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CHAPITRE VIII

Vers intestinaux.

Nous exposerons successivement le traitement qu'il convient d'opposer aux taenias, à l'ankylostome duodénal, à l'ascaride lombricoïde et aux oxyures vermiculaires.

Taenias. — Les variétés les plus fréquemment observées sont : le taenia armé, le taenia inerme et le bothriocéphale. Les autres vers rubanés sont d'observation rare, ou ne se rencontrent pas dans nos régions.

Quelle que soit, du reste, la variété de ver rubané que l'on rencontre, le traitement est le même.

Le taenia inerme tend à devenir beaucoup plus fréquent que le taenia armé ; quant au bothriocéphale, il est assez commun dans certains pays où l'on fait une grande consommation de poissons, et en particulier de saumons. De là sa fréquence dans des contrées où il existe des lacs dont la pêche fournit aux populations du voisinage une partie plus ou moins notable de leur alimentation, en Suisse, dans le Nord de l'Italie, en Suède, par exemple.

La fréquence des autres taenias est surtout en rapport avec la consommation de la viande de bœuf crue ou insuffisamment cuite. De là, dans un but de prophylaxie, l'indication de faire cuire cette viande suffisamment, ou, lorsqu' on veut faire prendre de la

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viande crue, de donner de la viande de mouton ou de cheval. Ces animaux sont considérés, jusqu'à présent, comme exempts de taenias.

Principes généraux du traitement des tœnias. — Pour le traitement des taenias il y a un certain nombre de principes généraux qu'il convient d'avoir toujours présents à l'esprit :

i* On ne doit jamais ordonner une médication taenifuge que lorsqu'on est certain que le ver est suffisamment développé pour que son expulsion totale, tête comprise, soit possible.

Les médecins sont souvent poursuivis par des nosomanes qui se figurent, à tort, avoir un taenia et veulent quand même suivre un traitement susceptible de les en débarrasser. D'autres ont eu réellement le taenia et ont subi contre lui un traitement régulier. Tantôt la tête a été expulsée, et alors ce sont encore de purs nosophobes ; tantôt elle ne l'a pas été, mais l'administration d'un nouveau taenifuge est réclamée trop tôt et par cela même hors de propos.

On ne doit jamais ordonner une première fois le traitement du taenia sans en avoir vu des fragments.

On ne donnera de nouveau le traitement taenifuge à des personnes réellement atteintes du taenia, que lorsque des anneaux du taenia inerme (1) seront de nouveau spontanément expulsés, ou lorsqu'il se sera passé trois ou quatre mois après l'expulsion d'un taenia armé, tête non comprise.

2° Les malades destinés à être soumis à l'adminis-

(1) On reconnaît en clinique le taenia inerme à ce qu'il s'en élimine spontanément des anneaux par petites quantités. Les malades en trouvent presque chaque jour quelques-uns dans leurs garde-robes, ou même, en dehors de toute défécation, dans leurs vêtements.

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tralion de la substance taenifuge étaient souvent soumis autrefois à une diète préparatoire. On les laissait à jeun le jour précédent tout entier, ou on ne leur donnait qu'une petite quantité d'aliments, surtout du lait. Actuellement, on reconnaît qu'il peut y avoir de graves inconvénients à pousser trop Loin l'inanition préalable : cet état de vacuité favoriserait l'absorption des éléments toxiques des médicaments taenifuges, et on serait ainsi plus exposé à des accidents d'intoxication.

3° L'expulsion d'un taenia comprend t oujours deux temps :

a) L'administration de la substance médicamenteuse qui doit engourdir le taenia, l'empêcher de se cramponner à l'intestin et permettre son expulsion mécanique ;

b) L'administration d'un purgatif destiné à expulser mécaniquement le taenia engourdi.

Il ne doit pas s'écouler un trop long espace de temps entre la prise du médicament taenifuge et celle du purgatif expulsif.

