‹ Thérapeutique des maladies de la peauChapitre 84 sur 201 · ÉRYTHÈMES DES NOUVEAU-NÉS · texte numérisé non relu

ÉRYTHÈMES DES NOUVEAU-NÉS

el occupant les plis de la région génitale et les grands plis de la région crurale interne.

Le contact incessant de l'urine, celui des matières fécales, surtout lorsqu'elles sontdiarrhéiques, jouent le rôle principal dans la production de ces erythemes ; il faut y ajouter souvent le contact de linges trop rudes, ou l'enveloppement dans des couvertures trop épaisses, entretenant une chaleur exctssive qui congestionne les téguments et facilite la fermentation de l'urine.

Les troubles digestifs et nutritifs ont une importance non moins réelle ; chez les enfants bien nourris et régulièrement alimentés, l'érythème fessier présente rarement une grande intensité et disparaît rapidement ; il en est de même lorsque l'enfant est atteint de diarrhée passagère; mais chez les enfants mal nourris, dont l'alimentation est défectueuse, qui sont atteints de diarrhée verte intense et prolongée, il devient plus accusé, ne disparaît que lorsque les troubles digestifs se sont amendés ; chez les athrepsiques, il acquiert sa plus grande intensité et fait partie du tableau clinique habituel de cette dystrophie.

Traitement. — Les enfants atteints d'érythèmes doivent donc être soumis à une alimentation régulière, leurs tétées convenablement espacées; les troubles digestifs doivent être traités par les moyens appropriés : cela est de rigueur.

Ils doivent, en outre, être couverts de linges suffisamment souples et fins; les couvertures multiples, dont les parents les entourent souvent à l'excès, doivent être réduites, en ne conservant que celles qui sont nécessaires pour les mettre à l'abri du froid. Les soins locaux de propreté doivent être impé-

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rieusement exigés. En outre du bain quotidien, dans lequel les nouveau-nés doivent toujours être plongés à moins de contre-indication spéciale, et que l'on additionnera de son ou d'amidon, on fera faire des lavages répétés des régions malades (cinq à six fois par jour, ou mieux toutes les fois que l'enfant se sera sali) avec de l'eau boriquée, ou, si les selles sont acides, avec une solution de bicarbonate de soude au 200e, jamais à l'eau pliéniquée, qui doit être proscrite chez les jeunes enfants; une fois par jour, • ni pourra faire un lavage avec une solution de sublimé au 5000e ; ces lavages seront faits avec précaution et aussi complets que possible, au moyen de tampons d'ouate hydrophile; lors de chaque lavage, les langes salis seront changés et lavés.

Après le lavage, on poudrera largement avec une poudre inerte, non susceptible de fermentation : oxyde de zinc, sous-nitrate de bismuth, talc, magnésie, additionnée d'acide borique ou de salol lorsque les téguments supportent cette dernière substance. Parmi les poudres composées, nous signalerons la poudre composée de 2 parties de talc et de carbonate de magnésie et de 1 partie de salol, employée par M. Pinard. La même poudre sera en outre répandue sur les langes.

Ce pansement sec est de beaucoup préférable à l'emploi des pommades, même à base de vaseline, qui irritent parfois les téguments.

PURPURAS.

Kxposé clinique el étiologîqne. — On désigne SOUS

le nom de purpura toute lésion cutanée caractérisée

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par la présence de taches rouges ne disparaissant pas par la pression.

Ce dernier caractère a suffi aux auteurs classiques pour considérer le purpura comme toujours dû à une hémorrhagie cutanée. Nous ne saurions assez protester contre cette opinion, qui est erronée dans la plupart des cas : la résistance de la coloration à la pression des doigts manifeste plus souvent une congestion vasculaire intense, susceptible de s'atténuer ou de disparaître par la position horizontale de la partie affectée et accompagnée ou non d'une transsudation de sérosité renfermant quelques globules rouges, mais ne méritant ni histologiquement ni cliniquement le nom d'hémorrhagie ; ces faits se rapprochent singulièrement des érythèmes se produisant sous l'influence des mêmes causes que ceux-ci, et d'ailleurs les lésions purpuriques coïncident souvent avec des lésions purement érythémateuses.

Dans certains cas, cependant, les taches purpuriques sont constituées par de véritables hémorrhagies cutanées; mais elles reconnaissent généralement alors des causes différentes de celles qui provoquent les érythèmes et sont dues surtout à des altérations graves du liquide sanguin sous l'influence des intoxications et des infections.

La confusion entre ces deux ordres de lésions purpuriques, congestion simple maisintense et ruptures vasculaires, a été favorisée encore par les modifications que les tachesde purpura présentent au moment de leur disparition ; mais les diverses teintes des ecchymoses par lesquelles elles passent traduisent tantôt la transformation de la matière colorante des globules sanguins exsudés en petit nombre avec la

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sérosité, tantôt celle d'une infiltration sanguine abondante.

Les taches purpuriques simplement congeslives sont généralement peu étendues, disposées symétriquement comme les éléments des variétés les plus simples de l'érythème polymorphe, et affectent une prédilection marquée pour les membres inférieurs.

Les taches purpuriques hémorrhagiques sont de dimensions très variables, tantôt punctiformes, tantôt très larges, s'accompagnant parfois d'infiltrations sanguines profondes et sont irrégulièrement disséminées sur toute la surface du tégument.

Les purpuras peuvent reconnaître des causes très diverses ; la lésion cutanée purpurique ne peut donc servira caractériser une maladie : c'est l'expression dermatologique d'états pathologiques souvent complexes, en tous cas très variés.

A côté de lésions locales (purpuras par oblitération vasculaire dans les phlébites, par troubles nerveux localisés dans les névrites), où il n'a qu'une importance très secondaire, à côté d'intoxications et de maladies infectieuses graves (variole, typhus, fièvre typhoïde, ictères graves, etc.), où l'apparition du purpura est un élément de pronostic sans nécessiter pour lui-même une attention particulière et un traitement spécial, il est des états morbides dans lesquels la lésion cutanée purpurique domine les autres symptômes. Ces derniers états morbides doivent seuls nous arrêter ici.

