‹ Thérapeutique des maladies infectieuses antisepsie; cours de pathologie générale professé a la Faculté de médecine de Paris pendant l'année 1887-1888Chapitre 83 sur 151 · DIURÈSE POUR ÉLIMINER LES POISONS MORBIDES · texte numérisé non relu

DIURÈSE POUR ÉLIMINER LES POISONS MORBIDES

j'ai montré que les urines des cholériques étaient douées d'une toxicité spéciale, puisqu'elles reproduisaient chez des animaux incapables de contracter l'infection cholérique quelques-uns des symptômes caractéristiques du choléra; cette toxicité était bien l'effet d'un poison morbide et non celui des poisons naturels de réconomie, le rein élimine donc ce poison morbide.

Je vous ai montré récemmeut que, si Ton injecte à un animal les urines filtrées de lapins atteints de la maladie pyocyanique, on détermine chez lui des phénomènes morbides semblables à ceux que provoque Tinjection des poisons sécrétés in vitro par le bacille pyocyanique. Les urines qui éliminent tant de poisons sont donc une voie par laquelle s'échappent aussi les poisons morbides. Il y a donc lieu de solliciter l'activité sécrétoire du rein pour lutter contre les accidents toxiques des maladies infectieuses.

Tout cela, c'est de la prophylaxie et de la thérapeutique, et c'est de l'antisepsie indirecte. Mais il ne faut pas oublier qu'il y a place dans la thérapeutique générale des maladies infectieuses pour une thérapeutique physiologique qui vise non pas le microbe, mais l'organisme. On doit se proposer de rendre l'homme bien portant pour le rendre moins facile à infecter. L'homme sain est difficilement envahi et lésé par les agents infectieux. Tout ce qui active sa nutrition contribue à le rendre réfractaire.

Pour ne parler que des infections chirurgicales que j'ai plus particulièrement visées dans la dernière leçon, après les grands traumatismes et les grandes opérations, il faut redouter la secousse nerveuse, le choc, qui apporte une entrave aux phénomènes essentiels de la nutrition, qui arrête plus ou moins complètement les métamorphoses cellulaires. Dans ces cas, la nutrition oublie en quelque sorte de se faire; l'homme, vivant encore, mais d'une vie amoindrie, devient un milieu de culture comme la matière morte si éminemment favorable au développement des microbes; livré sans défense à l'invasion du parasitisme par une sorte d'ai'ièt inhibitoire des métamorphoses de la matière, il est la proie d'infections auxquelles, à l'état

ordinaire, il n'est pas accessible. Le cliirurgien doit donc se préoccuper d'épargner autant que possible l'ébranlement nerveux au moyen de l'anesthésie et par le choix des méthodes opératoires les plus rapides.

Outre les chocs nerveux qui surviennent avant l'opération et au moment de la blessure, il en est qui peuvent atteindre ultérieurement les blessés ou les malades quand l'économie est encore chancelante, prête à s'infecter plus facilement; alors les secousses morales dépressives peuvent faire éclater une complication, de même que quelquefois des émotions agréables ont pu acheminer vers la guérison. Un autre genre de choc nerveux, la secousse génitale, est défavorable aux individus traumatisés. Un chirurgien de Lyon, M. Poncet, a insisté avec grands détails sur l'influence fâcheuse de ces secousses nerveuses, du coït en particulier, au cours des maladies. On a vu des furoncles, des adénites, des abcès de l'aisselle devenir le point de départ d'angioleucites, d'érysipèles sous l'influence de l'acte génital intempestivement pratiqué.

C'est de la même façon fâcheuse qu'agit l'application soudaine du froid, le choc de froid.

A^oila pour ce qui a trait aux soins qu'on doit prendre du système nerveux en vue d'écarter les infections secondaires. En outre, il faut se préoccuper de l'alimentation. Sans doute il faut éviter l'indigestion, qui peut ajouter une intoxication au danger déjà couru par le malade et qui peut ainsi créer un terrain pour des infections nouvelles. Je voudrais même qu'on fît l'antisepsie intestinale préalable aux traumatismes opératoires. Mais il faut aussi, pour que la nutrition s'accomplisse bien, que les cellules reçoivent par l'alimentation les matériaux de leur fonctionnement et de leur réparation : avec l'eau et l'oxygène, les matières organiques et minérales. L'alimentation doit donc être abondante, mais choisie.