4° Comme il importe beaucoup de savoir si la tète a été, oui ou non expulsée, il convient d'engager les malades à aller à la selle dans un seau rempli d'eau tiède. La tête, comme on le sait, est représentée par un petit renflement à l'extrémité de la partie très amincie que forme le cou. Sa recherche, assez délicate, est beaucoup facilitée par cette précaution. De plus, le ver soutenu par l'eau ne se rompt pas.

Quels sont maintenant les taenifuges qu'il convient d'employer? Nous étudierons successivement : la fougère mâle, l'écorce de grenadier et les sels qu'on en tire, le kousso, la mousse de Corse elles graines de courge.

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Nous rangeons ainsi les substances d'après leur mérite thérapeutique. Pour la première place on pourrait discuter entre la fougère mâle et l'écorce de grenadier, ou plutôt les sels de pelletiérine découverts par Tanret.

L'écorce de grenadier et surtout les sels de pelletiérine sont préférés par Bérenger-Féraud (1) et par Dujardin-Beaumetz. Cependant l'action toxique des alcaloïdes du grenadier est si marquée, les résultats obtenus par l'extrait éthéré de fougère mâle administré suivant la formule de Créquy, si favorables, que, pour notre part, nous préférons la fougère au grenadier. Le kousso est délaissé à cause de sa très désagréable saveur ; il est du reste beaucoup moins actif que les deux médicaments précédents. La mousse de Corse et surtout les graines de courge ne conviennent guère qu'aux enfants ; elles ont chez eux l'avantage très grand de n'être pas toxiques.

Fougère, mâle. — On emploie le rhizome frais de la fougère mâle des Vosges ou du Jura. On peut employer la poudre de fougère en nature : c'est la base de la formule vendue par Mme Muflier à Louis XVI.

« Poudre de fougère mâle, 6 grammes dans 125 à 180 grammes d'eau, à prendre en une fois, le matin àjeun; environ une heure après, un purgatif, soit calomel à la vapeur et scammonée pulvérisée ââ 0 gr. 60, gomme gutte 0, 30 (Soulier). »

Peschier, de Genève, a été le premier à faire un extrait éthéré du rhizome de la fougère mâle. Il en a fait des pilules associées au calomel; mais on pré-

(1) Leçons cliniques sur les taenias de l'homme, Paris, 1888.

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fère, avec raison, pour cette association les cachets dont Créquy a donné la formule :

pour une capsule, douze à seize semblables.

Voici, d'après M. Créquy, comment il faut procéder :

1° La veille au soir le malade ne prend que du lait pour toute alimentation;

2° Les 12 ou les 16 capsules d'extrait éthéré et de calomel sont prises le matin à jeun de 5 en il minutes ;

3° Si, au bout de 2 à 3 heures, l'expulsion n'a pas eu lieu, on fait prendre 60 à 100 grammes de sirop d'éther; on donne ensuite 50 à 60 grammes d'huile de ricin.

Cette méthode donne des résultats excellents; c'est celle que nous préférons.

Elle ne laisse pas cependant que d'être assez fatigante, et il convient de ne pas l'employer inutilement. Nous avons vu quelquefois des malades, sans doute prédisposés, présenter, après avoir suivi ce traitement, un état de neurasthénie assez accentué.

11 faut bien savoir aussi que l'extrait éthéré de fougère mâle est une substance toxique. Pour certains auteurs c'est à l'acide fîlicique que serait attribuable cette toxicité. On ne devrait jamais dépasser la dose de 5 à 10 grammes d'extrait éthéré (1). L'acide fîlicique étant soluble dans l'huile, on ne devrait pas non plus employer l'huile de ricin comme purgatif.

Extrait éthéré de fougère mâle Calomel

0 gr. 50

0 gr. 05

(1) Lapine, Semaine médicale, 1891, p. 237.

TENIAS 31 1

Ecorce de racine de grenadier. — L'écorce de racine de grenadier a été employée souvent en décoction; ce n'est pas une mauvaise préparation. Voici comment elle s'obtient :

Ecorce fraîche de racine de grenadier. . . 60 gr. Eau 750 gr. .

On réduit l'écorce en petits morceaux, on jette l'eau bouillante par-dessus, on laisse macérer pendant 24 heures, puis on réduit par évaporation le liquide à 500 grammes ; passer.

