‹ Thérapeutique des maladies de système nerveux (volume 2)Chapitre 57 sur 123 · PROTUBÉRANCE ANNULAIRE. J5J · texte numérisé non relu

PROTUBÉRANCE ANNULAIRE. J5J

(pag. 3o8) cc complexus symptomatique sous le nom de syndrome de Weber.

g V. Protubérance annulaire. — Pour la protubérance annulaire, nous avons déjà indiqué dans l 'hémiplégie alterne le vrai symptôme important pour cette région '. En dehors de cela, il n’y a rien de bien

absolu.

La paralysie alterne ne se produit que quand la lésion siège dans la région postérieure bulbaire ; l’hémiplégie est, au contraire, complète et croisée si la lésion est dans la région antérieure pédonculaire2.

Si la lésion est au milieu, sur la ligne médiane, il peut y avoir paralysie généralisée aux quatre membres ; quelquefois, mais rarement, on a observé de la paraplégie.

Hallopeau et Giraudeau3, dans une observation bien étudiée de compression de la protubérance par un anévrisme du tronc basilaire, ont signalé une paralysie des quatre membres.

On notera encore, dans la symptomatologie de la protubérance, la fréquence des convulsions et des contractures, et la faiblesse relative des troubles intellectuels4. Quand la lésion est intense, l’ictus est très grave : il entraîne rapidement la mort au milieu de phénomènes convulsifs.

On peut ajouter les considérations suivantes, empruntées en partie à Nothnagel.

La dysarthrie et Y anarthrie se rencontrent plus souvent dans les foyers protubéranliels qu’avec toute autre localisation (saut la moelle allon-

et il faut invoquer d’autres éléments. Dans les tumeurs, l’oculo-moteur du côté opposé peut aussi être intéressé. » (Nothnagel.)

Un double plosis et des troubles cérébraux ont été les phénomènes prédominants dans un cas d’hémorrhagie pédonculaire publié par Rickards ( Brit . mecl. Journ., avril 1S86). — Voy. aussi les obs. récentes de Leube (Deut. Arch. f. klin. Med., XL, pag. 271) et d’ALEXANDER (Deut. med. Woch., 1887, n° 18, pag. 376).

' Voy. plus haut, pag. 3o6.

2 Rondot a bien étudié (Thèse de Paris, i883) l’hémiplégie homonyme de la face et des membres dans les lésions en foyer de la protubérance annulaire. Les lésions siègent alors dans l’étage moyen, plus rarement dans l’étage supérieur, et sont limitées à la zone que parcourt le faisceau pyramidal (avant l’entre-croiscmcntdu facial). Cette paralysie est habituellement moins intense ù la face qu’aux membres, se comporte comme les hémiplégies d’origine cérébrale, cL peut, comme elles, entraîner une dégénérescence descendante. La terminaison fatale est de règle.

Voy. aussi, sur les caractères de la paralysie dans les lésions protubérantielles, Régnault, Thèse de Lyon, 1890.

3 Hallopeau et Giraudeau ; Encéphale, i8S3, pag. 667.

4 Bitot (Académie des Sciences, 18 mai i885) considère, au contraire, la partie moyenne de la protubérance comme jouant le rôle d’un centre pour la parole, l’intelligence et la volonté.

géc) 1 ... Il n’cst pas encore certain que la paralysie oculaire conjuguée (droit externe du côté de la lésion et droit interne du côté opposé) soit caractéristique pour les foyers du pont2.

Le sens de la déviation musculaire, dans les cas de paralysie des nerfs crâniens dépendant d’une lésion de la protubérance, est très variable; tout dépend du siège de la lésion prolubérantielle, qui peut allecterles tractus nerveux au-dessus et au-dessous de leur entre-croisement.

Les anesthésies sont relativement plus fréquentes dans les loyers du pont que dans ceux du cerveau ; pourtant cet élément n’a pas grande valeur pour le diagnostic dans un cas donné 3.

Les troubles de la déglutition n’ont qu’une valeur limitée pour le diagnostic ; ils peuvent l’aider, mais non l’établir. Il en est de môme des troubles de la respiration et de la circulation.

Sous ce dernier rapport, Hallopeau et Giraudeau, dans le fait déjà

1 Tout récemment, Markowski (Arc.h. f. Psychiatrie, XXII, 2, pag. 367, 1892) a étudié les troubles de la parole survenant au cours des lésions protubéranticlles, et a démontré que c’esl surtout dans les cas de lésions intéressant la partie dioile de la protubérance que l’anarthrie se manifeste.

