‹ Thérapeutique des maladies infectieuses antisepsie; cours de pathologie générale professé a la Faculté de médecine de Paris pendant l'année 1887-1888Chapitre 76 sur 151 · UTILISATION DES POISONS MICROBIENS EN THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

UTILISATION DES POISONS MICROBIENS EN THÉRAPEUTIQUE

la mararia. Nous avons eu récemment Tacitle salicylique, qui est aussi un spécifique. Si en /i8 heures ce médicament lait cesser les fluxions articulaires rhumatismales, c'est bien certainement par une action spécifique. Pourquoi, disais-je, ne trouverait-on pas encore d'autres agents thérapeutiques spécifiques, dùt-on les demander à la chimie des microbes euxmêmes?

En effet, qui nous défend de penser qu'on pourra récolter un jour le poison soluble sécrété par les microbes pathogènes de la fièvre typhoïde en quantité suffisante pour l'administrer à l'homme atteint de fièvre typhoïde? Ne pourra-t-on pas cultiver industriellement en quelque sorte les agents infectieux? Nous avons bien réussi à éduquer, à domestiquer d'autres microbes pour nos besoins : ne sont-ce pas des microbes qui fabriquent les quelques cent millions d'hectolitres d'alcool que nous consommons? Pourquoi n'obligerions-nous pas un jour les microbes pathogènes à fabriquer pour nos besoins thérapeutiques leurs poisons, destinés à devenir des médicaments? C'est là une espérance que je ne crois pas déraisonnable; la chimie saura peut-être aussi fabriquer par synthèse les mêmes poisons que les microbes pathogènes, mais je ne serais pas surpris que la thérapeutique de l'avenir tirât parti des microbes eux-mêmes pour la fabrication de ces médicaments.

Jusqu'à ce jour nous n'avons pas encore à notre disposition ces substances chimiques morbifiques et vaccinantes, sinon pour quelques rares maladies et dans les laboratoires. Mais nous avons les antiseptiques. Si ces agents sont moins puissants en général que les poisons microbiens, ils ne sont pas à dédaigner; ils ne tueront pas les microbes à doses inoffensives pour l'homme, mais ils peuvent les impressionner assez énergiquement pour (jue l'organisme n'ait en face de lui que des ennemis affaiblis; dans ce cas il réussit toujours à les détruire lui-même.

Comment pouvons-nous impressionner assez les microbes? J'ai montré déjà surabondamment que c'est en modérant leur pullulation, en supprimant ou en amoindrissant leurs fonctions. Cela, nous pouvons le faire grâce aux antiseptiques. C'est ce

côté (le la question que j'aborde maintenant. Vous verrez que nous sommes désormais en mesure de démontrer expérimentalement l'action thérapeutique des antiseptiques.

Mais d'abord que faut-il entendre par antiseptiques? Ce sont des agents qui impressionnent la vie, la multiplication, le fonctionnement des microbes en agissant directement sur eux, et non indirectement par modification de l'organisme. C'est la seule définition que je puisse donner des antiseptiques. Il faut encore ajouter que cette action directe sur le microbe doit être obtenue à des doses qui ne soient pas nuisibles à l'homme.

Pour juger de la valeur d'un antiseptique, il ne suffit pas, en effet, d'établir qu'il rend moins dangereuse et moins longue une maladie infectieuse; il faut prouver qu'il agit sur la culture du microbe in vitro à dose inoffensive pour l'homme : en dehors de cette condition, il peut être industriel, mais il n'est pas médical. Il n'est pas nécessaire que, dans ces essais de culture, l'antiseptique tue le microbe, il suffit qu'il diminue ou retarde sa pullulation.

En étudiant les antiseptiques d'après cette méthode, on reconnaît qu'il n'y a pas des antiseptiques d'une façon générale agissant sur l'ensemble des microbes, mais que telle substance est antiseptique pour telle maladie, c'est-à-dire agit puissamment sur tel microbe.

DIX-NEUYIÈME LEÇON

(22 mai 1888.)