Soulier indique la préparation suivante :

Ecorce contusée 75 o-r.

Eau bouillante un verre

Réduire à feu doux de moitié, passer; sur le résidu, verser de nouveau un verre d'eau bouillante, réduire encore de moitié, passer et réunir les deux colatures.

Alcaloïdes tirés de V ecorce de grenadier. — Tanret en a extrait quatre alcaloïdes, qu'il a dénommés pelletienne a, (3, v? g. Bérenger-Féraud a démontré que les deux dernières n'ont pas de propriétés taenifuges. Les deux autres pelle tiérines peuvent être employées soit mélangées, soit isolément.

Voici, d'après Dujardin-Beaumetz, clans le service "duquel ces alcaloïdes ont été expérimentés (1), comiment il convient de les administrer. « La veille, faire iprendre un grand lavement, ne manger au repas du -soir que du laitage; le lendemain matin, à jeun, ^administrer 0 gr. 30 de sulfate de pelletiérine dans iune solution contenant 0,30 de tanin, donner dix minutes après un grand verre d'eau, puis, au bout

(1) De Rochemure, Th. de Paris, 1879.

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tle trois quarts d'heure, faire prendre le purgatif, 30 grammes d'eau-de-vie allemande (1); ou mieux 30 à 50 grammes d'huile de ricin, et, enfin, recommander au malade d'aller à la garde-robe dans un vase d'eau tiède. »

M. Bérenger-Féraud prépare comme purgatif l'infusion de séné. Quel que soit le purgatif évacuateur que l'on aura choisi, on le donnera trois quarts d'heure à une heure après la pelletiérine.

Kousso. — Ce sont les fleurs d'un arbre d'Abyssinie de la famille des rosacées.

La poudre de fleurs est donnée à la dose de 15 à 30 grammes délayée dans de l'eau bouillante. On laisse refroidir et on prend en une fois sans passer.

Cette infusion est d'une saveur repoussante ; elle provoque souvent des vomissements qui compromettent beaucoup le succès de la médication. Avec le kousso, Béranger-Féraud n'a obtenu que 12 succès pour 100.

Graines de courge. — Avec les graines de courge, il n'en a obtenu que 5 pour 100 ; malgré cette infériorité, il ne faut pas rejeter complètement ces graines, qui peuvent être utiles chez les enfants.

Chez les adultes, on donnera 60 grammes de graines de courge mondées, pilées et mélangées avec une quantité égale de sucre ou de confiture. On donnera 30 à -40 grammes d'huile de ricin une heure après.

On a conseillé de faire manger, pendant quinze jours, une poignée de graines épluchées et pilées

(1) Trente grammes d'eau-de-vie allemande, c'est là une dose élevée que, pour notre part, nous n'oserions conseiller d'employer; cependant M. Dujardin-Beaumetz pense que l'action du tanin d'une part et des alcaloïdes du grenadier d'autre part tend à diminuer beaucoup l'action de la teinture de jalap composée et à faire qu'il n'y ait pas hyperpurgation.

ASCARIDES LOMBRICOÏDES 313'

avec du sucre; on donne après ces huit jours une bonne dose d'huile de ricin. Un malade a rendu un taenia rebelle, tête comprise, après avoir pris pendant deux mois une pareille pâtée tous les matins (1).

Mousse de Corse. — C'est un mélange de planLes marines diverses : algues, varechs, coralline. Elle se donne à la dose de 5 à 20 grammes dans du lait bouillant.

On l'emploie aussi comme vermifuge. Voici un breuvage formulé par Bouchardat, qui conviendrai!, à un enfant de 2 ans :

Mousse de Corse sj „T- I

Jetez dessus :

Lait bouillant ; 100 "r

Passez et ajoutez :

Sucre

V prendre le matin à jeun.

Ascarides lombr ieoïdes.— On sait quel rôle leur attribuaient autrefois les médecins, et quelle place , importante ils donnaient en pathologie aux maladies vermineuses.

