‹ Thérapeutique des maladies infectieuses antisepsie; cours de pathologie générale professé a la Faculté de médecine de Paris pendant l'année 1887-1888Chapitre 2 sur 151 · POURQUOI UNE MALADIE EST CHRONIQUE · texte numérisé non relu

POURQUOI UNE MALADIE EST CHRONIQUE

cautérisé; vous verrez se produire, en un mot, une véritable réaction, qui aboutit à l'élimination de la partie mortifiée et linalement à la cicatrisation.

Ces réactions générales ou locales ne sont pas nécessairement salutaires.

Si une syncope provoquée par une hémorrhagie a ses avantages, on ne discerne pas Tutilité de la syncope ou de l'accès éclamptique provoqués par des vers intestinaux. Il n'en est pas moins vrai que, dans les maladies, on peut souvent soupçonner l'ébauche ou voir clairement la manifestation évidente de réflexes coordonnés, synergiques, ou de réactions locales qui, suivant la formule usitée lorsque la doctrine des causes finales jouissait d'un plus grand crédit, ont pour but de ramener Tétat normal ou, comme nous disons aujourd'hui, ont pour effet de rétablir la santé.

S'il y a des maladies dans lesquelles l'effort réactionnel a pour résultat de ramener l'état de santé, il y en a d'autres dans lesquelles ces phénomènes de réaction sont insuffisants, et même nuisibles. La mort termine ces maladies.

Mais il y a aussi des cas où la maladie ne semble procéder ni vers la guérison, ni vers la mort; ces cas constituent ce que nous appelons les maladies chroniques.

Pourquoi une maladie est-elle chronique?

On pourrait dire qu'elle est chronique, parce que la cause qui a amené la perturbation ne trouve pas un eff"ort réactionnel suffisant, parce que, la réaction vitale ne s'efl^ectuant pas, le désordre n'est pas réparé et survit à la cause.

Il n'en est rien; la maladie devient chronique quand la cause en reste permanente et quand, malgré les luttes incessantes de l'économie pour rentrer dans l'état normal, celle-ci s'épuise en efforts stériles et insuffisants contre une cause persistante.

Car s'il y a des causes morbifiques passagères, comme le coup de soleil, qui disparaissent immédiatement laissant l'organisme travailler librement à sa réparation, et c'est le cas des maladies aiguës, il y a aussi des causes permanentes : ce sont elles qui font les maladies chroniques.

4 DOGTRhNES MICROBIENNES ET MALADIES INFECTIEUSES

La cause permanente qui maintient l'organisme en état de maladie chronique, peut être le reliquat définitif d'une maladie aiguë relativement guérie; ce peut être, par exemple, une lésion valvulaire du cœur, une sténose pylorique; malgré tous les efforts que feront les divers organes pour compenser cette lésion irrémédiable, la maladie persistera.

Prenez un autre exemple, le diabète, si vous le voulez; voilà, certes, une maladie diathésique, c'est à-dire causée par une viciation permanente de la nutrition; les cellules ne consomment pas suffisamment de sucre dans un temps donné. Le sucre, qui continue à être fabriqué en quantité normale, s'accumule dans l'économie, d'où résultent l'hyperglycémie et la glycosurie. Ne croyez pas que l'économie ne réagisse pas; elle tend à se débarrasser de cet excès de matières sucrées; elle cherche à les éliminer par les urines, — et, sans cela, le malade succomberait en quelques heures à des phénomènes toxiques, — mais cet effort curateur est insuffisant, et la maladie, parce qu'elle est due à un trouble dynamique permanent, persiste, devient chronique.

Outre les causes que je viens d'énumérer, il y en a d'autres qui font que la maladie ne procède pas vers la guérison; les agents animés sont aussi, parfois, une cause permanente qui explique la chronicité de la maladie.

Parmi ces organismes inférieurs, les uns n'ont qu'une existence éphémère et ne déterminent jamais qu'une maladie aiguë; mais les autres persistent dans l'organisme, ils s'y perpétuent ou s'y reproduisent; ils y persistent comme espèce, sinon comme individus.

Ils continuent à vivre en nous parce que nous renouvelons incessamment la matière nutritive qui leur est nécessaire, ou parce que nous détruisons ou éliminons certaines matières qu'ils sécrètent et dont l'accumulation pourrait nuire à leur développement. Pour une raison ou pour une autre, ils persistent et la maladie infectieuse qu'ils provoquent est chronique.