3 D’après Graux (Thèse de Paris, 1878), la paralysie conjuguée du droit externe d’un côté et du droit interne de l’autre, surtout dans le cas où le droit interne n’est paralysé que pour les mouvements synergiques bilatéraux, permettrait de

diagnostiquer presque mathématiquement une lésion du noyau de la sixième paire,

— Nous croyons cette proposition trop absolue, puisque des lésions de 1 hémi sphère peuvent entraîner ceLtc même déviation conjuguée.— Voy. plus haut (chap.v) ce qui a été dit de la Déviation conjuguée de la tête et des yeux.

C’est conformément au principe que nous venons d’indiquer, d’après Graux, que Remaic (Soc. de Psych. et Mal. nerv. de Berlin, 11 juillet 1881 ; anal, in Arch. de Neurol., 1882, IV, pag. 2^9) a diagnostiqué, chez un malade qui présentait une paralysie de l'oculo-moteur externe gauche et du droit interne droit : un foyer de ramollissement dans la moitié de la protubérance, siégeant, vu lintôgiité u facial du même côté, un peu plus haut que dans les observations communiquées jusqu’ici (Comp. les séances de la même Société des 7 février 1876 et 12 juillet 1880). Voir aussi, sur le même sujet:

Quioc (Lyon médical, 1881, n° 27);

Bleuler (Deut. Arch. f. kl. Med., XXXVII, pag. 667, et XXXVIII, pag. 28) , Finny (The Dublin Journ. 0/ med. Sc„ mai 1889, 3So; Rev. des Sc. méd., XXXV 1, pag. 5i6) ;

Hughes Bennet et Savill ( Brair , XLV, juill. 1889) ;

Lannois et Régnault ( Lyon médical, 9 nov. 1890);

Régnault (Thèse de Lyon, nov. 1890) ;

Blocq, et Guinon (Arch. de méd. exiger., 1 janv. 1891, n° 1, pag. 7 » , — c Dans leur observation, Hallopeau et Giraudeau ont observé une dexiation conjuguée intermittente (sorte de nystagmus horizontal avec déviation pi oeiessn e dans le même sens) et de nature irriLative.

3 Couty ; Gazette hebdomadaire , 1877 et 1878.

Feuillet; Thèse de Paris, 1877. ,

D’un travail plus récent (Encéphale, i883, pag. 189) Bellange a conclu qu un signe ayant une certaine valeur dans les lésions de la protubérance est » a pci c généralisée d’une ou de plusieurs sensibilités, mais en particulier de l’algésie

CERVELET

cité de compression de la protubérance par dilatation anévrismale du tronc basilaire, ont noté le curieux phénomène suivant: dès qu on mettait le malade sur son séant, la tête s’inclinait en avant, et immédiatement la respiration s’arrêtait en expiration, tandis que le pouls continuait à battre régulièrement pendant quelques secondes, puis se ralentissait insensiblement. Si, dans ces conditions, on renversait la tête en arrière, immédiatement la respiration se rétablissait et reprenait bientôt les caractères qu’elle offrait avant que le malade eût été déplacé. Les mêmes phénomènes se reproduisaient, à volonté, 'dans l’ordre que nous venons d’indiquer, suivant que l’on inclinait en avant ou en arrière la tête du malade : pendant plus de douze heures on put les observer ; la mort survint au bout de ce temps, par asphyxie progressive.

Les auteurs de l’observation expliquent cette singularité par ce fait que, quand la tête était en avant, la compression de la proLubérance par l’anévrisme était à son maximum, tandis qu’elle était au contraire à son minimum quand la tête était renversée en arrière. L’arrêt en expiration serait probablement dû à une excitation du pneumogastrique.

L’ataxie survient rarement dans les foyers du pont; pourtant son existence, dans un cas donné, n’empêcherait pas le diagnostic de ce siège '.

Eichhorsl1 2 signale, dans les lésions de la protubérance, de fortes élévations de la température centrale ; dans un cas, il a enregistré une température rectale de 43°, 6.

On a noté, dans certains faits, divers mouvements involontaires (rétropulsion3, oscillations pendulaires des extrémités, trismus, etc.); ces signes sont sans valeur actuelle pour le diagnostic.

