‹ Thérapeutique des maladies infectieuses antisepsie; cours de pathologie générale professé a la Faculté de médecine de Paris pendant l'année 1887-1888Chapitre 86 sur 151 · COMPOSITION CHIMIQUE DES MILIEUX DE CULTURE · texte numérisé non relu

COMPOSITION CHIMIQUE DES MILIEUX DE CULTURE

On ne doit pas manquer d'indiquer la réaction chimique du milieu, s'il est alcalin, neutre ou acide.

Il faut dire quelle viande sert à fabriquer le bouillon.

On doit noter encore certaines substances accessoires, qui facilitent indirectement le développement du microbe ; il peut arriver que des matières minérales, qui ne servent pas ellesmêmes à nourrir le microbe, lui soient cependant utiles en l'empêchant de sécréter telle substance dont l'accumulation arrêterait sa végétation.

Il y a des microbes au développement desquels est utile l'addition de sucre ou de glycérine au milieu nutritif; pour le bacille tuberculeux, MM. Nocard et Roux ont montré combien la glycéi'ine favorise sa culture.

La température à laquelle se trouve le milieu est aussi très importante à noter. On doit encore tenir compte de l'état morphologique où se trouve tel microbe quand on le soumet à l'action d'un antiseptique ; car il ne se laisse pas également inlluencer à toutes les étapes de sa végétation : sa résist ance à l'antiseptique est beaucoup plus grande quand il vit sous forme de spores que quand il est en plein développement.

L'âge, l'ancienneté de la culture qui sert à ensemencer le bouillon d'expérience doit être pris en considération ; la vitalité des microbes étant amoindrie dans les vieilles cultures, il suffit d'une quantité moindre d'antiseptique pour en retarder le développement.

Il est encore important de mentionner quelle quantité de microbes ou, si l'on veut, quelle masse de culture on emploie pour faire l'ensemencement; un seul microbe peut ne pas se développer dans un milieu où plusieurs gouttes de culture donnent lieu à une prompte végétation. J'ai déjà eu l'occasion de m'expliquer sur ce fait. Il y a là une modification du milieu par les ferments solubles que renferment les microbes, une adaptation de ce milieu aux besoins du végétal. Cette action purement chimique exige une quantité pondérable de ferment soluble que ne renfermerait pas un microbe isolé.

Prendre en considération tous les éléments, toutes les condi-

lions que je viens d'énumérer est indispensable, si l'on veut éviter dans l'étude des antiseptiques des résultats erronés.

L'ensemencement une fois fait dans un milieu déterminé avec toutes les précautions requises, il faut ensuite bien observer ce qui se passe dans ce milieu. Le développement du microbe commence-t-il dans les délais ordinaires? Continue-t-il avec son intensité normale ? S'arrète-t-il après un commencement de végétation? Ou bien le milieu ensemencé demeure-t-il stérile? Autant d'alternatives possibles et d'une signification différente au point de vue de la puissance de l'antiseptique à l'essai. Il est plus facile d'empêcher un microbe de germer que d'arrêter son développement. Quand l'antiseptique ne réussit pas à empêcher la germination, il est encore utile de savoir si elle est ralentie ou retardée ; nous ne demandons quelquefois pas davantage à un antiseptique que de ralentir la puUulation d'un microbe.

Un point important encore, c'est de vérifier si dans une culture qui semble normale la présence de l'antiseptique n'a pas amené un changement dans la forme du microbe.

Quand vous aurez vu cesser la végétation d'un microbe dans un milieu antiseptisé et que vous croirez l'avoir tué, vous pourrez encore souvent être dans l'erreur. Il pourra n'être pas mort, mais réduit seulement à l'état de vie latente et sa reviviscence sera possible dans un milieu neuf. M. Maximowitcb, je vous Tai dit, a démontré qu'un microbe, plongé un certain temps dans une solution antiseptique et transporté ensuite dans un bouillon pur, peut ne pas se développer; on le croit tué, mais, si on le transporte alors dans le corps d'un animal vivant, il peut recommencer à vivre.

Il y a donc lieu de distinguer la mort réelle et définitive de la mort apparente ou vie latente.

Enfin la dose d'antiseptique employée est naturellement un élément capital dans la détermination de la valeur d'un antiseptique.

