ANTISEPTIQUES PULVÉRULENTS DANS L'OTORRHÉE
injecter par la même voie des solutions antiseptiques, en quantité extrêmement faible, à moins que le tympan ne soit perforé, parce qu'il n'y a plus alors à craindre un excès de tension dans lacavité; mais le cathétérisme est alors inutile, puisque l'injection peut être faite par le conduit auditif.
Lorsqu'il se fait un abcès dans la portion mastoïdienne du temporal, l'indication est d'y appliquer le trépau pour faire l'antisepsie dans les cellules mastoïdiennes.
Les écoulements chroniques de l'oreille moyenne et même du conduit auditif prennent rapidement une odeur fétide due à la présence de saprophytes; on trouve d'ailleurs dans cette région, depuis les parasites microbiens jusqu'à des végétaux de grande dimension comme raspergillus.
Il y a lieu de faire de grandes irrigations pour opérer le déblaiement du conduit auditif et de la cavité tympanique; puis on y projette par insufflation de l'acide borique, de l'acide salicylique, de l'iodoforme, de l'iodol, du salol en poudre. On préfère les antiseptiques solides et pulvérulents qui restent mieux en contact avec les surfaces suppurantes.
Pour terminer le pansement, on obture l'orifice du conduit avec du coton antiseptique ou rendu aseptique par la chaleur. Quand on réfléchit à l'antique habitude de se placer du coton dans l'oreille en cas de maux d'oreille, on se dit que nos grands-pères et nos arrière-grands-pères nous avaient devancés dans cette application de l'antisepsie.
Antisepsie des voies aériennes.
Le larynx peut être infecté par plusieurs voies, d'abord par le passage de l'air, puis par le contact des aliments qui peuvent s?y introduire, si Tépiglotte cesse de fonctionner correctement ou pendant l'acte du vomissement.
Cette introduction de parcelles alimentaires, contenant toujours de nombreux microbes, est la cause de ces pneumonies septiques, gangréneuses, si fréquentes chez les paralytiques généraux, qui à la dernière période de la maladie conservent
fréquemment dans le pharynx des morceaux d'aliments sans les avaler ni les vomir.
Le larynx est le siège d'infections causées par des organismes pathogènes spéciaux comme ceux de la diphthérie, qui peuvent s'y introduire par propagation des fausses membranes du pharynx.
La tuberculose peut débuter par le larynx; les bacilles sont apportés par l'air ou par les aliments ou par le contact avec une personne atteinte de tuberculose buccale ou pulmonaire. Le plus souvent l'infection se fait de bas en haut par le passage de l'expectoration dans la phthisie pulmonaire.
Toutes les affections ulcéreuses, suppuratives, gangréneuses ou nécrosiques du larynx donnent lieu à une sécrétion ichoreuse qui pénètre dans les voies aériennes inférieures.
Pour prémunir celles-ci contre l'infection secondaire, il est nécessaire de faire l'antisepsie du larynx; on peut y faire parvenir les antiseptiques par attouchement direct, par pulvérisations et par inhalations. On peut faire des attouchement directs, des frottements avec des tampons imbibés d'acide phéniquo, de créosote, d'acide lactique. Ce dernier médicament paraît être l'un des meilleurs contre la tuberculose du larynx, j'ai vu des cicatrices d'ulcérations tuberculeuses du larynx obtenues par l'emploi de l'acide lactique.
L'une des localisations les plus graves de la fièvre typhoïde, qu'on appelle assez singulièrement le laryngo-typhus, produit facilement des nécroses étendues des parties molles et cartilagineuses du larynx et peut devenir rapidement mortelle par l'œdème qu'elle provoque ; il y a quelques jours, dans un cas de ce genre, j'ai obtenu promptement une modification favorable à l'aide de pulvérisations avec une solution de 0gr,25 de naphtol [i dans 25 grammes d'alcool à 90° et 75 grammes d'eau.
Quand cette solution arrive sur le larynx diluée parla vapeur d'eau qui a produit la pulvérisation, elle ne contient guère que 0,8 de naphtol pour 1000, et n'est nullement irritante.
J'aborde l'antisepsie des bronches et des poumons.