Le plus fréquent mérite le nom te purpura rhumatoïde; caractérisé par des taches purpuriques occupant symétriquement les membres inférieurs, plus rarement le tronc ou les membres supérieurs, souvent entremêlées de taches érythémateuses, accompagnées

PURPURAS à* '

d'œdèmes passagers des malléoles, il se traduit encore par des douleurs articulaires et musculaires (d'où le nom de rhumatoïde qui lui a été donné par M. A. Mathieu), par des douleurs abdominales et des phénomènes gastro-intestinaux révélant l'intervention du système nerveux, plus rarement par des hémorrhagies nasales ou viscérales. Ces diverses manifestations se produisent sous la forme de poussées se répétant à quelques jours d'intervalle. Le purpura rhumatoïde, qui correspond à la péliose rhumatismale des auteurs, au purpura myélopathique de Couty et Faisans, au purpura exanlhématique de Laget, s'observe surtout chez les sujets fatigués, surmenés par des causes diverses, à la suite de marches forcées, de lésions des organes génitaux; le rhumatisme y prédispose, mais ne le produit pas; des infections, et en particulier les infections bucco-pharyngiennes, parfois des maladies infectieuses spécifiques (fièvre typhoïde, blennorrhagie, tuberculose, etc.), peuvent le précéder, en être la cause par les toxines que produit leur agent infectieux, et qui portent leur action sur le système nerveux; c'est, en effet, essentiellement, par son mécanisme instrumental, une myélopathie, et les émotions morales peuvent en être la seule cause appréciable.

La maladie de Werlhof constitue un autre type de purpura : débutant sans fièvre, sans symptômes généraux, au milieu d'une bonne santé apparente, elle se traduit par l'apparition de taches purpuriques, symétriquement ou irrégulièrement disposées, et d'hémorrhagies diverses, sans altération de l'état général. Succédant parfois à un traumatisme, à une émotion morale vive, elle se montre souvent sans

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cause appréciable. Sa pathogénie est totalement inconnue : elle forme un type clinique, mais ne saurait être considérée comme une entité morbide.

Certaines infections, à agents pathogènes encore indéterminés et certainement multiples, se traduisent, au milieu de symptômes généraux variables et souvent très graves, par des hémorrhagies cutanées, par des lésions purpuriques souvent considérables et irrégulièrement disséminées. Ces états infectieux, faute de localisations anatomiques plus nettes etde symptômes viscérauxprédominants, sont désignés sous le nom de purpuras infectieux, la lésion cutanée semblant l'emporter sur toutes les autres manifestations.

Un type particulier s'observe chez les enfants, caractérisé, par des hémorrhagies cutanées et viscérales multiples et abondantes, avec des phénomènes cérébraux graves; il entraîne la mort en quelques heures, quelques jours au plus; sa marche est suffisamment indiquée par le nom de purpura fulminans que lui a donné Henoch.

Chez les adultes, ces états infectieux à purpura peuvent présenter les aspects les plus divers : hémorrhagies viscérales, ecchymoses cutanées, souvent suivies de gangrène, congestions et inflammations viscérales, troubles cérébraux graves, altération profonde de l'état général, en sont les expressions communes. Un des types des plus graves est le typhus angèio-hémaUgue de M. Landouzy. Nous ne pouvons entrer dans les détails de leur description, non plus que dans l'étude du scorbut et de l'hémophilie, qui elles aussi se traduisent par le développement de lésions purpuriques.

Il nous suffit d'avoir montré combien est com-

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plexe le groupe des maladies à purpura, qui relèvent de causes variables et souvent associées.

Traitement. — Les considérations précédentes prouvent assez que le traitement des purpuras doit remplir des indications multiples, variant d'un cas à un autre.

D'une façon générale, le traitement interne des maladies à purpura doit répondre à trois indications : combattre la cause ou la maladie générale sous la dépendance de laquelle est le purpura, relever les forces du malade, arrêter la tendance aux hémorrhagies et aux congestions cutanées.

La suppression de toutes les médications susceptibles de produire ou d'aggraver des hémorrhagies cutanées, en particulier de l'iodure de potassium, l'emploi de la quinine à hautes doses dans les états infectieux, l'antisepsie intestinale, l'antisepsie buccale, les antipyrétiques répondront aux deux premières indications.

La seconde sera remplie par l'emploi des préparations de quinquina et des ferrugineux, qui seront continués longtemps pendant la convalescence; la troisième, déjà en partie remplie par l'emploi de la quinine et des ferrugineux, le sera plus efficacement par l'emploi des boissons froides et acidulées (limonade citrique, limonade sulfurique, etc.), dans certains cas par celui de l'ergotine.

Le purpura rhumatoïde, qui rentre plus spécialement dans le cadre des affections cutanées, sera justiciable des moyens précédents. Les préparations d'iodure de fer, de quinquina, de kola permettront de combattre l'anémie qui y prédispose ; l'alimentatation devra être aussi abondante et réparatrice que possible et comprendre, outre les viandes rôties, des

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légumes verls, cresson, salade, etc.; la tendance aux congestions vasculaires cutanées et aux hémorrhagies viscérales sera combattue par l'emploi de l'ergotine (25 à 30 centigrammes par jour), du sulfate de quinine (40 à 60 centigrammes par jour), de la teinture d'hamamelis virginica (15 à 30 gouttes par jour), de la belladone (2 à 4 centigrammes d'extrait par jour) ; les douleurs articulaires ou musculaires pourront être calmées par le salicylate de soude (1 à 3grammesparjour), par l'antipyrine(2 à 3 grammes) ou par les préparations opiacées, etc.

Malgré la bénignité apparente de la maladie, les sujets atteints de purpura rhumatoïde doivent conserver le lit : la marche, la simple station verticale provoquent le retour de nouvelles poussées purpuriques, alors même que les précédentes semblent éteintes, et prolongent indéfiniment la durée de la maladie.

Le traitement local du purpura dans ses différentes formes se réduit à l'emploi de lotions antiprurigineuses (eau phéniquée faible, par exemple) lorsqu'il existe des démangeaisons. Les lotions alcoolisées avec l'eau de vie camphrée, l'eau de Cologne, l'alcoolat de romarin, sont utiles pour tonifier les vaisseaux cutanés lorsque l'affection, d'origine myélopathique, a quelque tendance à se prolonger ou à se reproduire.

URTICAIRES

Exposé clinique et ctiologiqnc. - On donne le

nom d'urticaire à toute lésion cutanée caractérisée par la production rapide de saillies rosées ou rouges,

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décolorées à leur partie centrale, dues à un œdème congestif de la peau et semblables à celles produites par la piqûre de l'ortie.

Les saillies urticariennes peuvent être d'étendue variable, depuis celle d'une tète d'épingle jusqu'à celle de la paume de la main; leur relief est également variable et peut atteindre plusieurs millimètres (urticaire géante, urticaire œdémateuse).

Leur forme est arrondie ou irrégulière par suite de la confluence d'éléments voisins.