Le principal vermifuge est le semm-contra, et son,, alcaloïde, la santonine.

Le sem'en-contra est constitué par les sommités ' florales non épanouies de plusieurs espèces d'ar- ' moises du Levant.

La dose de semen-contra est I à 6 grammes dans ' du miel, delà confiture ou des cachets. La dose de santonine est de 5 à 20 centigrammes.

Il ne faut pas oublier que la santonine est une substance toxique, qui, à .la dose de 2W'tigr. a. pu/

(1> A. Dumas, Jour/iàl de ' thérapeutique, 1877 .

[\\ \ VKHS INTESTINAUX

produire des convulsions éclamptiques chez un enfant de cinq mois (Binz).

11 ne faulpas oublier encore que la santoninesVcumule dans l'organisme et que, comme elle ne doit pas être absorbée, il ne convient pas de la donner trop à jeun.

L'administration du semen-contra et de la santonine sera suivie de L'administration d'un purgatif, de préférence l'huile de ricin.

Oxyures vcrmiculaires. — Ces petits vershabilenl exclusivement la partie inférieure du rectum, et l'anus; quelquefois, chez les petites filles, ils se répandent dans le vagin. Les substances vermifuges prises par la bouche n'ont sur eux aucune espèce d'action.- On les traitera donc exclusivement par des moyens locaux.

Un des moyens les plus simplss, ce sont les lavements d'eau froide répétés plusieurs fois par jour. On peut aussi donner des lavements d'eau boriquée. Dujardin-Beaumetz vante particulièrement les lavements cle glycérine étendue d'une quantité égale d'eau.

Chez les enfants, souvent rebelles à l'usage du lavement, on peut employer l'onguent napolitain, dont on forme un petit suppositoire ou dont on peut enduire une mèche de coton ou de lin.

itfkyfostome dùodénal. - L'ankyloslome duodénal, découvert par Dubini, est très fréquent dans la hauté Italie et en Egypte. On lui aattribué la fameuse épidémie d'anémie des mineurs du Saint-Gotnard. C'est un ver de petite taille de 1 centimètre a i cent. 5, environ, qui habite surtout le duodénum; il attaque/ la muqueuse et en suce le sang: sa présence provoque donc en somme de petites et.mces-

ANKYL0ST0M1S DUODÉNAL, PROTOZOAIRES, ETC. 215

santés némorchagiës intestinales : de là un degné extrême d'anémie.

Ce ver vil dans l'eau des mares que boivent les terrassiers cl les briquetiers : de là l'indication pour ces ouvriers de la terre d'éviter ces marcs d'eau, de boire de l'eau bouillie ou filtrée, et de se laver soigneusement les. mains avant le repas. L'extrait éthéré de fougère mâle serait le meilleur agent thérapeutique contre ce redoutable parasite, qui a été vu en France par Perroncito chez les mineurs de Saint- Etienne ; par Lesage et Manouvriez chez ceux de Valenciennes, par Fabre et Dransart à Commentry.

Indépendamment de ces parasiLes d'une organisation relativement élevée, on trouve fréquemment, chez l'homme, surtout dans les selles diarrhéiques, un assez grand nombre de protozoaires, d'amibes et d'infusoires. Quelques-uns de ces animalcules paraissent être normalement les hôtes de notre gros intestin. Ils pullulent dans certains cas de diarrhée simple ou de diarrhée clysentériforme. Leur rôle dans la pathogénie de ces accidents est encore très incertain. Quelques auteurs ont vu des poussées de diarrhée coïncider avec l'apparition d'une notable quantité d'infusoires (1). Cesparasites disparaissaient au moment où la diarrhée cédait au régime et au traitement. Il est donc possible qu'il y ait entre les deux relation de cause à effet.

On a vu aussi assez souvent les amibes se rencontrer en nombre très grand dans les selles dysentériques; il n'est pas impossible toutefois que leur pullulation ne soit chose secondaire, la conséquence

(1) E. Roos, Uber Infusoriendiarrhx, in Arc/u f. Klin. meclic, p. 505, «893.

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