quelques sujets à peau mince, suf-
fire à provoquer une exfoliation épidermique qui entraîne les plus petits éléments du molluscum.
Lorsque ceux-ci ont atteint un certain volume, la cautérisation ignée et mieux encore l'ablation leur sont seules applicables. L'ablation peut être faite par simple expression de la tumeur, que l'on comprime entre les ongles des pouces. Il est préférable de l'exciser avec les ciseaux si elle estpédiculée ou de l'enlever avec une curette tranchante. Cette petite opération est suivie d'un écoulement de sang assez notable, qui nécessite parfois la cautérisation au nitrate d'argent ou au feu; elle ne laisse à sa suite qu'une cicatrice très minime, laquelle cesse d'être visible au bout de quelques semaines. Lorsque la tumeur a été enlevée complètement, elle ne récidive jamais.
Le développement des tumeurs étant très lent, il arrive souvent que des éléments passent inaperçus à l'examen le plus attentif ; on devra donc, après avoir détruit ou extirpé toutes les tumeurs appréciables, ravoir le malade au bout de quelques semaines pour compléter le traitement. Dans les cas rares où le molluscum est généralisé, la surveillance devra être plus prolongée et ce n'est qu'après plusieurs séances opératoires qu'on arrive à la guérison complète.
Exposé clinique et étiologique. — Décrite SOUS des noms divers dérivés de ceux des localités multiples où elle a été observée, cette affection, contagieuse^ et inoculable, est caractérisée par le développement, après une période d'incubation pouvant durer plusieurs semaines, d'une saillie papulcuse, rouge ou
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terreuse, recouverte de squames circulaires plus ou moins épaisses. Sur celte saillie, qui atteint peu à peu le volume d'un pois ou d'une fève, apparaissent vers le quatrième mois de petites vésicules correspondant parfois aux follicules pileux, recouvrant une sorte de bourbillon et dont la rupture donne lieu à une ulcération.
Cette ulcération, recouverte de croûtes épaisses, sèches et adhérentes, de coloration blanc jaunâtre ou brunâtre, dépasse rarement le tissu cellulaire sous-cutané ; son fond, parfois lisse et rosé, est plus souvent irrégulier, mamelonné, grisâtre, d'aspect papillomateux, surtout à une période avancée; ses bords sont taillés à pic, irréguliers, forment souvent un bourrelel assez épais et sont entourés d'une zone livide ou terreuse dans laquelle on voit de petits grains jaunes; ils peuvent être décollés et présenter des trajets sous- cutanés par lesquels communiquent plusieurs ulcérations voisines.
Au bout d'un temps variant de deux à six mois, pendant lequel l'ulcération reste à peu près indolente, ses bords s'affaissent; elle se répare de la périphérie vers le centre et laisse après elle une cicatrice indélébile, d'abord livide ou brune, plus tard blanche, sur laquelle les poils ne repoussent jamais.
Quelquefois représentée par un seul élément, l'affection se traduit le plus souvent par plusieurs lésions semblables (de 2 à 5 jusqu'à 15 et 20 dans quelques cas rares.)
Elle occupe presque exclusivement les parties découvertes : face, mains, partie inférieure des avant-bras, pieds et jambes; elle est exceptionnelle sur le tronc.
Le bouton endémique s'observe surtout dans les pays d'Orient : au Maroc (bords delà Malouïa), en 1 Algérie (Biskra, Gafsa, Laghouat, les Zibans,' le Sahara), en Tunisie, en Egypte (vallée du Nil, Le Caire, Suez), à l'île de Chypre, en Syrie (Alep, certains villages du Liban), en Mésopotamie (Orfa, Mossoul, Bagdad), en Asie Mineure (Brousse), en Perse (Téhéran, Ispahan), dans l'Inde (Bombay, Guzerat, Delhi), dans le Turkestan. Les divergences dans les descriptions données par les auteurs qui l'ont observé dans ces diverses régions sont trop légères pour qu'il faille en admettre des variétés différentes suivant les pays.
Cette affection s'observe aussi bien chez les indigènes de ces régions que chez les voyageurs, chez les sujets vigoureux que chez ceux épuisés par une maladie antérieure. Elle paraît plus fréquente en automne (Algérie, Alep) ou après lasaison des pluies (Inde). Elle succède à des lésions cutanées très diverses et souvent minimes (plaies, écorchures, piqûres de moustiques, eczéma, impétigo, etc.) et paraît être due à leur infection par un agent pathogène contenu dans les eaux servant aux ablutions. Le paludisme, auquel on l'a rapportée, est certainement hors de cause.
On a rencontré dans les lésions du bouton endémique un coccus (Duclaux, Chantemesse, Depéret et Boinet, Leloir) qui paraît être l'agent de production et de transmission de celte affection, dont la contagion n'est pas douteuse.
Prophylaxie. — Le pansement régulier et antisepique de toutes les solutions de continuité chez les sujets habitant les régions où se développe le bouton endémique constitue, comme pour toutes les affec-
tions d'origine externe, la meilleure mesure prophylactique contre cette affection. On évitera en outre les piqûres d'insectes et surtout de moustiques qui jouent probablement un rôle dans sa transmission, et on ne se servira pour la toilette que d'eau bouillie. La désinfection des vêtements et des linges souillés par les sécrétions des malades complétera la prophylaxie.
Quelques auteurs, en raison de la rareté des récidives, ont proposé l'inoculation préventive aux membres pour empêcher le développement de la maladie sur le visage, mais cette sorte de vaccination n'a pas fait suffisamment ses preuves pour pouvoir être conseillée.
Traitement. — Le traitement général n'a aucune influence directe sur la maladie : le fer, le quinquina, l'arsenic peuvent être indiqués par l'état général du sujet, mais, pas plus que la quinine, ne modifient les lésions locales.
La plupart des auteurs conseillent de respecter les croûtes et prétendent que c'est le meilleur moyen d'obtenir la cicatrisation. Quoique la maladie tende à guérir spontanément, nous croyons avec M. Besnier qu'il ne faut pas admettre celte thérapeutique expectante, qui semble trop dérivée du fatalisme des Orientaux. Une intervention énergique par les caustiques et surtout parla cautérisation ignée profonde au moyen d'une grosse figure de thermo-cautère est infiniment plus rationnelle et presque toujours applicable aux membres, que les lésions soient ou hon ulcérées. Après la cautérisation, qui doit détruire tous les tissus envabis et être suivie de pansements antiseptiques rigoureux pour éviter toute contamination ultérieure, les injections interstitielles de su-