‹ Thérapeutique des maladies infectieuses antisepsie; cours de pathologie générale professé a la Faculté de médecine de Paris pendant l'année 1887-1888Chapitre 114 sur 151 · INDIGESTION, AUTO-INTOXICATION PUTRIDE · texte numérisé non relu

INDIGESTION, AUTO-INTOXICATION PUTRIDE

lent, putréfiant les albiiminoïdes, et donnant lieu à la production de gaz fétides, hydrogène sulfuré, acides gras volatils, alcaloïdes putrides. Alors éclatent les acidents toxiques résultant de l'absorption de tous ces corps, et tout cela découle d'un simple trouble passager de la fonction de restomac.

Tous les hommes, il est vrai, ne ressentent pas au même degré les conséquences de ce truuble, il y a des estomacs robustes qui digèrent les viandes les plus putrides et des systèmes nerveux indilTérents qui ne sont pas impressionnés par les poisons en circulation dans le sang. Tandis que Tun n'aura que peu de vertige, l'autre des vomissements et de la diarrhée, un troisième reproduira tout le tableau de l'empoisonnement le plus grave parles substances putrides : petitesse du pouls, refroidissement de la peau, paralysies oculaires, amaurose, strabisme, ptosis, troubles de la respiration et de la circulation, syncopes, lipothymies. C'est que, sans doute, les premiers ont pu réagir et qu'à l'arrêt passager de la sécrétion du suc gastrique a succédé prompteinent une sécrétion plus active qui a arrêté la pullulation des microbes et terminé la digestion naturelle.

Si ces phénomènes se passent une fois par hasard chez une personne dont l'estomac est d'ordinaire normal, ils surviennent nécessairement avec plus de fréquence et d'intensité chez celles dont l'estomac est déjà débile ou détérioré, atteintes de dyspepsie et de dilatation de l'estomac. On les observe comme incidents au cours de maladies plus graves, l'ulcère ou le cancer. Tel dyspeptique, qui digère à peu près correctement une petite quantité d'aliments, voit surgir de temps en temps de grands accidents toxiques, parce qu'il aura ingéré une quantité supérieure ou même seulement égale à celle que digère facilement un homme sain. On attribue souvent ces accidents à l'ingestion do viandes gâtées, cela n'est pas toujours vrai, et la viande qu'on avait mangée saine ne s'est putréfiée que dans l'estomac par insuffisance de suc gastrique. Les accidents commencent par une sensation de chaleur au creux de l'estomac, des éructations acides, aigres, du pyrosis, puis apparaissent les phénomènes généraux : céphalée, obtusion des sens, délire,

convulsions; enfin la mort termine parfois toute celle série de symptômes que Senator a décrite sous le nom de coma dyspeptique.

Dans certaines observations cliniques on a eu la preuve de la nature toxique do ces accidents, puisqu'on a recueilli du poison aux émonctoires. Senator a trouvé dans les urines de l'hydrogène sulfuré; d'autres, de l'indican; d'autres, de l'acide phénique en excès.

Est-ce à dire toutefois que tous les accidents des mauvaises digestions soient vraiment de nature toxique? Non, sans doute, il y a une part à faire aux actes réflexes. Je ne suis pas eiï' état de vous dire ce qui revient à l'intoxication et ce qui dépend des réflexes : le vertige est, je crois, un réflexe. J'ai eu occasion de voir un malade atteint de dilatation de Testomac qui était sujet aux sensations vertigineuses. Il était à jeun; je lui fais avaler un tiers de verre d'eau pure, son vertige commence aussitôt. Ici il s'agit incontestablement d'un réflexe, mais pour beaucoup d'autres phénomènes il s'agit bien d'intoxication, puisqu'on peut les faire disparaître en pratiquant le lavage de l'estomac qui entraîne les matières toxiques, ou pbis simplement en faisant ingérer avec les aliments des substances antiseptiques.

Des putréfactions anomales peuvent s^accomplir en un point du tube digestif et leurs produits toxiques se transporter ailleurs. En cas d'obstruction intestinale, il s'opère un reflux de matières putrides dans l'estomac qui se distend; en pareil cas, Senator et Chantemesse ont pu faire cesser des accidents généraux efl'royables en pratiquant le lavage de l'estomac.

J'ai vu une dyspeptique qui souff'rait presque continuellement de céphalée atroce; elle était réveillée par le mal de tète qui ne lui laissait pas un moment de répit; seul le lavage de l'estomac faisait disparaître cette céphalée.

Mais il ne suffit pas d'évacuer le contenu de l'estomac ; il ne faut pas toujours l'évacuer; il faut surtout le désinfecter. Chez des malades ayant des ulcérations cancéreuses, chez d'anciens^ dyspeptiques ayant des ulcérations ponctuées sur la grande

Page 1