Est-il nécessaire de se dépenser en nouveaux efforts pour

TRIOMPHE RAPIDE DE LA DOCTRINE PASTORIENNE o

démontrer la réalité de cette conception pathogénique des maladies infectieuses? Je ne le crois pas.

Vous appartenez tous à cette génération heureuse qui pourra se glorifier d'avoir vu les débuts de la doctrine, d'avoir été témoin de ses luttes, d'avoir assisté à son triomphe définitif.

Peut-être quelques-uns ont-ils trouvé que les résistances avaient été trop opiniâtres, les conversions trop rétives; il faut être plus équitable!

Peu de grandes découvertes ont eu une telle fortune. Harvey avait découvert la circulation du sang en 1619, et, en 1700, l'Académie des sciences écoutait encore les dissertations de Méry sur le trou ovale où se trouve une critique de l'œuvre du grand physiologiste. Je n'irai pas, pour cela, accuser l'Académie d'être rétrograde ni protester contre l'honneur qu'on a fait récemment à ^léry en rééditant ses œuvres. La postérité rendra justice à notre époque et admirera que la révolution accomplie en médecine par l'œuvre do M. Pasteur ait pu se faire accepter universellement en si peu d'années.

Cette découverte a-t-elle quelques corollaires thérapeutiques? Plusieurs l'ont espéré, beaucoup l'ont nié, quelquesuns sont restés fidèles à leurs espérances.

Pour la chirurgie du moins, nul doute; si l'état lamentable où nous l'avons vue, il y a peu d'années, a fait place à une période si brillante, c'est qu'elle a su appliquer à son profit les doctrines pathogéniques nouvelles. C'est d'abord, il est vrai, de la prophylaxie que la chirurgie a faite en mettant si bien ses opérés à l'abri des germes que toute mort opératoire est imputable au chirurgien. Mais la chirurgie et la médecine s'attaquent aussi aux infections réalisées.

Rappellerai-je les progrès faits dans la thérapeutique des teignes depuis que Bazin a montré la nécessité d'enlever par l'épilation l'agent parasitaire avec le cheveu qu'il a infecté? — Parlerai-je de la transformation accomplie dans le traitement du lupus? Le temps n'est pas si éloigné où cette maladie était réputée incurable; le malheureux qui en était atteint traînait xlepuis l'enfance une vie misérable, objet de dégoût pour les

autres et pour lui-même, hideusement défiguré, jusqu'au jour où la phtisie venait mettre un terme à sou long supplice. Aujourd'hui on sait faire la thérapeutique locale du lupus, on agit par les scarifications, le curage, les applications locales de substances antiseptiques; on détruit sur place le germe morbifique, on l'empêche de se généraliser, on prévient les récidives qui suivaient toujours de si près autrefois d'apparentes guérisons.

Songez à ce qui est arrivé pour les abcès. Chassaignac, avant même de connaître et de comprendre ce qui cause et entretient les abcès, mais avec cette divination qui caractérise les hommes de génie, enseigne que, par le drainage, par un ensemble de mesures ingénieuses, on peut, en empêchant la stagnation du pus. prévenir les fermentations secondaires qui s'accomplissent dans les cavités suppurantes et qui aboutissent à l'intoxication ou à l'infection de tout l'organisme.

Nous savons aujourd'hui guérir les abcès froids, les gommes tuberculeuses. On ne peut se rappeler sans étonnement la dépense inutile et considérable de médicaments qu'on faisait jadis pour essayer de guérir ces maladies locales par des traitements généraux: que d'iodures. d'huile de foie de morue, d'amers et de ttmiques on faisait, sans succès, absorber aux malades, alors qu'aujourd'hui on fait avec tant de bonheur l'incision et le curage de ces abcès, ainsi que la destruction ou l'ablation des ganglions tuberculeux.

Ce qui se faisait pour les abcès froids se fait également pour les tuberculoses ganglionnaires: on pratique l'ablation de ces ganglions ou l'on détruit })ar des injections interstitielles l'agent infectieux.

Il en est de même pour la tuberculose osseuse: la rugination, l'évidement des os, les pansements antiseptiques à l'iodoforme produisent le plus souvent une gaérison rapide, qu'on peut opposer à ces suppurations intarissables qui se terminaient souvent jadis par une tuberculose généralisée.

Ces progrès ne vous paraissent peut-être pas aussi surprenants qu'ils le sont en réalité, parce qu'ils se sont accomplis

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