‹ Thérapeutique des maladies infectieuses antisepsie; cours de pathologie générale professé a la Faculté de médecine de Paris pendant l'année 1887-1888Chapitre 141 sur 151 · PULVÉRISATIONS, INHALATIONS DE CRÉOSOTE · texte numérisé non relu

PULVÉRISATIONS, INHALATIONS DE CRÉOSOTE

M. Gimbert a fait sienne cette méthode de l'adnainistration sons-cutanée de la créosote. Il se sert de la solution huileuse au quinzième et introduit, de préférence sous la peau du thorax, par une seule piqûre, de dix à trente centimètres cubes de cette solution. Cette injection, qui se fait sans secousse et avec une extrême lenteur à l'aide d'un appareil à pression d'air, est fort peu douloureuse et ne provoque pas d'accidents.

M. Tapret aura attaché son nom à la méthode de pulvérisation continue. Ses malades vivent jour et nuit dans une atmosphère chargée de créosote, grâce à la pulvérisation incessante d'une solution de créosote à 20 p. 1000 dans de Teau alcoolisée fortement. Je pense que les principaux effets sont dus dans ce cas à l'absorption du médicament par la surface pulmonaire, à une action thérapeutique générale, et accessoirement à une action locale.

Il observe d'abord une recrudescence de la toux avec exagération de la sécrétion bronchique, puis les signes locaux se modifient, l'expectoration diminue, la toux se calme, l'amaigrissement s'arrête, le malade regagne de son poids en même temps que la fièvre s'éteint.

M. Gimbert a fait aussi vivre ses malades dans une atmosphère créosotée. Il fait évaporer lentement pendant toute la nuit dans la chambre du malade environ 30 grammes de créosote pure. L'air reste sec, tandis qu'il est saturé d'humidité dans la méthode de M. Tapret. La toux du début est encore plus fatigante que pour les malades de M. Tapret, mais la sécrétion bronchique est moins augmentée, les modifications de l'état général sont également favorables.

J'ai obtenu des résultats analogues par l'administration de la créosote à l'intérieur. Au bout de 8 à 15 jours, l'expectoration diminue, puis la toux devient moins fréquente et moins pénible, l'appétit renaît, la fièvre est moins forte, les forces reviennent, les sueurs nocturnes se suppriment. L'amaigrissement cesse, et bientôt le poids augmente. Enfin les signes locaux s'amendent, les râles buUaires deviennent moins abondants, la matité, le souffle d'induration s'atténuent cl disparaissent.

J"ai vu des malades récupérer 32 kilogrammes; nombre de fois j'ai constaté des augmentations de 15 et 20 kilogrammes.

Voici les résultats que j'ai obtenus personnellement. Parmi les tuberculeux atteints au 1*^'" et au 2° degré, chez 20 p. 100 j'ai constaté la disparition des phénomènes généraux et locaux; c'étaient des guérisons apparentes; chez plusieurs ultérieurement la phthisie pulmonaire a reparu, chez un j'ai vu survenir le mal de Pott. J'ai vu des améliorations dans 35 p. 100 des cas; en somme 55 p. 100 des malades ont tiré bénéfice de ce traitement.

M. Tapret, avec la méthode mixte du traitement interne et des pulvérisations, a eu 20 p. 100 de guérisons apparentes, 55 p. 100 d'améliorations, en somme bénéfice pour 75 p. 100 des malades.

M. Gimbert, à Cannes, a eu encore des résultats supérieurs, mais dans des conditions d'hygiène et de climat spéciales.

En Allemagne, Sommerbrodt, qui a traité pendant 9 ans 5000 phthisiques par la créosote, déclare que, s'il éprouvait autrefois un profond découragement en présence de ces malades, il a repris maintenant la confiance et l'espoir.

Les résultats avantageux que depuis quelques années on a obtenus dans le traitement de la phthisie ne sont pas seulement dus à l'antisepsie. Je crois l'antisepsie utile et je considère la créosote comme le moins mauvais des antiseptiques dans la tuberculose; mais j'ai la conviction que, si on se privait des ressources de l'hygiène dans le traitement de la tuberculose, on n'obtiendrait que de très minces résultats. Ce qui doit primer tout, c'est donc l'hygiène; mais, en associant l'hygiène et fantisepsie, on obtient le maximum des bénéfices.

Je veux répéter que dans la phthisie l'homme malade est capable de se guérir lui-même, mais que le médecin peut lui venir en aide en lui enseignant l'hygiène spéciale du phthisique.