$ VI. Cervelet. — La séméiologie du cervelet n’est pas encore arrivée à des conclusions bien précises4.

h' hémiplégie a été considérée comme un symptôme des lésions du cervelet (tumeurs, abcès, hémorrhagies) : pour les uns, c’est une hémiplégie croisée ; pour les autres, une hémiplégie directe.

1 Dans l’appréciation diagnostique de ces faits, il faut tenir compte de la coïncidence, notée par quelques auteurs, des lésions médullaires du tabes avec un foyer de ramollissement de la protubérance (Voy. notamment le travail cité plus haut de Bellangé, in Encéphale, i883, pag. 189).

2 Eichhorst ; Pathologie interne , 3“ vol., pag. 35o.

3 Penzoldt ; Rev. des Sc. méd., XIII, pag. 528.

* Leven et Blachez ; article Cervelet, in Dictionn. encycl.

Yulpian ; loc. cit.

Ferrier ; loc. cit., et livre sur le Cerveau

Nothnagel ; loc. cit.

Luciani ; Areh. ital. de Biol., XVI, pag. 289, 1891-92.

MALADIES DE L'ENCEPHALE.

On admet aujourd’hui que l’hémiplégie n’est pas produite par une lésion du cervelet pure, sans action de voisinage (ramollissement) ; l’hémiplégie est, au contraire, produite quand une lésion volumineuse (hémorrhagie, tumeur) comprime les parties voisines, comme 1 isthme.

D’autres fois, au lieu d’une paralysie, ce sont des phénomènes d excitation (convulsions, crises épileptiformes) que 1 on observe au cours des affections du cervelet.

Flourens a cependant démontre que la motilité est atteinte d une certaine manière : quand on enlève le cervelet a un animal, par couches successives, il devient faible et a de ia peine à se tenir ; il ne se tient qu’en multipliant les points d’appui, en s’appuyant sur les ailes et sur la queue. Il ne peut pas progresser. Il peut faire encore des mouvements isolés, mais il ne peut pas les coordonner en mouvements combinés pour la progression. Flourens attribue, d’après cela, au cervelet une sorte de pouvoir coordinateur des mouvements.

Ces faits ont été constatés par tout le monde ; ils peuvent seulement être interprétés différemment. Pour certains physiologistes, comme Leven, ce seraient des phénomènes d’entraînement. Entraîné de ci, de là, contre les obstacles, l’animal ne pourrait garder l’équilibre ou progresser normalement.

Cliniquement, Duchenne a bien étudié le malade atteint de lésion cérébelleuse. Au lit, il a une force musculaire considérable, exécute tous les mouvements qu’il "veut, etc. Dès qu il se lève, c est un homme ivre, il a l’air d’avoir des vertiges et de chercher son équilibre; sa démarche est saccadée, il trébuche et tombe facilement ; l’occlusion des yeux n’exerce aucune influence sur sa laçon de progresser. C est là un tableau bien distinct de celui de l’ataxique, qui lance ses jambes tout différemment.

Quelquefois le malade a des impulsions irrésistibles, une tendance au recul ou aux attitudes spéciales du corps et de la tête* (rétroflexion de

la tête, opisthotonos, pleurosthotonos), de l’entraînement latéral. On voit que c’est un ensemble symptomatique analogue à celui que présentent les animaux, sauf les différences qui tiennent au mode spécial de

progression de l’homme. .

Cette action du cervelet sur la coordination musculaire est aujourd hui

très généralement admise1 2. . , ,

Ajoutons seulement que. d'après Nothnagel, la t.tubation cérébelleuse indique une intervention fonctionnelle du lobe moyen (que ce soit primitivement ou secondairement). Elle peut, au contraire, manquei

1 Bernheim et Simon ; Revue médicale de l’Est, 1887, n0’ 1 cl 2.

Herringham ; Bev. des Sc. média., XXXIII, pag. 106.

2 Vov Lussana; Arch. ital- de Biol., lom. VII, fasc. II, pog. i4o. — Cet auteui expliqué à la fois, par le mécanisme de l’incoordination motrice, la démarche ébrieuse et le nystagmus qui accompagnent si souvent les lésions cerebelleuses.

CERVELET

dans des altérations cérébelleuses qui siègent dans les hémisphères1 2 *.