Elles durent généralement peu d'heures et disparaissent en laissant à leur place une tache érythémateuse qui ne tarde pas à s'effacer. Aussi le nom d'urticaire chronique s 'applique-t-il à des éruptions ortiéesse reproduisant pendant un temps parfois fort long, mais dont chacun des éléments n'a qu'une durée éphémère.

Les éruptions ortiées s'accompagnent généralement d'une sensation de brûlure et de chaleur intense, qui tourmente vivement les malades.

L'intensité du processus congestif etexsudatif peut provoquer des ruptures vasculaires et des exsudations inclra-épidermiques aboutissant à la production de vésicules, de bulles et de phlyctènes.

On doit ranger dans l'urticaire l'affection désignée sous le nom d'œdème aigu circonscrit de la peau (Quincke), qui se produit dans les mêmes circonstances que l'urticaire, évolue comme elle et coïncide souvent avec elle ou se développe chez des sujets prédisposés à l'urticaire.

De même les faits dénommés derme-graphisme ou autographisme ne diffèrent pas de l'urticaire; l'aspect des lésions cutanées est le même dans les deux cas, comme le mécanisme physiologique, et leur pro-

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duclion sous l'influence des excitations cutanées ne suffit pas à les distraire du cadre de l'urticaire.

L'urticaire ne saurait d'ailleurs, à aucun titre, être considérée comme une affection autonome ; c'est un mode de réaction de la peau sous l'influence de causes diverses et souvent multiples ; c'est, comme le purpura, une lésion cutanée à étiologie variable, d'ordre congestif, une angionévrose.

La lésion cutanée et le prurit qui l'accompagne attirent l'attention au premier abord, mais leur prédominance sur les autres phénomènes morbides ne peut suffire à faire méconnaître ceux-ci; le nom de fièvre ortiée, appliqué aux cas où l'efflorescence cutanée prend dans la symptomatologie une place plus prépondérante en apparence qu'en réalité, doit disparaître de la pathologie.

L'urticaire, comme l'éry thème et le purpura, reconnaît des causes multiples, souvent associées.

La simple pression sur le tégument peut provoquer, en agissant sur les nerfs vasomoteurs périphériques, son apparition chez les sujets prédisposés, qui sont la plupart du temps des névropathes (hystériques, épileptiques, etc.).

La piqûre de l'ortie, celle d'un certain nombre de parasites animaux (puces, poux, punaises, cousins, chenilles, etc.), provoquent souvent des lésions ortiées.

Beaucoup plus fréquentes et plus importantes sont les urticaires de cause interne, et nombreuses sont leurs causes.

Presque toutes sont d'origine toxique.

Les aliments d'origine animale renfermant des toxines par suite de leur putréfaction plus ou moins avancée : viande de porc conservée, salée ou fumée,

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gibier, gros poissons de mer, crustacés, mollusques et surtout les moules, fromages fermentés, etc. ; les aliments d'origine végétale renfermant des substances toxiques ou provoquant des fermentations intestinales ou simplement irritant le tube digestif par leur présence: choux, melon, champignons, asperges, truffes, fraises, framboises, glace, liquides alcooliques, café, etc., peuvent, chez les sujets prédisposés, provoquer une éruption urticarienne ; les sujets qui présentent celle prédisposition ne la manifestent généralement que vis-à-vis d'un certain nombre des aliments précédents, et ordinairement ils en connaissent les effets avant de consulter le médecin.

Divers médicaments, la quinine, l'iodure de potassium, l'antipyrine en première ligne, peuvent également chez certains sujets, même à doses très faibles et à première ingestion, être l'origine d'une poussée urticarienne.

Des auto-intoxications, dans le cours des maladies des voies digeslives, des affections rénales ou hépatiques, des maladies infectieuses comme la rougeole, la scarlatine, l'impaludisme, le choléra, les angines, les kystes hydatiques, quel que soit leur siège, en sont encore des causes assez fréquentes.

Plus rarement l'urticaire est d'origine nerveuse pure,àlasuite d'émotionsmoralesoude traumatismes graves, par exemple.

L'arthritisme et surtouL le neuro-arthritisme y prédisposent singulièrement.

Lescausesquenousvenons d'énumérer demandent pour agir, nous y avons déjà insisté, une prédisposition particulière; leur action se porte soit sur le système nerveux central soit sur le système nerveux périphérique, et la réaction cutanée se produit, en

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raison delà susceptibilité individuelle, sous la forme urticarienne. Telle est, en quelques mots, l'étiologie de l'urticaire.

Traitement. — Cet exposé sommaire desconditions multiples et complexes dans lesquelles se développe l'urticaire suffît à montrer combien le traitement de cette forme dermatologique est variable et doit répondre à des indications diverses, et pourquoi il doit reposer non pas seulement sur la considération de la lésion cutanée, mais sur un examen complet et un interrogatoire minutieux du malade qui en est porteur.

Traiter, comme on le fait souvent, l'urticaire systématiquement par tel ou tel médicament portant son action sur le système nerveux, n'est qu'envisager une donnée secondaire dans la pathogénie de l'urticaire et expose à des échecs fréquents.

En dehors des états morbides graves où la lésion urticarienne apporte peu de modifications au traitement de la maladie primitive, la thérapeutique de l'urticaire est surtout destinée à combattre les intoxications qui en sont la cause la plus ordinaire et à modérer les réactions nerveuses mises en jeu par elles.

Dans presque tous les cas d'urticaire aiguë, la principale indication sera donc fournie par la connaissance d'une intoxication alimentaire ou médicamenteuse, et cette intoxication nécessitera d abord l'emploi des évacuants : parfois lavage de l'estomac, pins souvent vomitif si l'intoxication est récente ou s il existe un état saburral de la langue ; lavements répétés, purgatif salin ou huileux si l'ingestion de la substance toxique est plus éloignée, s'il y a de la const.pation ou des signes d'entérite. A la médication eva-

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cuante on fera succéder l'emploi des antisepliques intestinaux, pour modérer les fermentations qui sont la cause première de l'urticaire ou la conséquence de l'intoxication, et on ordonnera un régime alimentaire léger, surtout lacté, d'où seront exclues, temporairement au moins, toutes les substances susceptibles de provoquer une éruption ortiée.

Le régime lacté, qui est déjà indiqué par l'état des ■voies digestives, remplira un autre but, celui de faciliter la diurèse, et, grâce à elle, l'élimination des substances toxiques. Il suffira bien souvent, avec les moyens précédents, à venir à bout d'une éruption urticarienne même intense; l'ingestion de boissons abondantes et diurétiques (eaux de Vittel, de Contrexéville, d'Évian, etc.) ou alcalines (eaux de "Vichy, de Vais, de Royat, d'Alet, de Pougues, etc.), de tisanes diurétiques (chiendent, houblon, queues de cerises, stigmates de maïs, etc.) additionnées de 30 à 40 grammes de lactose, complétera le traitement et devra être continuée jusqu'à la disparition de l'éruption.