Tous ces soins, qui ont pour but d'assurer la meilleure nutrition possible, doivent être l'objet de nos préoccupations non seulement avant et pendant la maladie infectieuse, mais encore après. Car les maladies infectieuses ont des conséquences

CONSÉQUENCES TARDIVES DES .MALADIES INFECTIEUSES iîOo

souvent tardives. Alors que le microbe pathogène est mort, la maladie n'est pas finie; l'homme la continue pour son propre compte; et, longtemps après, on voit se développer dans certains tissus et appareils des lésions qui sont l'expression tardive de troubles de la nutrition ayant pour origine la maladie infectieuse; on peut discuter si ces lésions sont le résultat d'une vulnération traumalique des cellules par les agents pathogènes ou d'une imprégnation par les produits toxiques de ces agents, mais le fait indiscutable, c'est l'origine infectieuse lointaine des lésions dont je parle.

Quand on étudie les maladies chroniques dans nos hôpitaux, maladies du cœur, des centres nerveux, du système artériel, des reins, on arrive presque fatalement à cette pensée qu'elles sont les séquelles de maladies infectieuses. On trouve un cœur malade trente ans après un rhumatisme, ou après une scarlatine, une fièvre typhoïde, une diphthérie, après la fièvre intermittente. L'endocardite peut succéder à toutes ces maladies; elle peut avoir été méconnue alors même qu'on la recherchait soigneusement pendant le cours de la maladie. Mais plus tard apparaissent des signes manifestes d'artérite, de lésions orilîcielles du cœur, d'altérations des reins.

L'existence de scléroses découlant de maladies infectieuses lointaines s'accrédite aussi pour le foie et le système nerveux; on reconnaît que des névrites périphériques, des scléroses de la moelle et de l'encéphale peuvent avoir été engendrées par des infections anciennes. Cela n'est pas vrai seulement pour la syphilis, qui produit des désordres très longtemps après que les accidents spécifiques sont éteints. La tuberculose peut provoquer aussi des névrites et des lésions médullaires. L'ataxie locomotrice n'est pas l'apanage exclusif de la syphilis; je suis porté à croire qu'elle dérive quelquefois de la tuberculose, peutêtre par l'intermédiaire de quelque chose que le bacille a fabriqué. J'ai toujours été très frappé du grand nombre des ataviques chez lesquels existe la tuberculose; la plupart en meurent, mais peut-être a-t-elle été chez certains la cause première du tabès; très souvent, dans les antécédents des

alaxiques, j'ai relevé la pleurésie, celle maladie qui si fréquemment est de nature tuberculeuse.

On est moins tenté de s'étonner que les maladies infectieuses aient ces suites lointaines quand on songe à ce fait expérimental que M. Cliarrin a fait connaître, la paraplégie tardive apparaissant chez les animaux qui ont reçu les produits solubles du bacille pyocyanique, et quand on voit aussi chez ces animaux les lésions rénales et cardiaques, la dégénérescence amyloïde et scléreuse des reins, Thyperlrophie du cœur. Je vous montrerai un lapin mort de tuberculose qui , trois mois après rinoculation, présente une dégénérescence amyloïde du rein. Ainsi l'expérimentation nous prouve l'existence d'altérations analomiques banales engendrées tardivement par des maladies infectieuses.

Le médecin ne doit pas ignorer l'existence de ces faits; il doit les prévoir, car il peut les prévenir, non pas qu'il puisse agir rétroactivement sur les microbes qui ont causé l'infection primitive, les microbes ne sont plus en cause dans la production de ces lésions lointaines. Quand survient la paraplégie chez le lapin qui a reçu de la culture pyocyanique, il n"y a plus de microbes dans ses tissus, il n'y a même plus de poison pyocyanique. Les antiseptiques ne trouvent donc plus leur emploi; c'est sur l'économie qu'il faut agir, et seulement sur elle. C'est la nutrition qu'il faut modifier au moyen de l'arsenic, des alcalins, des iodures. Il faut invoquer la médiation du système nerveux, qui est capable de redresser l'activité déviée des cellules. Par l'emploi des modificateurs hygiéniques et médicamenteux de la nutrition, on peut enrayer des lésions scléreuses déjà commencées et faire quelque chose d'utile. Dans Tataxie par exemple, dans la néphrite syphilitique tardive on ne rendra aucun service au malade en le bourrant de mercure, tandis qu'avec les iodures et les alcalins on pourra peut-être influencer d'une façon avantageuse l'évolution du mal.

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