Nous avons observé deux faits confirmant cette dernière proposition. Un vaste foyer dans un hémisphère cérébelleux n’avait entraîné pendant la vie, chez l’un des malades, aucun phénomène vertigineux ou ataxique; tandis que, chez l’autre8, un affreux état vertigineux correspondait à un foyer siégeant à la partie antérieure du lobe moyen du cervelet. Dans ce dernier cas, il y avait aussi un foyer d’hémorrhagie capillaire au niveau de la partie moyenne du pédoncule cérébelleux moyen, à droite.

C’est, au contraire, à la première catégorie de faits qu appartiendraient plutôt les observations contenues dans le dernier travail de Kiichhoft sur la sclérose atrophique du cervelet, travail dans lequel il conclut notamment que «l’atrophie hémilatérale du cervelet d oiigine embiyo génique, suivie de sclérose, peut entraîner des troubles de la motilité de la moitié du corps homologue», et qu’on semble «autorisé à établir un rapport entre la lésion des lames transverses du cervelet et les troubles moteurs du même côté du corps4 * * *».

La sensibilité paraît intacte dans la plupart des maladies du cervelet.

La Peyronnie, Pourfour du Petit, Dugès, etc., avaient admis le contraire et avaient fait du cervelet le sensorium commune , en le considérant comme le prolongement des cordons postérieurs. Cette théorie a été reprise plus récemment par Lussana.Elle paraît actuellement condamnée par la physiologie et par la pathologie.

A propos de la sensibilité, il faut parler de la céphalalgie , qui est un symptôme courant des lésions cérébelleuses. Nous avons observé un malade mort à l’Hôpital-Général, et chez lequel une tumeur du cervelet ne s’était manifestée pendant la vie que par de la céphalalgie.

Ce symptôme a été noté 58 fois sur 100 cas. Le plus souvent, la dou-

1 Chez quatre sujets dont Bristowe (S. -Thomas Hosp. rep., XIV, pag. 181. — Rev. clés Sc. mécl., XXIX, pag. io5) rapporte l’histoire, l’incoordination motrice a fait totalement défaut.

Dupuy (Société de Biologie, nov. 1887) conclut de ses expériences que l’ablation complète du cervelet et de ses pédoncules ne détermine aucun trouble de locomotion, mais provoque un affaiblissement extrême de la force musculaire dans l’individu tout entier.

2 Obs. xni, in Localisations cérébrales, 3° édit., pag. 3i4-

J Kirchhoff ; Arch. f. Psych. u. Nervenk., XII, pag. 3. — Anal, in Arch. de Neurol., i883, VI, pag. 118.

* Hitzig a communiqué au Congrès des Neurologistes et des Aliénistes de l’Allemagne du S.-O., à Bade (16 juin i883 ; anal, in Arch. de Neurol., 1884, VIII, pag. 368), un cas intéressant de déchet hémilatéral du cervelet ('avec autopsie). Mais l’analyse symptomatique de ce fait nous entraînerait trop loin.

Sommer a également publié {Arch. f. Psych , XV, 1. — Anal, in Arch. de

Neurol., i885, IX, pag. 261) un fait de sclérose cérébelleuse ; mais l’observation est trop incomplète pour étayer des considérations séméiologiques.

Comp. encore une observ. de Rouert de tubercules du cervelet, dans la Gaz.

hebdom. des Sc. méd. de Bordeaux, i883, 11“ 18.

leur est occipitale, dans un quart des cas. Quelquefois, mais plus rarement, elle est frontale ou générale. Souventelle présente une fausse intermittence.

Le vertige est également un des symptômes les plus fréquents et les plus pénibles des maladies du cervelet. Lorsqu il survient par crises, accompagné de vomissements, il est souvent difficile de distinguer l’affection cérébelleuse delà maladie de Ménière; la titubation, quand elle existe, permet de faire le diagnostic.

Les troubles de la vue ont une grande importance clinique. On a noté 5g fois sur 100 une altération quelconque dans l’appareil visuel.

Les physiologistes ont constaté, déjà depuis longtemps, non pas l’amblyopie ou la cécité après les lésions du cervelet, mais des troubles moteurs de l’œil. Récemment, Ferrier a bien mis le faiten lumière.

Il électrise le cervelet : il ne produit rien pour la sensibilité ni pour la motilité ; l’animal reste debout, mais chancelant. Si on l’excite à marcher il trébuche et tombe souvent, comme s’il était ivre. Quand on observe les yeux, on distingue un nystagmus très prononcé. En promenant les électrodes à la surface du cervelet, on produit souvent des mouvements dans les yeux.

