ÉTIOLOGIQUE
En dehors de cela, on a noté l'influence des efforts musculaires excessifs ou prolongés et l'action du froid. Hallopeau cite un homme qui fut atteint après avoir couché sur la terre par un temps froid ; Jaccoud parle, d'après Frérichs, d'un enfant qui, étant resté assis pendant plusieurs heures sur une pierre, fut pris de fièvre, de paraplégie, et mourut; à l'autopsie, on trouva une méningite exsudative généralisée dans tout le canal vertébral.
Les traumatismes, l'ouverture d'un abcès dans la cavité sous-arachnoïdienne, sont encore des causes à invoquer. Nous avons déjà dit, d'après Charcot, que les eschares sacrées profondes peuvent ouvrir le canal sacré, perforer la dure-mère, pénétrer sous l'arachnoïde, et déterminer ainsi une méningite ascendante purulente simple ou ichoreuse.
On a encore observé cette lésion dans quelques maladies générales, comme la scarlatine, la fièvre typhoïde.
Quant à la nature des accidents, nous ne pourrions que répéter ici tout ce que nous avons dit de la pathogénie de la méningite aiguë cérébrale ; celle-ci, en effet, s'accompagne fréquemment d'un degré plus ou moins accentué de méningite spinale', L'inflammation aiguë des méninges spinales traduit donc une infection de ces membranes par des microbes variables : pneumocoque, streptocoque, staphylocoque, etc. -. La localisation microbienne est tantôt primitive, tantôt secondaire, et, dans ce dernier cas, provient ou bien de la fixation sur les méninges du germe de la maladie primitive, ou bien d'une infection nouvelle facilitée par le mauvais état de l'organisme.
Anatomiouement, la dure-mère est congestionnée et peut être enflammée ; mais le plus souvent, ici comme dans la méningite cérébrale, c'est dans le tissu sous-arachnoïdien que se trouvent les principales lésions.
Le liquide céphalo-rachidien est trouble ; la pie-mère et le tissu sous arachnoïdien sont infiltrés d'un exsudât dense, concret, blanchâtre, formé de leucocytes et de fibrine, plus ou moins résistant, qui peut se présenter en lamelles. La pie-mère est épaissie et indurée.
Les lésions sont en général beaucoup plus accentuées à la partie postérieure. La plus riche innervation de cette région n'est peut-être pas étrangère à la production du fait (Vulpian).
La moelle paraît saine et injectée. Elle peut participer à l'inflamma-
1 Voyez le récent mémoire de Trévelyan (Brain, 1892, LVII, pag. 102) sur la méningite cérébro-spinale.
2 Roux; Sur les micro-organismes delà méningite spinale ; in Lyon médical i5 juillet 1888, pag. 391.
Grasset, 4e édit., tom. II. 5
tion. Dans les méningites ichoreuses, elle prend une teinte ardoisée spéciale.
Les douleurs rachidiennes et les contractures des muscles du tronc sont les Symptômes essentiels de la maladie.
La rachialgie est le symptôme méningitique par excellence pour la moelle, comme la céphalalgie pour le cerveau. Après un début plus ou moins insidieux, on observe quelquefois un état de malaise général, des douleurs vagues dans tout le corps et une fièvre modérée. Puis surviennent les douleurs caractéristiques le long du rachis, exagérées par les mouvements du tronc, augmentées par le passage d'une éponge chaude ou froide le long de la colonne vertébrale ; souvent aussi, mais pas toujours, par la pression des apophyses épineuses. La douleur maxima se trouve au niveau des lésions principales, par exemple à la région lombaire. Quelquefois il y a aussi des douleurs irradiées dans les membres ou en ceinture, mais c'est moins constant.
Comme contractures, on a la raideur des muscles du tronc et de la nuque, le renversement de la tête en arrière, même au lit, mais surtout quand le malade est assis. Le malade ne peut tourner la tête qu'en déplaçant tout le tronc. On ne fléchit ou on ne tourne sa tête qu'en provoquant une vive douleur. C'est une sorte d'opisthotonos qui peut simuler le tétanos.
Ces phénomènes ont été attribués par certains auteurs à l'excitation des racines nerveuses. Hallopeau combat avec raison cette explication. Des douleurs par excitation des racines postérieures ne se limiteraient pas au rachis, se produiraient comme dans les myélites qui s'accompagnent d'irritation de ces racines. La vraie cause réside dans les fdets nerveux des méninges, dans la sensibilité propre des enveloppes. Insensible à l'état normal (dans l'expérimentation sur les animaux), la duremère devient sensible par l'inflammation et même par la simple exposition à l'air, et la pie-mère est très richement innervée (Vulpian). Les contractures sont réflexes et non directement produites par l'excitation des racines antérieures.
En dehors de ces symptômes essentiels, il n'y a en général ni paralysie ni anesthésie ; quelquefois il y a rétention d'urine et constipation. — La fièvre est le plus souvent modérée, incomparablement plus faible que dans la méningite cérébrale ; quelquefois on observe des sueurs profuses, comme dans le tétanos ; il y a de l'agitation, de l'anxiété, de l'insomnie.
La Marche est plus ou moins rapide. Dans les cas suraigus, la mort survient en deux ou trois jours, dans l'asphyxie. Le plus ordinairement, la mort arrive après un septénaire. Il y a souvent des rémissions dans la marche des accidents.
La maladie peut guérir, passer à l'état chronique ; la mort serait ce-
pendant la terminaison la pins ordinaire, quoique moins fréquente que dans la méningite cérébrale.
Les éléments du Diagnostic se tireront surtout des douleurs et des contractures décrites. L'hémalorachis se traduit par les mêmes signes, mais sans fièvre. La myélite aiguë ne présente les symptômes de la méningite que quand cette dernière lésion coexiste réellement avec la première. Le tétanos n'a pas de fièvre initiale et s'accompagne de trismus et de contractures périphériques.
On reconnaîtra, ensuite par les symptômes concomitants elantérieurs, si la méningite est primitive ou secondaire.
Lemoine et Lannois 1 ont attiré l'attention sur des faits dont le diagnostic est fort difficile : c'est la péri-méningite spinale aiguë, nom (Albers) qui désigne l'inflammation primitivement et spontanément localisée au tissu cellulaire péri-méningé du rachis, arrivant à suppu ration et déterminant la mort sans participation de la dure-mère. Ce même tissu suppure bien aussi dans la péri-pachyméningite spinale d.- Traube et Leyden ; mais c'est consécutivement à une lésion du rachis ou des parties environnantes, et il y a constamment méningite en même temps. Lemoine et Lannois rapprochent de leur observation un fait identique de Lewitzky (de Varsovie).
On peut obtenir quelque chose par le Traitement, notamment par des applications de ventouses scarifiées le long du rachis, que l'on répèle s'il y a lieu ; plus tard on peut employer les vésicatoires. En même temps, on prescrira les révulsifs intestinaux, le calomel. Tout cela vaut mieux que les applications froides le long du rachis.
La trépanation rachidienne serait peut-être appelée à donner des résultats favorables dans la méningite spinale aiguë. Anlony2, qui a récemment rapporté une observation de méningite spinale à staphylocoques, se montre partisan de cette intervention. Il se fonde, pour justifier son opinion, sur l'amélioration notable que Traube aurait vu survenir dans un cas de cet ordre, sous l'influence du développement spontané d'un abcès à la région lombaire.
1 LiiMOiNE et Lannois ; Revue de Médecine, 1882, n° G.
2 Antony; Société médicale des Hôpitaux, 12 février 1892.
ARTICLE III
Méningites chroniques.