En première ligue, on doit placer l'hygiène alimentaire.

L'alimentation doit être abondante, de bonne qualité, bien élaborée, c'est-à-dire bien digérée, afin de pouvoir être bien

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assimilée; en portant au maxinium l'activité de la nutrition, on permet à l'homme de résister plus énergiquement au microbe. M. Debove a rendu un éminent service en démontrant que beaucoup de phthisiques cessent de manger à cause d'un état nerveux qui les porte à repousser les aliments, alors que leur estomac et leur intestin sont demeurés parfaitement capables de digérer, alors que les cellules de tout le corps sont capables de bien assimilei-. Si le dégoût empêche le malade de recevoir les aliments, on les introduit artificiellement dans l'estomac, évitant par un habile détour l'intervention intempestive du système nerveux. La suralimentation par la sonde œsophagienne est l'indication dominante chez certains phthisiques atteints de cette anorexie. Mais chez la plupart des malades le gavage n'est pas nécessaire; car ils ont conservé l'appétit, ou bien on peut faire leur éducation au point de vue de la manière dont les aliments doivent être pris pour être tolérés. Pour ceux-là la sonde est inutile. Mais il faut bien choisir la nature de leurs aliments. La viande doit arriver en première ligne. Il faut que les tuberculeux deviennent semblables aux carnivores, qui sont, plus que les herbivores, réfractaires à la tuberculisation. On doit encore recommander les œufs, le poisson, certains végétaux contenant de l'azote, des légumineuses, des céréales. La graisse est très utile, mais je ne la place pas au premier rang; encore faut-il que les malades puissent la digérer. A défaut de graisse, on tirera bénéfice de la glycérine à la dose de 50 grammes par jour. Chez beaucoup de phthisiques qui ont accepté cet aliment, le poids fléchit dès qu'il est supprimé.

Mais, pour digérer tous ces aliments, il faut un estomac en bon état. Malheureusement l'estomac est très souvent défectueux; la dilatation de Testomac existe chez 75 à 80 p. 100 des phthisiques et je la considère, vous le savez, comme la plus fréquente des causes pathologiques qui prédisposent à la phthisie. Il convient donc d'imposer aux phthisiques le régime que j'ai formulé pour les dilatés.

On ne doit négliger aucun des moyens hygiéniques capables

(l'éveiller Tappétit, d'activer la digestion, de rendre la nutrition plus intense. On aura reconrs à tous les stimulants du système nerveux dans ses expansions cutanées et sensorielles comme dans ses parties centrales.

La satisfaction morale, l'absence de soucis, une compagnie et des conversations agréables, la distraction des voyages, la radiation lumineuse ont pour elîet d'entretenir dans chaque cellule une élaboration meilleure de la matière.

Les stimulations nerveuses périphériques les plus utiles sont les frictions sèches de la peau avec le gant de crin faites matin et soir; les frictions spiritueuses, aromatiques sont également utiles.

L'hydrothérapie a été employée avec succès par certains phthisiologues.

Le massage est utile.

Plus utile encore est l'exercice réglé, proportionné, bien entendu, à l'état des poumons et du cœur; il doit toujours être modéré. La promenade au grand air est le meilleur exercice; mais il faut choisir des chemins plus ou moins inclinés suivant l'état momentané des fonctions et des forces : à tel jour, la marche légèrement ascensionnelle pourra être permise; à tel autre, on n'autorisera que la promenade sur un terrain plat. Ce sont des détails qui ont leur importance; l'attention du médecin et du malade doit être dirigée sur eux. Agir, mais ne se fatiguer jamais, telle doit être la règle du phthisique. Le surmenage est pernicieux, mais c'est exagérer en sens inverse que d'imposer à ces malades un repos trop rigoureux.

Ce qu'il faut par-dessus tout, c'est la vie au grand air, qui active les fonctions digestives et augmente l'appétit. Quand je dis que le phthisique doit vivre au grand air, c'est au pied de la lettre; l'aération doit être absolue pour lui, la nuit comme le jour. Il ne s'agit pas seulement dans le jour de se promener sur le trottoir ou de mettre le nez à la fenêtre. Mais, si on veut vivre au grand air, il faut choisir, pour l'hiver, un climat dont les intempéries n'imposent pas trop souvent le séjour à la maison. Les fenêtres doivent être laissées ouvertes môme la nuit,

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