Cliniquement, on a parfois noté des troubles moteurs oculaires : strabisme, rotation convulsive des yeux, nystagmus1; souvent aussi, dilatation et immobilité des pupilles.

Dans d’autres cas, on a observé de l’amblyopie ou une amaurose avec lésion du fond de l’œil (névrite optique). Cela est dû probablement, alors, au voisinage des pédoncules cérébelleux et des tubercules

quadrijumeaux. .

On a également noté des troubles d’acommodation. Caton a insisté sur ce fait. Si le malade, étant occupé à lire, levait les yeux vers un nouvel arrivant, il lui semblait que celui-ci fût enveloppé d’un brouillard, et la vision ne devenait distincte qu’au bout de deux ou trois secondes- . Ce symptôme ne me paraît pas du reste avoir grande signification.

Plus récemment, Duval et Laborde3 ont réalisé des faits dans lesquels il y a déviation (non conjuguée) des yeux, par suite d’une lésion experimentale du cervelet et des fibres cérébelleuses.

Les variétés observées de déviations asynergiques peuvent être ramenées aux trois formes principales suivantes :

î. Révulsion double des globes oculaires en haut d un côté, en bas de

l’autre .

Il y a presque toujours, en ce cas et en même temps, giration de l’animal sur l’axe ou roulement.

. Dan3 le fait de lésion cérébelleuse que nous avons publié et que nous avons rappelé plus haut, le nystagmus avait été extrêmement intense.

1 Caton ; Rev. des Sc. méd., VIII, n° 1. ,0^

3 Duval et Laborde ; Journal de l’Anatomie et de la Physiologie, iS/9 et ibSo.

CERVELET

2. Entraînement simultané d’un œil en haut et en dedans, de 1 autie en bas et en dehors.

3. Entraînement des deux yeux en dehors, tantôt en dehors et en haut, tantôt en dehors et en bas.

Ce qui caractérise spécialement la déviation dans tous ces cas, c est qu’elle est toujours asynergiqae, c’est-à-dire qu’il y a dissociation constante dans les mouvements des yeux, ceux-ci étant en sens contraire ou en strabisme divergent double*.

Pour l’ouïe, Luys a noté la surdité 9 fois sur 100 cas, peut-être par compression des origines de l’auditif.

D’autre part, Edinger 1 2 3 * signale, parmi les rameaux d’origine du nerf auditif, un groupe de fibres émanant de ce qu il appelle le faisceau sensoriel direct du cervelet ; ce faisceau avait déjà été décrit par Meynert sous le nom de division interne du pédoncule cérébelleux.

Symptôme commun dans les affections cérébrales ou méningiennes, les vomissements sont beaucoup plus fréquents dans la pathologie du cervelet : ils se présenteraient dans un tiers des cas. Quelquefois ils surviennent par accès avec la céphalalgie et le vertige; d’autres fois, ils sont continus ; ils peuvent même devenir intolérables et incoercibles, comme dans la grossesse.

La physiologie pathologique du phénomène est, du reste, difficile à indiquer; il n’y a rien à retenir de l’hypothèse de Willis, qui voulait que le cervelet présidât aux fonctions organiques.

Ce phénomène, comme le suivant d’ailleurs, reconnaît probablement une origine bulbaire.

La mort subite a été très souvent notée dans les maladies du cervelet. Ce fut la terminaison du fait personnel dont nous parlions tout à l’heure. Luys l’a observée dans un quart des cas 5.

Dans les expériences, la survie des animaux est très différente, suivant qu’on touche ou non à la moelle allongée. Il est probable que le voisinage de cet organe doit intervenir aussi cliniquement dans les faits observés.

Tels sont les grands traits, encore bien indécis, de la séméiologie cérébelleuse.

1 A. Robin; Thèse d’agrégation, 1880, pag. 57.

2 Edinger ; Berl. klin. Woch , juill. 1886, n° 3o, pag. 507.

3 Voy. aussi sur le même point:

Carmichael (Rev. clés Sa. mécl.,X III, pag. 535);

Sommer (Arch. f. Psych. und Nervenk., XV, pag. 253) ;

Duponchel (Journal de médecine de Bordeaux, i'r août 1886) ;

Herringham (S.-Barth.Hosp. rep., 1887, XXII, pag. 65. — Rev. des Sc. mèdic.,

XXXIII, pag. 106). ’

36(i MALADIES DE b'ENÜÉPHALE.