Vous comprenez d'après tout ce que je viens de vous dire que cette détermination est un problème infiniment complexe.

COMPLEXITÉ DE l'ÉTULIE DES ANTISEPTIQUES 213

Pour le résoudre, il faut être rompu aux difficultés de Texpérimentation. A cette coudition seulement, on pourra, dans les questions de cet ordre, porter un jugement avec quelque autorité.

L'équivalent antiseptique variant pour une même substance suivant les microbes auxquels on l'oppose, vous devez, si vous voulez déterminer cet équivalent, nommer toujours l'espèce bactérienne qui vous aura permis de l'établir. Dans vos expériences, vous ajouterez des quantités variables de cet antiseptique au milieu inerte le plus favorable à la culture de ce microbe, dans les conditions de température où cette culture se fait le mieux. En procédant avec les précautions que je vous ai indiquées, on doit préciser successivement la dose qui retarde la germination des microbes, celle qui l'empêche d'une façon absolue, la dose qui ralentit son développement, celle qui l'arrête complètement, la dose qui stérilise le microbe tout en le laissant vivre (on peut vivre sans être capable de se reproduire), enfin la dose qui tue. Il y a donc six doses à établir pour chaque antiseptique en présence de chaque microbe.

Vous voyez qu'on n'est qu'à l'aurore de ces recherches sur la valeur des antiseptiques, dont la détermination demandera beaucoup de travail et de temps. Jusqu'à ce jour, les chercheurs se sont bornés en général à établir une seule des six doses dont je parle, celle qui empêche la germination de tel ou tel microbe dans 1000 grammes de bouillon. C'est V équivalent antiseptique, dose bien inférieure à celle qui tue le microbe, mais supérieure de moitié au moins à la dose qui retarde seulement sa germination, et qui est déjà une dose fort utile en thérapeutique.

Un grand nombre d'auteurs ont déterminé la valeur d'antiseptiques relativement à tel ou tel microbe.

Vous trouverez l'exposé complet des résultats quils ont obtenus dans le Traité pratique d antisepsie de M. Le Gendre, livre où sont groupés avec clarté tous les documents relatifs à cette question. Je vous renvoie à ce traité qu'on ne saurait assez consulter. Vous y verrez que, dans cette élude, la science française n'est pas restée en arrière et qu'on lui est redevable de quelques conquêtes éminemment utiles à la pratique.

Je veux cependant vous rendre témoins d'une application de cette méthode de recherches.

J'ai pris k microbes pathogènes : le bacille de la fièvre typhoïde, le sfaphylococcus pyogenes aureus, la bactéridie charbonneuse et le pneumococcus de Friedlander.

J'ai ensemencé avec chacun d'eux de la gélose nutritive en prenant les précautions cpie je vous ai indiquées et j'ai déterminé réquivalent antiseptique des dix substances antiseptiques suivantes vis-à-vis de ces quatre microbes : iodoforme, salol, naphtaline, naphtol a, naphtol {i, sublimé, biiodure de mercure, créosote, acide phénique, acide thymique. J'ai obtenu ainsi /lO équivalents antiseptiques que je vais vous faire connaître, pondant que les tubes de culture vont être placés sous vos yeux.

Naphtaline.

Iodoforme.

BACILLK TYPHIOUE

3f p. 1000. Quelques colonies.

if' p. 1000. Rien.

le^8p.l000. Quelques colonies.

2e^5p. 1000. Rien.

Salol.

2c'- p. 1000. Léger développement.

2?^5 p. 1000. Une pelile colonie.

Sublimé

0f.06 p. 1000. Développement.

OesOSp.lOOO.Rien.

Biiodure de mercure.

Oe'.OS p. 1000. Développement.

OfM p. 1000. Rien.

Créosote...

Oe',8 p. 1000. Quelques colonies.

W p. 1000. Rien.

Acide phénique ....

Apide thymique . . .

0f^6 p. 1000. Quelques colonies.

OfsS p. 1000. Rien.

0s^5 p. 1000. Une

col nie.

Os'-.S p. 1000. Rien.

Naphtol a.

0RM2p.1000.Quel-

ques colonies.

0sM5p.1000.Rien.

Naphtol p.

0Er.12p.1000.Que

ques colonies.

0eM5p.1000.Rien?

STAPHYLOCOCCLS

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