C'est seulement chez les sujets nerveux, ou lorsque l'urticaire résistera à lamédication précédente, qu'on aura recours à l'emploi des médicaments vaso-moteurs et nervins (bromhydrate de quinine, ergotine, antipyrine, bromure de potassium, préparations de ■valériane, éther, etc.), cette indication étant beaucoup moins impérieuse, dans la plupart des cas, que celle fournie par la notion d'intoxication.

Lorsque l'urticaire existe depuis longtemps, le traitement général s'inspirera encore des principes précédents.

L'emploi des purgatifs répétés, salins ou drastiques, pour lutter contre la constipation, l'antisep-

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sie intestinale, l'usage habituel des diurétiques à doses plus faibles, le régime lacté partiel, la suppression des alcools, des excitants, des aliments épicés ou altérés, en seront la base principale; chez les arthritiques, l'usage des eaux alcalines, des préparations bicarbonatées sodiques et de la lithine combattra la prédisposition diathésique.

L'emploi des médicaments vaso-moteurs et nervins, du bromhydrate de quinine à dose de 30 à 50 centigrammes, de l'antipyrine à la dose de 2 à 3 ou 4 grammes, du salicylaLe cle soude à la dose de 2 à 3 grammes, de la teinture de valériane, du valérianate d'ammoniaque, de la belladone (1 à 5 centigrammes d'extrait), parfois de l'ergotine (30 à 50 centigrammes), de l'éther, remplira l'indication tirée du rôle du système nerveux dans la production des saillies ortiées : il sera souvent nécessaire de varier les agents de cette médication et de les expérimenter successivement jusqu'à ce qu'on ait Lrouvé celui qui convient au malade, l'influence individuelle intervenant aussi bien dans les effets curatifs des médicaments en question que dans la production de l'urticaire elle-même, et une médication systématique par ces agents n'étant pas moins irrationnelle qu'un traitement systématique par une médication. De plus, on devra s'assurer que le médicament employé ne provoque pas lui-même de poussées urticariennes en raison de la prédisposition du malade.

Les traitements thermaux les plus variés (Vichy, Pougues, Royat, LaBourboule, Uriage, etc.) peuvent, suivant les indications fournies par l'état général desmalades, produire une amélioration que les médications ordinaires n'ont pu amener chez certains

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urticariens tourmentés par les récidives incessantes ou la persistance de leur éruption.

Le traitement externe de l'urticaire est beaucoup moins important que le traitement interne, pathogéniqne, des dermatoses ortiées. Il ne peut cependant être négligé : car, s'il ne guérit pas la maladie, il en atténue dans des proportions considérables le symptôme le plus gênant, le prurit.

Les poudres inertes, et, parmi elles, la poudre d'amidon pure ou mélangée de talc, d'oxyde de zinc, de sous-nitrate de bismuth et d'acide salicylique, employées largement et réappliquées fréquemment, calment toujours plus ou moins ce symptôme.

Le contact des poudres est rendu plus prolongé et leur effet accru lorsqu'on fait précéder leur application de lotions chaudes, qu'on fera de préférence avec des préparations antiprurigineuses : eau additionnée d'un dixième de vinaigre aromatique, d'un quart d'eau de Cologne ou d'alcool de menthe, eau phéniquée au 200e.

Les pommades ou mieux les pâtes àl'oxyde de zinc, au bismuth, additionnées de 1 0/0 d'acide phéniqne ou de menthol peuvent encore être employées comme antiprurigineux; leur application, suivie de celle des poudres précédentes, soulage beaucoup les malades.

D'autres antiprurigineux (solution de sublimé au 1000°, solution d'acide cyanhydrique au 10000e, glycérolé tartrique, etc.) peuvent encore être essayés lorsque les précédents sont insuffisants.

Nous n'avons pas parlé des bains; nous les croyons, avec M. Besnier, plus souvent nuisibles qu'utiles. 11 faut, en tous cas, les réserver exclusive-

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vement aux urticaires chroniques, et nous donnons alors la préférence aux bains .sulfureux sur les bains émollients ou alcalins.

L'emploi des gélatines et des colles peut être utile dans quelques urticaires chroniques, mais le nombre nous en paraît très restreint ; dans quelques cas où nous les avons appliquées, les grattages ont bientôt détaché l'enduit, qui avait dès lors cessé de jouer son rôle protecteur, le seul qu'on puisse lui demander.

Les localisations de l'urticaire sur les muqueuses (œdème de la glotte, accès pseudo-asthmatiques, crises gastro-intestinales) peuvent réclamer, outre le traitement général de l'urticaire, des interventions spéciales sur lesquelles nous ne pouvons nous étendre ici. Disons seulement que les accès de dyspnée laryngée, malgré leur intensité et leur brusquerie, nécessitent rarement la trachéotomie, et que ces diverses manifestations sont souvent amendées très rapidement par une révulsion cutanée locale énergique. Malgré cette influence de la congestion de la peau sur leur marche, ces manifestations profondes alternent très rarement avec l'urticaire cutanée, et la crainte de leur apparition ne doit pas faire redouter la guérison même rapide de celle-ci.

Régime alimentaire des urtkariens. — Qu'il s'agisse d'une urticaire aiguë ou chronique, le malade doit s'astreindre, pendant son cours et à sa suite, à un régime alimentaire sévère, éviter l'usage des aliments ou des médicaments qui provoquent le retour de l'éruption; la proscription ne s'étendra, bien entendu, à la totalité des substances que nous avons énumérées plus haut que dans le courant de l'attaque d'urticaire.

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L'expérience faite par le malade à ses dépens lui indique, souvent mieux que les prescriptions médicales, celles qu'il peut ingérer impunément et celles dont il ne doit pas faire usage ; le médecin doit souvent se borner à appeler son attention sur les substances dont une observation insuffisante ou trop partiale peut lui faire méconnaître la nocivité.

Dans l'urticaire des enfants à la mamelle, la surveillance du régime alimentaire devra s'étendre à la nourrice, dont le lait peut être le véhicule de substances nuisibles à son nourrisson et, là encore, on se guidera sur les résultats d'une observation attentive.