Vous savez que Gall faisait du cervelet le centre des instincts sexuels. Mais la physiologie et la clinique n ont pas vérifié cette hypothèse. Flourens a vu un coq conserver l’instinct de la propagation après l’extirpation du cervelet. Chez l’homme, on a vu aussi des atrophies de cet organe n’entraîner aucun trouble de ce côté. Martineau a bien cité un cas d’érotisme remarquable chez un homme de 60 ans, dont le cervelet était malade. Mais c’est là un l’ail exceptionnel et sans valeur séméiologique.

Luciani a repris plus récemment 1 l’étude expérimentaledes fonctions du cervelet.

Après l’ablation complète du cervelet chez le chien, il faut laisser passer une première période dans laquelle les symptômes prédominants sont dus au traumatisme. Une fois l’animal guéri, on peut mieux, dans une deuxième période, constater les symptômes suivants, dusà l'ablation même du cervelet.

Pas de trouble dans la sphère psychique ni dans la sphère sensorielle (y compris le sens musculaire). Tous les désordres sont limités à la sphère des mouvements volontaires.

a Dès que l’animal commence à se mouvoir, de rapides contractions cloniques se montrent dans les divers muscles ; la marche a lieu en dos de chat, à l’aide d’une abduction anormale des quatre pattes, de mouvements rapides ; elle est interrompue, accompagnée de chutes fréquentes, dues à un relâchement musculaire soudain. Pourtant, jeté dans un bassin, le chien nage, quoique plus lentement qu’à l’ordinaire, avec une coordination aussi parfaite qu’avant l’opération; mais, arrivé au bord, il n’a pas la force de grimper. Dans la suite, ces phénomènes s’apaisent, et, guidé par l’expérience, l’animal arrive à chuter moins souvent en tenant ses pattes écartées ; mais il continue toujours à présenter des mouvements interrompus et mal assurés. Au bout de cinq mois au moins arrive la troisième période, période de cachexie, de dénutrition générale, et l’opéré meurt dans le marasme.®

Luciani attribue ces troubles à un manque de tonus et à une insuffisance de l’énergie nerveuse. « Dans l’air, l’animal n’a pas assez de force nerveuse pour imprimer à son corps des mouvements réguliers ; mais dans l’eau, perdant de son poids le poids du volume de liquide déplacé et allégé d’autant, la force nerveuse dont il dispose suffit alors, et il nacre normalement ». Les phénomènes de dystrophie de la troisième période semblent être la conséquence indirecte de l’absence d’innervation cérébelleuse.

Et Luciani conclut que « le cervelet est un organe central d action continue, de qui dépend le tonus et en grande partie l’énergie nerveuse

> Luciani; Congrès de la Soc. méd.-psychol. Italienne; - Anal, in Encéphale , i885, pag. 118.

PÉDONCULES CÉRÉBELLEUX, disponible des autres centres en général, et en particulier des éléments

moteurs des muscles de la vie animale ».

Tout récemment enfin 1 , dans une remarquable éLude d ensemble sui la physiologie du cervelet, Luciani considère le cervelet comme un organe indivisible, fonctionnellement homogène, dont chaque moitié est en rapport, pour la nutrition et la fonction, avec les deux moitiés du corps; toutefois, chacune des moitiés de l’organe a plus de rapports avec la moitié correspondante du corps qu’avec l’autre. Les mutilations cérébelleuses produisent une asthénie générale, portant surtout sur les muscles des membres eL de la colonne vertébrale, et d’autant plus marquée que l’ablation a été plus large : la destruction du lobe moyen n’est point seule à provoquer ces effets d’asthénie, et chaque portion de l’organe peut suppléer au manqué des autres.

Le cervelet ne serait donc pas, comme le voulaient Flourens et Magendie, un organe régulateur des mouvements ou un centre d’équilibration ; ce n’est qu’un appareil de renforcement pour l’énergie motrice : il augmente l’énergie potentielle des muscles (sthénie), leur tension pendant les pauses fonctionnelles (tonus) ; il accélère enfin le rythme des impulsions et les fusionne.

§ VII Pédoncules cérébelleux. — Un récent travail de Curschmann nous engage à dire un mot de la séméiologie, encore bien obscure, des pédoncules cérébelleux.

