‹ Thérapeutique des maladies infectieuses antisepsie; cours de pathologie générale professé a la Faculté de médecine de Paris pendant l'année 1887-1888Chapitre 42 sur 151 · ÉPUISEMENT DU MILIEU ET MATIÈRE EMPECHANTE · texte numérisé non relu

ÉPUISEMENT DU MILIEU ET MATIÈRE EMPECHANTE

tube A, au maximum dans le tube G. La pyocyanine n'apparaît dans aucun tube.

Les résultats de cette expérience peuvent être revendiqués également par les partisans des deux opinions; car on peut dire que le tube G où la végétation était la plus active était celui qui contenait le plus de matière nutritive ; mais on peut dire aussi que c'est celui où la culture se trouvait le plus diluée et dans lequel la matière empêchante supposée était au minimum de concentration.

Dans une seconde série d'expériences, je suppose que la végétation a cessé par épuisement de la matière nutritive, que ma culture stérile n'a, au point de vue nutritif, pas plus de valeur que l'eau distillée. Je la remplace par de l'eau distillée.

Série IL

Un tube A' renferme 3 parties d'eau distillée et 1 partie de bouillon neuf.

Un tube B' renferme 2 parties d'eau distillée et 2 parties de bouillon neuf.

Un tube G' renferme 1 partie d'eau distillée et 3 parties de bouillon neuf.

Les trois tubes sont ensemencés comme ceux de la première série. Le développement s'effectue dans les trois tubes, au minimum dans le tube A', au maximum dans le tube G'. Il y a de la pyocyanine dans les trois tubes.

La seule différence entre les cultures des deux séries, c'est que celles de la première n'ont pas donné de pyocyanine, tandis que celles de la seconde en contiennent toutes. Or chacun des tubes de la première série contient au moins autant de matière nutritive que les tubes correspondants de la seconde série. Si donc la pyocyanine n'y a pas été sécrétée, ce n'est pas parce qu'il manque dans ces tubes quelque chose qui serait dans les tubes de la seconde série. La pyocyanine ne s'y est pas développée parce qu'il y a dans ces tubes quelque chose qui n'existe pas dans les tubes de la seconde série, il y a ce que les microbes ont déposé dans la culture qu'ils ont stérilisée. C'est la pré-

BOUCIIARD. Maladies infectieuses. 8

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sence d'une matière empêchante qui, dans la première série d'expériences, s'est opposée à la manifestation de la fonction cliromogène du microbe.

Supposons maintenant que, dans les tubes delà première série, l'arrêt de la végétation ait résulté, non de l'épuisement, mais de l'accumulation d'une matière empêchante ; dans une troisième série d'expériences, je vais vérifier cette hypothèse en diluant cette matière empêchante sans ajouter de matière nutritive.

Série III.

Un tube A" renferme 3 parties de culture stérile et 1 partie d'eau distillée.

Un tube B" renferme 2 parties de culture stérile et 2 parties d'eau distillée.

Un tube C" renferme 1 partie de culture stérile et 3 parties d'eau distillée.

Les trois tubes sont ensemencés comme ceux des deux premières séries. Le développement s'effectue dans les trois tubes, mais très faible, à peu près égal dans les tubes A" et B", presque nul dans le tube C". Il n'y a depyocyanine dans aucun tube.

Le seul fait du développement de la végétation à la suite d'addition d'eau à la culture stérile prouve que cette culture était stérile, en partie au moins, par le fait d'une matière empêchante. Le développement dans le tube G" prouve que, dans la culture stérile, il restait encore au moins trois fois plus de matière nutritive qu'il n'en fallait pour entretenir des traces de végétation. Mais, ce tube C" ayant la plus faible végétation quoique la matière empêchante y soit à son plus faible degré de dilution, il faut conclure que l'épuisement relatif joue aussi un rôle dans l'arrêt de la culture. La preuve, c'est que la végétation est la même dans les tubes A" et B". Le tube A" renferme cependant plus de matière empêchante; mais il contient aussi plus de matière nutritive.

La conclusion de ces expériences, c'est que la vie du microbe pyocyanique altère son milieu de culture de deux façons, en diminuant la quantité de matière nutritive et en ajoutant une

ÉPUISEMENT DU MILIEU ET MATIÈRE EMPÊCHANTE llo

matière nuisible à son développement; que l'arrêt de la végétation est dû à l'action combinée de ces deux causes; que la suppression de la fonction chromogène est due surtout à la matière empêchante.

Je vous rappelle une autre expérience que je vous ai déjà citée et dans laquelle, une culture stérile de bacille pyocyanique ayant été portée à l'étuve à 115°, je vis se produire un précipité floconneux d'apparence albuminoïde. Cette culture ayant été ensemencée ensuite n'était plus stérile. La chaleur et la précipitation de cette matière n'avaient pas introduit de substance nutritive; et puisque la vie redevenait possible, c'est qu'elle était entravée auparavant par une matière empêchante que la chaleur a moditiée. Cette matière d'apparence albimiinoïde qui s'est précipitée était peut-être la matière empêchante ou l'une des matières empêchantes.

Dans cet ordre d'idées, je dois vous signaler encore une expérience de MM. Roux et Chamberland relatée dans l'important travail dont je vous ai donné récemment l'analyse. Ces expérimentateurs ajoutent à du bouillon pur un peu de culture lîltrée rendue stérile par la vie du vibrion septique. Ce mélange est pour le microbe un milieu moins favorable que le bouillon pur. Je ne pense pas qu'on puisse conclure rigoureusement que cette détérioration du bouillon soit due à l'adjonction d'une matière empêchante; elle pourrait résulter de la dilution plus grande de la matière nutritive et peut-être l'eau distillée auraitelle produit le même résultat que la culture stérile.

Comme pour la stérilisation des cultures inertes, on a voulu expliquer la terminaison des maladies infectieuses et l'immunité qu'elles confèrent, par l'épuisement de quelque matière nécessaire au microbe dont l'organisme animal aurait été spolié par lui, ou par l'accumulation dans cet organisme animal de quelque substance nuisible au microbe et fabriquée par lui. On n'est pas sorti de ce dilemme. Comme si l'organisme ne réparait pas incessamment les pertes qu'il subit; comme s'il ne détruisait pas ou n'éliminait pas incessamment les matières qui le contaminent!

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