APPENDICE Urticaire pigmentée

Expose cliaiqnc et étiologiqne. — On donne le nom d'urticaire pigmentée à une dermatose des plus rares, propre à la première enfance, caractérisée par la production d'élevures orLiées très prurigineuses, auxquelles succèdent des macules ou des plaques saillantes de coloration brune ; la marche chronique de l'affection est entrecoupée par des poussées aiguës de congestion cutanée avec développement de vésicules ou de bulles, se succédant à intervalles variables pendant plusieurs années.

L'étiologie de cette affection est complètement inconnue; il s'agit d'une angionévrose, comme dans l'urticaire vulgaire ; mais ses relations avec cette dernière ne s'étendent pas plus loin et la dénomination d'urticaire pigmentée ne peut être considérée que comme une comparaison, non comme une assimilation entre les deux états morbides.

PRURITS

Traitement. — La thérapeutique ne paraît pas avoir d'action nette sur l'évolution de l'urticaire pigmentée. En l'absence d'une pathogénie rationnelle, on ne peut que conseiller l'emploi des médicaments vaso-moteurs et nervins utilisés contre l'urticaire vulgaire, en particulier des préparations de quinine et de belladone au moment des poussées, peut-être celui des antiseptiques intestinaux, enfin celui des divers topiques antiprurigineux.

PRURITS

Expose clinique et étiologique. — Le prurit est un symptôme de nombreuses dermatoses : son traitement se confond alors avec ceiui de ces maladies et, lorsqu'il réclame une médication spéciale, a été ou sera indiqué à propos de chacune d'elles.

Mais, à côté des cas où le prurit est le symptôme ou l'épiphénomène d'une maladie cutanée, il en est d'autres où il constitue à lui seul toute la symptomatologie, — tout au moins au début : car ultérieurement il peut devenir l'origine de lésions secondaires du tégument. Ces lésions secondaires peuvent revêtir des types assez divers, par suite de la réaction cutanée propre au sujet ou par suite des infections dont est suivie la rupture de la couche épidermique; elles peuvent, par exemple, revêtir l'aspect de l'urticaire, du lichen ou de l'eczéma, ou se traduire par la production de pustules d'ecthyma; le plus souvent, elles sont constituées par des papules de petites dimensions, persistantes, recouvertes d'une croùtelle, lésions qui ont reçu le nom de papules de prurigo.

PRURITS 341

Aussi prurit et prurigo (voir le chapitre suivant) ne sont-ils souvent que deux aspects cliniques d'une même affection, et la distinction entre ces deux états morbides est-elle parfois plus théorique que clinique, plus apparente que réelle. Dans certaines affecLions, comme le prurigo de Hebra, les papules constituent un caractère dermatographique trop important et trop constant pour ne pas entrer clans la dénomination de la maladie ; mais dans d'autres affections, prurit et prurigo se confondent et l'une des dénominations est aussi justifiée que l'autre.

Cependant, pour nous conformer à l'usage, nous étudierons ici les prurits toxiques, le prurit dit sénile, les prurits nerveux, le prurit d'hiver de Duhring, ainsi que les prurits localisés.

Les prurits toxiques peuvent reconnaître pour cause l'absorption de différentes substances, parmi lesquelles il faut citer surtout la morphine et la cocaïne, ou des auto-intoxications, le diabète, les troubles du fonctionnement du foie avec cholémie (nous ne disons pas ictère, car le prurit peut précéder l'ictère et parait dû au passage dans le sang des sels biliaires bien plus que des matières colorantes de la bile), les obstructions calculeuses ou autres des voies biliaires, les cirrhoses, etc., les troubles du fonctionnement du rein, néphrites, anurie, oligurie, etc., plus rarement les affections gastro-intestinales chroniques. Ces prurits, parfois très violents, peuvent occuper toute la surface cutanée ; ils se calment lorsque la maladie causale vient à s'amender ou à guérir.

Le prurit sénile, attribué par quelques auteurs à l'involution sénile des nerfs cutanés, nous paraît se confondre avec les prurits toxiques et relever des

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troubles de la fonction rénale produits par la néphrite interstitielle sénile. Il débute vers l'âge de soixantecinq ans et est remarquable par sa ténacité et sa résistance à tous les traitements.

Les prurits nerveux sont moins bien connus que les prurits toxiques : parfois provoqués par des troubles fonctionnels des organes sexuels — le prurit de la grossesse paraît être surtout un prurit nerveux, quoique l'insuffisance des fonctions rénales dont la tâche est accrue par le fait même de la grossesse semble y jouer aussi un rôle important — ils peuvent constituer une manifestation rare des diverses névroses, hystérie, épilepsie, goitre exophthalmique, neurasthénie, etc ; plus souvent ils traduisent une tendance névropathique, héréditaire ou acquise, sans coïncider avec des accidents nerveux plus caractérisés; ils s'accompagnent fréquemment de lésions tégumentaires lichénoïdes ou eczématiformes et se confondent alors avec les prurigos diathésiques de M. Besnier.

Le •prurit d'hiver (pruritus hiemalis de Duhring), caractérisé par son développement au commencement de la saison froide, sa persistance jusqu'au printemps, ses exacerbations vespérales, sa localisation habituelle aux membres, particulièrement à la face antérieure de la cuisse et à la face externe de la jambe, nous paraît se rapprocher beaucoup des prurits nerveux ; se développant de préférence chez des adultes arthritico-nerveux, il s'accompagne fréquemment de lésions papuleuses ou eczématiformes ; à l'influence du froid il faut ajouter, pour en expliquer le retour saisonnier, l'usage de vêlements trop rudes et irritants (Besnier).

Les différentes formes de prurit que nous venons

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de rappeler sont généralisées ou tout au moins occupent de larges étendues de la surface cutanée.

Quelques prurits, d'origine artliritico-nerveuse le plus souvent, sont localisés à certaines régions où ils s'établissent avec une désespérante ténacité. Les prurits des régions orificielles méritent, à ce point de vue et aussi en raison des indications thérapeutiques qu'ils fournissent, une mention particulière.

Tels sont le prurit des narines, le prurit du scrotum, le prurit anal et le prurit vulvaire. En dehors des causes générales, qui en exagèrent les effets, le prurit anal et le prurit vulvaire sont souvent déterminés par des causes locales : oxyures, hémorrhoïdes, usage d'aliments excitants comme le poivre, le café, l'alcool; etc., pour le prurit anal ; troubles utérins avec leucorrhée, vaginite, contact de l'urine altérée chez les diabétiques et les uricémiques, pour le prurit vulvaire. Dans ces régions, l'irritation provoquée par les grattages incessants vient souvent transformer un prurit, simple au début, en lésions lichénoïdes ou eczématiformes secondaires.