PRIA'CIPES GÉXÉRAL'X QLI SERVEXT DE BASE A LA PRATIQUE DE L*A\TISEPSIE

Définition des antiseptiques. — Distinctions entre l'antisepsie du médecin et celle du chirurgien, entre l'antisepsie générale et l'antisepsie locale.

Antisepsie par les agents physiques : Chaleur. Guèrison du chancre simple par le chaufTage (Aubert). ElTet quelquefois utile de la fièvre.

Évacuation mécanique des microbes hors du corps. Lavements, purgatifs et vomitifs. — Irrigations des cavités séreuses et splanchniques. Action antiseptique de l'épilation dans l'antiquité et dans l'Orient moderne. L'antisepsie dans les prescriptions sacerdotales.

Règles générales de l'antisepsie chirurgicale. Rareté des attouchements. — Purification des mains, des objets de pansement. — Inconvénients de la charpie. — Discussion de la valeur du spray. — L'antisepsie parles pansements rares, le pansement par occlusion, le pansement ouaté. — Règles générales relatives à l'antisepsie des réservoirs. Antisepsie intestinale préopératoire dans la chirurgie abdominale et avant l'accouchement. — Eau aseptique et eau antiseptique. — Drainage et sutures aseptiques.

J'ai défini les agents antiseptiques en disant que ce nom est applicable à tout ce qui impressionne directement la vie, ou la multiplication, ou le fonctionnement d'un microbe, à dose inoffensive pour l'homme. C'est une définition purement médicale^ qui n'est pas acceptable pour l'industrie et qui ne sera pas acceptée pour la chirurgie.

Le chirurgien, n'agissant que sur des surfaces restreintes, peut sacrifier certains parties du corps attaquées par les agents infectieux; il n'est pas tenu aux mêmes ménagements que le médecin. Lorsqu'une ulcération chancreuse creuse un tissu, on peut détruire par le feu l'agent pathogène; et, si du même

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coup on détruit une portion du tissu malade, le dommage n'est pas grand.

Mais, quand on se propose de faire de l'antisepsie générale, on est obligé de faire arriver par la voie sanguine la substance antiseptique au contact des agents infectieux, et, pour atteindre ceux-ci, il est inévitable d'imprégner de l'antiseptique les cellules de tout l'organisme, y compris celles dont le fonctionnement est à la fois le plus important et le plus délicat, les celhdes nerveuses ; notre action sur le microbe se ti'ouve alors toujours limitée par la crainte que nous avons de nuire aux cellules nerveuses.

L'antisepsie générale est donc plus difficile, parce qu'elle est plus dangereuse, et elle est par suite plus restreinte que l'antisepsie locale et que l'antisepsie chirurgicale. Un excellent antiseptique chirurgical pourra être médiocre ou nul pour l'antisepsie générale, — je ne dis pas pour l'antisepsie médicale, car le médecin fait aussi de l'antisepsie locale. Comme le chirurgien désinfecte une plaie, un abcès, une articulation, le médecin sait désinfecter les séreuses, le tube digestif. Dans ces cas, il peut avoir recours à des substances antiseptiques énergiques, à la condition qu'elles ne soient pas absorbées.

D'ailleurs un antiseptique n'est pas nécessairement une substance. Certains états physiques des corps peuvent réaliser l'antisepsie; la chaleur par exemple. La chaleur au rouge blanc est utilisée par la chirurgie. Entre /i2° et/iS", elle sera peut-être utilisée par la médecine, puisque l'économie peut tolérer ces températures pendant quelque temps, tandis que certains agents infectieux ne les supportent pas.

La médecine à déjà réalisé cette indication par l'emploi de la chaleur à 39° et ZiO°. M. Aubert, qui a étudié les varialions de la virulence du chancre simple, a constaté que cette virulence est entravée au-dessus de 38", qu'elle cesse à 39" et qu'elle peut être définitivement détruite par une température de ZiO". Ces effets, il les a obtenus par l'application de cataplasmes, et par l'emploi de bains locaux très chauds et assez prolongés.

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