Cet auteur, après la section de cet organe, voit chaque fois l’animal s’agiter convulsivement, tomber sur le côté de la lésion et ne plus se relever jusqu’à la mort.

Quand on le couchait sur le dos ou sur le ventre, il tournait encore dans le même sens, vers la même position. Pas de mouvements de rotation, mais tendance continuelle à se coucher sur le côté opéré. La rotation proprement dite et la déviation des yeux survenaient quand on intéressait la protubérance ou le cervelet.

Il a ensuite observé un fait clinique analogue. Une femme tuberculeuse de 39 ans se plaint de vertiges, de céphalalgie ; puis elle présente des convulsions, et enfin se couche sur le côté droit. Si onia place sur le dos, elle tourne sur le côté droit. Il n’y a pas de déviation des yeux. A l’autopsie, on trouve une méningite tuberculeuse et un foyer de ramollissement à droite, dans le faisceau commun des pédoncules cérébelleux antérieur et postérieur5.

Couty a communiqué à la Société de Biologie l’observation d’un homme chez qui on constata la destruction du pédoncule cérébelleux inférieur gauche, mais le malade n’avait pas présenté le signe indiqué

' Luciani ; Arch. ital. cle Biol., 1891-92, pag. 28g. 2 Curschmann; Rev. des Sc. méd., III, pag. 116.

MALADIES DE L’ENCEPHALE.

par Curschmann. Pendant quelque temps, des vomissements furent les seuls symptômes observés, puis on nota une ataxie toute spéeiule des mouvements, devenus brusques et saccadés, et une hémiplégie incomplète sans trouble de la sensibilité; enfin, l’individu succomba à une méningite tuberculeuse '.

D’après Nothnagel, il n’y aurait de caractéristique, pour les lésions des pédoncules cérébelleux moyens, que la position des yeux, observée par Nonat (œil droit regardant en bas et en dedans, et œil gauche en haut et en dedans), et les rotations complètes du corps, puisque ces signes n’ont été encore, cliniquement au moins, observés dans aucune autre localisation cérébrale. — Le simple décubitus latéral forcé, avec une déviation conjuguée de la tête et des yeux, ne prouverait pas (s’il n’y a pas d’autre signe) la lésion des pédoncules cérébelleux. — La rotation se fait tantôt vers le côté sain, tantôt vers le côté malade, sans qu’on connaisse encore la cause anatomique de ces variations 1 2.

g VIII. Corps calleux. — On s’est préoccupé, dans ces derniers temps, d’élucider la séméiologie du corps calleux et de délimiter les fonctions de cette vaste commissure.

Les cliniciens professent les avis les plus opposés. Pour les uns, le corps calleux ne joue qu’un rôle minime etses lésions sont absolument silencieuses. Erb 3 a publie un cas dans lequel 1 organe était le siège d’une hémorrhagie, qui en avait provoqué la destruction presque complète, sans qu’il eût existé aucun symptôme d’une lésion en foyer. Presque tout le corps calleux, déclare fauteur, peut être détruit sans produire la moindre altération de la motilité, de la coordination, de la sensibilité, des réflexes, des sens, de la parole, sans déterminer non plus un trouble notable de 1 intelligence.

Ivauffmann ' a signalé un cas d’absence totale du corps calleux chez un sujet qui n’avait présenté d’autre trouble qu’un arrêt de développement intellectuel. Il analyse 19 cas de même ordre recueillis dans les

auteurs.

Par contre, certains cliniciens font jouer un rôle important au corps calleux et attribuent à ses lésions divers troubles intellectuels (apathie, somnolence), certaines perversions de l’équilibre et la perte des synergies musculaires.

1 Couty ; Société de Biologie, 5 mai 1877.

2 Westphal, Carpani et Duffin (Rev. des Sc. méd., XIII, pag. 537) ont pub ie de nouveaux laits de lésion des pédoncules cérébelleux ; mais la symptomatologie n’est pas assez précise pour qu’on puisse en tirer quelque nouvelle conclusion.

Il en est de même du l'ait plus récent de Mendel (Neurolog. Centralbl., ibt>2 , anal, in Arch. de Neurol., 1884, VII, pag. 33i).

3 Erb ; Arch. f. path. Anat. undPhys., Bd. XOVII, Hcft 2, pag. 329.

i Kauffmann ; Arch. f. Psych. und Nervenkrank., 1887.

3CÔ

Page 1