On a surtout utilisé, pour conduire les antiseptiques au con-
VAPORISATIONS ET PULVÉRISATIONS ANTISEPTIQUES 261
tact des parties profondes de l'appareil respiratoire, la vaporisation et la pulvérisation; ainsi on a longtemps employé des vapeurs de cinabre, d'acide phénique (pourtant si peu volatil) et M. C. Paul pense en avoir tiré profit dans les bronchites fétides et la gangrène pulmonaire.
Les vapeurs de créosote étaient déjà usitées, il y a cinquante ans, mais à petites doses; on plaçait autour du malade des linges trempés dans la créosote ou l'eau créosotée; celle-ci est très peu volatile à la température ordinaire, elle a semblé pourtant n'être pas inefficace. Aujourd'hui M. Tapret charge l'atmosphère de créosote, en pulvérisant à Taide de la vapeur 3a créosote en solution dans l'alcool et la glycérine; je pense que le médicament ne pénètre pas jusqu'au poumon à l'état de particules liquides ; il est probable que l'effet favorable obtenu est dû à la saturation de l'air par la vapeur de créosote. M. Gimbert vaporise dans la chambre des phthisiques, en une nuit, au moins 30 grammes de créosote sur un bain-marie. On oblige par ces moyens le malade à absorber le médicament, de sorte qu'il pénètre dans le sang à travers le parenchyme pulmonaire et Ton fait ainsi une thérapeutique antiseptique, à la fois générale et locale.
On pulvérise aussi les essences de térébenthine, d'eucalyptus.
Dans certains établissements d'eaux minérales, l'acide suifhydrique, qui se dégage des eaux, se mélange à l'air tiède et humide et est employé pour les humages. Je ne crois pas que cele fasse quoi que ce soit d'utile dans la phthisie, mais il est possible que les bronchites chroniques non tuberculeuses s'en trouvent bien.
Les vapeurs d'acide fluorhydrique ont fait naître récemment de grandes espérances pour le traitement de la phthisie pulmonaire; beaucoup de médecins, après expérience, ont renoncé à leur emploi.
L'antisepsie par les vapeurs réclamait peut-être des antiseptiques plus puissants ; je m'étais proposé d'étudier le mercureméthyle, qui bout à 37° comme l'éther; il est extrêmement toxique, mais facile à diluer en raison de sa solubilité dans l'éther; c'est un essai qui mériterait peut-être d'être entrepris.
Je dirai quelques mots des pulvérisations de composés mercuriels, particulièrement du biiodure de mercure en solution dans l'eau à la faveur d'un iodure alcalin. MM. Rueff et Miquel, qui les ont appliquées au traitement de la phthisie, ont dit qu'elles diminuaient l'expectoration, que les malades augmentaient de poids, que les crachats devenaient moins abondants, puis disparaissaient. J'ai employé ces pulvérisations, et mon impression est qu'elles sont utiles. J'ai obtenu dans un cas une guérison très nette; mais le traitement a été trop complexe pour que je puisse attribuer aux pulvérisations seules cet heureux résultat.
Je puis dire en tout cas qu'à la dose de 1 gramme p. 1000 le biiodure est bien supporté : il ne cause pas de cuisson, il produit seulement un peu d'ardeur le long du sternum les premiers jours. Je faisais faire la pulvérisation une ou deux fois par jour pendant 1/4 d'heure; la diminution de la sécrétion était évidente chez mes malades.
On a fait des pulvérisations de borate de soude, de benzoate de soude; les résultats ont d'abord paru encourageants, puis le silence s'est fait sur ces tentatives.
Pour les pulvérisations de créosote, M. Gimbert a constaté, ainsi que d'autres observateurs, qu'elles modifient l'expectoration ; je ne pense pas qu'elles fassent plus. Quand on pulvérise des solutions contenant 2 grammes ou 2gr,50 par litre, on provoque une sensation d'ardeur brûlante dans la gorge; on fera donc bien de ne pas dépasser 1 gramme par litre.
On a encore employé l'acide phénique, j'ai eu recours aux solutions de naphtol (3 seul ou associé à la créosote, je ne saurais exprimer encore aucune opinion touchant l'activité relative de ces substances.
J'estime d'une façon générale que les moyens extérieurs sont insuffisants dans une maladie aussi profonde; on peut arriver peut-être à modifier les produits de l'effritement du poumon; mais ce qui importerait, ce serait d'agir dans l'épaisseur du parenchyme même, au sein des tissus où les tubercules en pleine virulence opèrent leur marche extensive, et non sur les