Traitement. — Les états diathésiques, les lésions et les troubles fonctionnels des viscères, qui provoquent le prurit ou en augmentent l'intensité, doivent être l'objet d'une attention particulière et commandent fort souvent l'intervention thérapeutique. Alors même que les viscères ne sont pas le siège de lésions manifestes, l'emploi de l'antisepsie intestinale et des diurétiques rend souvent de grands services chez les prurigineux, en supprimant des causes d'intoxication qui s'ajoutent aux autres causes de l'affection.

Le régime alimentaire doit également être surveillé attentivement, et on doit en proscrire toutes les

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substances susceptibles de provoquer l'irritation de la peau : aliments épicés et salés, viande de porc, conserves, gibier, poissons de mer, crustacés, mollusques, fromages fermentés , choux, asperges, végétaux acides, alcools, café et thé. Dans les cas intenses, on prescrira comme boisson aux repas le lait coupé d'eaux minérales alcalines, ou les infusions amères ou aromatiques. L'emploi des laxatifs répétés, huileux, salins ou drastiques, des poudres laxatives, complétera l'effet de l'antisepsie intestinale ; comme dans toutes les dermatoses tenaces, la constipation devra être évitée à tout prix.

Lorsque le système nerveux intervient dans la production d'un prurit à titre d'élément primordial ou associé, on cherchera à le calmer par une hygiène physique et intellectuelle convenable, et on interviendra soit par l'hydrothérapie, de préférence sous la forme de douches tempérées (34 à 37°) de 4 à 10 minutes de durée, soitpar les médicaments nervins : bromure de potassium, préparations de valériane et antipyrine surtout; les préparationsde belladone et d'atropine (1/2 à 1 milligramme par jour) peuvent encore être utilisées; les opiacés doivent être rejetés, en raison du prurit qu'ils déterminent eux-mêmes à la suite de leur usage prolongé. L'acide phénique, à la dose de 20 à 50 centigrammes par jour, en pilules de 10 centigrammes prises au moment des repas, peut encore être administré comme antiprurigineux, à la condition que les voies digestives le supportent et que l'examen des urines soit pratiqué régulièrement pour pouvoir parer dès le début aux accidents d'intoxication ; il est quelquefois très utile dans les prurits de diverses causes.

L'électrisation statique vantée par quelques au-

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teurs, Leloir (1) en particulier, dans les prurits de longue durée peut être employée avec les précautions convenables : son rôle nous paraît être surtout suggestif.

Le traitement local des prurits varie beaucoup suivant leur intensité et leur extension.

Dans les prurits légers, les applications de poudres inertes, additionnées d'acide salicylique, rendues adhérentes par des lotions chaudes avec des liquides antiprurigineux, peuvent suffire.

Ces dernières lotions, répétées fréquemment (eau blanche, alcool camphré, solution phéniquée à 1/200, solution d'acide cyanhydrique à 1/10000, eau de laurier cerise, solution de chloralàl/100, alcool de menthe étendu d'eau, etc.), peuvent être employées clans tous les cas, comme adjuvants des autres modes de traitement; elles sont rarement suffisantes à elles seules dans les prurits présentant quelque intensité.

Les enveloppements avec des compresses imbibées de solutions antiprurigineuses (solution phéniquée à 1/300 ou 400, salicyléeà 1/200 ou 400, solution de sublimé à 1/2000, salicylate de soude à 1/50 ou 1/100, solutiond'ichthyol à 1 ou 2 0/0, etc.), convenablement étanchées, recouvertes d'une toile de caoutchouc ou de taffetas gommé souple et maintenues appliquées par des bandes de tarlatane, constituent un mode de traitement utile dans un grand nombre de prurits rebelles (Besnier). Ils ont l'inconvénient de nécessiter le repos au lit, ou tout au moins de gêner l'existence des malades ; ils doivent de plus être surveillés de près, la présence prolongée de linges humides pouvant amener la macération de

(1) Académie des Sciences, 1893.

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l'épiderme et son irritation; il est souvent nécessaire de varier la nature et le titre des solutions, certains malades supportant mal une substance qui chez d'autres donne des résultats excellents. Il y a donc lieu d'expérimenter successivement plusieurs des préparations précédentes et de procéder par tâtonnement pour trouver celle qui convient dans un cas donné.

En règle générale, ces enveloppements seront réservés pour la nuit et, pendant le jour, on se contentera d'appliquerdirectement sur lapeau delà toile de caoutchouc très fine, en forme de vêtements peu lâches ou en morceaux maintenus par des bandes souples. (Besnier.)

L'enveloppement est surtout applicable aux prurits localisés ou peu étendus.

Les effets des bains sont très variables suivant les sujets : certains se trouvent bien de bains simples, de bains d'amidon, d'eau de tilleul, de camomille, defeuilles d'oranger, parfois de bains sulfureux ou boratés, tandis que d'autres, et c'est le plus grand nombre, éprouvent à leur sortie d'un bain, même court, une exacerbation qui dure plusieurs heures. On ne devra donc en user qu'avec modération et suivant les résultats de l'expérience dans chaque cas particulier.

Il n'en est pas moins vrai que, dans les prurits intenses et rebelles, les traitements thermaux de Royat,la Bourboule, Néris, Plombières, etc., peuvent amener unesédation des phénomènes prurigineux, à laquelle participe parfois autant que le traitement thermal lui-même le changement dans les conditions d'existence des malades.

Les pommades peuvent être employées dans le traitement des prurits. Les glycérolés et en particu-

PRURITS

lierjle glycérolé d'amidon additionné d'un 30e d'acide tartrique (Vidal) sont quelquefois utiles, dans les prurits peu étendus. Le plus ordinairement, il y a avantage à se servir de pommades épaisses, ou mieux de pâtes. M. Besnier emploie une pâte composée de parties égales de vaseline et d'oxyde de zinc ; on peut encore remplacer l'oxyde de zinc par un mélange de poudre d'amidon et d'oxyde de zinc ; ces enduits sont adhérents, couvrent très bien les parties sur lesquelles on les applique; l'addition de 3 à 5 0/0 de naphthol et surtout de 1 à 2 0/0 d'acide phénique ou de menthol leur donne des propriétés antiprurigineuses très manifestes et les rend précieux dans les divers prurits. Comme ils ne graissent pas le linge, on peut se dispenser de les recouvrir d'une couche de poudre.

Les pommades à la cocaïne et à la morphine ne nous ont jamais paru jouir de propriétés calmantes manifestes; les pommades au calomel ou au cyanure de potassium, préconisées par quelques auteurs, doivent être proscrites en raison de l'absorption possible de ces substances très toxiques.

Les applications de colles et de gélatines réalisent d'une façon parfaite l'occlusion de la peau, qui joue un si grand rôle dans la suppression du phénomène subjectif prurit ; c'est môme là le seul effet que nous leur reconnaissions ; aussi l'addition de substances antiprurigineuses aux colles nous semble-t-elle absolument inutile. On trouvera dans une autre partie de cet ouvrage (T. II, p. 228) les formules et le mode d'application des colles. Disons seulement ici que dans les divers prurits, toxiques ou nerveux, nous en avons presque toujours obtenu des résultats très favo-

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rables, à la condition que la peau ne présente ni excoriations ni lésions secondaires suintantes : tant que l'enduit reste intact, et son intégrité dépend de conditions multiples (composition de la colle, mode d'application, abondance de la sécrétion sudorale), le prurit est supprimé. L'inconvénient de ce mode de traitement est la nécessité de recourir à une nouvelle application de colle lorsque la première a perdu son adhérence.

Les emplâtres (emplâtre adhésif simple ou boriqué, emplâtre à l'oxyde de zinc, emplâtre rouge de Vidal, etc.) peuvent encore être utilisés pour produire l'occlusion de la peau ; ils ne sont guère applicables qu'aux prurits très localisés, en raison de leur prix assez élevé.

Il est à peine besoin de faire remarquer que les complications du prurit, lésions eczématiformes, lichénoïdes, ecthymateuses, peuvent nécessiter une modification dans l'emploi de ces divers modes de traitement.

Les règles et les moyens précédents sont applicables à la généralité des cas de prurits ; quelquesuns présentent des indications particulières.

Dans le prurit d'hiver, on devra faire porter au malade des vêtements suffisamment chauds, en ayant soin de placer toujours sur la peau des linges fins.

Dans les prurits localisés des régions ori/icieïïes, outre le traitement local des lésions et le traitement général du neuro-arthritisme et celui des affections viscérales concomitantes, on exigera une propreté minutieuse de la région, on prescrira des lavages, répétés chaque fois qu'elle sera souillée par les sécrétions ou les excrétions, avec de l'eau boriquée ou phéno-

PRURITS

salylée Liède ou chaude. Les lotions avec des solutions antiprurigineuses, parmi lesquelles l'eau blanche et les solutions phéniquées sont surtout recommandables, des applications de pommade boriquée, de pommade à l'oxyde de zinc, suivies de saupoudrage à l'amidon ou avec une autre poudre inerte, et l'interposition d'un linge fin ou d'un tampon d'ouate recouvert de la même poudre compléteront le traitement et suffiront dans beaucoup de cas à calmer le prurit. Si celui-ci résiste à ces modes de traitement, on pourra recourir à l'emploi des pommades belladonées, morphinées, iodoformées, des pommades à la cocaïne dont il ne faut cependant pas espérer les effets merveilleux indiqués par quelques auteurs, ou aux pommades additionnées de 0,50 à 2 0/0 de menthol, si elles ne provoquent pas une sensation trop pénible de refroidissement suivie d'une ardeur vive.

Dans les cas rebelles de prurit anal et vulvaire, les cautérisations ponctuées avec le thermo-cautère ou le galvano-cautère amènent souvent une amélioration considérable et la disparition rapide du prurit. Il faut, croyons-nous, voir clans leurs effets non seulement le résultat d'une irritation locale substitutive, mais encore et surtout une action suggestive, qui se fait sentir chez les sujets névropathes comme le sont presque tous les malades atteints de ces névroses cutanées. C'est encore à cet effet suggestif que nous croyons devoir rapporter les résultats obtenus parfois par l'emploi de l'électricité, galvanique ou statique.

Dans quelques cas, l'échec de toutes les médications précédentes conduit à pratiquer des scarifications linéaires ou môme le grattage de la région,

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suivi, bien entendu, de l'emploi de minutieuses précautions antiseptiques.

PRURIGOS

On donne le nom de prurigo à des affections cutanées caractérisées par la présence de papules fermes, persistantes, centrées par une croùtelle brunâtre et accompagnées de prurit.

Nous avons déjà montré, dans le chapitre précédent, comment prurit et prurigo se confondaient dans bon nombre de cas, comment le prurit simple pouvait devenir l'origine du prurigo. Nous n'y reviendrons pas et nous décrirons seulement dans ce chapitre l'affection à laquelle l'école de Vienne réserve le nom de prurigo, le prurigo de Hebra, suivant la dénomination proposée par M. Besnier, et les affections auxquelles M. Besnier a donné le nom de prurigos diathésiques.

Prurigo de Hebra

Expose clinique el éiiologique. — Le prurigo de Hebra (encore appelé par Vidal lichen polymorphe chronique) est constitué par des papules de la dimension d'une tête d'épingle environ, saillantes et acuminées au début, dont le sommet se recouvre bientôt, à la suite des excoriations produites par le grattage, d'une croùtelle brunâtre ; s'il ne survient pas d'infection secondaire, la croùtelle est remplacée par une cicatrice blanchâtre qui s'entoure d'une légère zone pigmentée; mais les lésions peuvent subir d'autres transformations, prendre l'aspect eczémateux, avec

PRURIGO DE I1E13KA 351

sécrétions plus ou moins abondantes, ou être infectées par les microbes pyogènes de la peau et devenir l'origine de pustules d'apparence impétigineuse ou ecthymateuse.

Les papules de prurigo, souvent réunies en grand nombre dans une région, s'accompagnent parfois d'un certain degré d'épaississement de la peau, sur laquelle on observe simultanément des papules à des degrés divers de leur développement, entremêlées de cicatrices de lésions anciennes.

Les ganglions lymphatiques correspondants sont ordinairement tuméfiés, souvent très volumineux, jamais suppures.

Les lésions du prurigo peuvent se développer sur toutes les régions du corps ; elles prédominent généralement sur les membres, où elles occupent de préférence le côté de l'extension ; à la face, où il est habituel de les rencontrer, elles sont généralement disséminées.

Le prurigo de Hebra s'accompagne toujours de démangeaisons qui sont souvent violentes. Le prurit peut présenter une intensité variable, d'où les dénominations de ferox et de milis attribuées à ses deux formes cliniques extrêmes.

Cette affection débute généralement dans l'enfance ; souvent précédée de poussées répétées d'urticaire, elle persiste pendant des années, ou plutôt se reproduit pendant plusieurs années, sous la forme de crises ou d'accès survenant de préférence en hiver.

Les sujets atteints de prurigo de Hebra présentent souvent les attributs du lymphatisme; ils sont généralement de souche nerveuse et peuvent eux-mêmes offrir des manifestations neuropalhiques, dont la plus fréquente est l'asthme. Les troubles digestifs,

PRURIGO DE IllîBRA

si habituels chez les névropathes, coïncident souvent avec cette affection ; mais il semble au moins exagère d'attribuer, comme l'ont fait quelques auteurs, une influence prépondérante à l'ectasie gastrique de l'enfance dans son développement.

Traitement. — Le traitement interne du prurigo de Hebra consiste essentiellement dans l'emploi de l'huile de foie de morue à aussi haute dose que possible ; ce médicament répond à l'indication fournie par l'état lymphatique des sujets; il a de plus pour effet d'augmenter les sécrétions cutanées, presque toujours diminuées chez eux.

Pendant la saison chaude, où l'usage interne de l'huile de foie de morue ne peut être continué sans inconvénient, on la remplacera par les préparations iodurées et arsenicales.

On a encore proposé l'emploi de la pilocarpine pour activer la sécrétion sudorale dont l'exagération pendant la saison chaude améliore les lésions cutanées; mais les difficultés de l'administration régulière de cette substance par la voie hypodermique, ses dangers et le peu de netteté des résultats obtenus par cette méthode ne nous permettent pas de la recommander.

Chez les sujets manifestement nerveux, l'usage des préparations de valériane, plus rarement des bromures, produit parfois une amélioration des symptômes fonctionnels du prurigo de Hebra; M. Augagneur a préconisé l'acide phénique, qui amène également parfois, à la dose de 20 à 50 centigrammes par jour en pilules de 10 centigrammes, un amendement du prurit.

Les douches tempérées (34 à 37°) réussissent parfois, mais non toujours, à calmer le prurit.

PRURIGO DE HEBRA oOÔ

Les bains tièdes et prolongés sont également utiles dans quelques cas, mais c'est l'exception.

Les eaux minérales, la Bourboule en première ligne, Uriage, Saint-Honoré, Luchon, Salies-de- Béarn, Bex, etc., peuvent être utilisées et souvent avec grand profit, suivant les tendances constitutionnelles des sujets ; de même le séjour au bord de la mer, sur les' plages non excitantes de l'Ouest en été, sur la rivière de Gènes en hiver.

L'électricité statique ou dynamique, vantée par quelques auteurs, ne nous a pas semblé répondre aux espérances de ses promoteurs.

Le traitement local du prurigo de Hebra consiste surtout dans les applications de pommades ou de eorps gras additionnés ou non de substances antiprurigineuses et dans l'occlusion au moyen des colles et des emplâtres.

L'emploi de ces divers topiques doit être précédé, s'il y a lieu, du traitement des complications eczémateuses (applications de compresses trempées dans l'eau bouillie, dans l'eau de camomille, dans la solution de phéno-salyl à 1 pour 300 ou 500, enveloppement de caoutchouc, etc.) ou ecthymateuses (applications de compresses trempées dans une solution de sublimé à 1/3000).

Lorsque le prurigo a été ramené ainsi à l'état de simplicité, on peut employer soit les pommades et les pâtes d'oxyde de zinc additionnées de 1 à 5 0/0 naphthol (Kaposi), de 1 à 2 0/0 d'acide phénique ou de menthol, soit mieux encore les onctions avec l'huile de foie de morue qui est incontestablement le meilleur topique gras contre le prurigo de Hebra. Dans les casinlenses, le corps doit être constamment enduit d'huile de foie de morue et recouvert d'un

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vêtement complet de flanelle légère; chaque jour on lave à l'eau chaude et au savon et on fait une nouvelle onction.

Dans les cas moyens ou légers, on peut se contenter d'appliquer l'huile de foiede morue la nuit; le matin, on lave à l'eau chaude et au savon de toilette ou au savon de naphthol, on fait une friction avec une flanelle aspergée d'un alcoolat aromatique, puis on recouvre les parties malades de toile fine de caoutchouc (Besnier). Le seul inconvénient de cette médication est l'odeur de l'huile de foie de morue; elle est moins prononcée si on a soin de se servir d'huile blonde; on peut la modifier par l'addition 1/100 d'acide phénique, sauf chez les jeunes enfants. Il sera prudent de continuer les onctions pendant plusieurs semaines après la disparition des lésions cutanées.

Les colles, appliquées par Unna et Pick au traitement d'un certain nombre de dermatoses, peuvent être très avantageusement utilisées, dans le prurigo de Hebra, même dans ses formesles plus généralisées, ainsi que l'a montré M. Tenneson (1). Elles ne doivent jamais être employées avant la guérison des complications eczémateuses; mais, après la disparition de celles-ci, elles calment rapidement le prurit, qui ne reparaît que quand l'enduit se détache. Nous ne saurions assez recommander ce mode de traitement, qui, dans tous les cas où nous l'avons mis en pratique, nous a donné des résultats incomparablement plus rapides et plus satisfaisants que les méthodes classiques. (Voir à ce sujet, T. Il, p. 228.) Il est évident que les colles ne peuvent être étendues sur la face,

(1) Médecine moderne, 11 août 1892, p. 505.

PRURIGOS DIATI1ÉSIQUES

où les onctions grasses restent le seul traitement applicable.

Lorsque les lésions du prurigo sont peu étendues, les emplâtres peuvent être utilisés pour leur traitement (emplâtres adhésif, simple ou boriqué, etc.) ; mais nous leur préférons de beaucoup les colles.

Prurigos diathésiques .

Exposé clinique et étiologiqne. — M. Besnier désigne sous le nom de prurigos diathésiques des affections caractérisées par un prurit intense et par des lésions cutanées multiformes, reproduisant l'eczéma dans ses • diverses variétés morphologiques, ou constituées par des papules tantôt .analogues à celles du prurigo de Hebra tantôt ressemblant à celles du lichen. , Ces dermatoses multiformes se montrent par poussées successives, à retours parfois périodiques et saisonniers, d'autres fois provoqués par des troubles dyspeptiques ou des émotions morales. Elles apparaissent à une période plus avancée de l'existence que le prurigo de Hebra, ont une marche moins régulière, et surtout une variabilité de lésions plus grande que cette dermatose. Elles correspondent à certains faits désignés sous le nom d'eczéma nerveux, de prurigo simple, de lichen aigu, etc.

Se développant surtout chez des sujets à tendance névropathique plus ou moins accusée, elles peuvent être provoquées par des troubles gastro-intestinaux, des altérations des fonctions rénales.

Traitement, — La constatation des troubles viscéraux et de l'état névropathique montre la voie à suivre pour le traitement interne de ces dermatoses* les préparations de valériane, de belladone, plus

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