ULCÉRATIONS, OBSTRUCTION SIMPLE OU HERNIAIRE
courbure, la sécrétion du suc gastrique est insuffisante et ii faut à chaque instant renouveler l'antisepsie parce que l'estomac ne garde pas longtemps l'antiseptique qu'on y met; on donnera donc de petites doses fréquemment répétées.
L'antisepsie est indispensable dans toutes les maladies ulcéreuses de l'intestin, dans la fièvre typhoïde, la dysenterie, dans les ulcérations intestinales qui se produisent au cours de certaines pneumonies, dans les plaies de l'intestin, dans les gangrènes localisées à certains points de la muqueuse du tube digestif par suite d'embolies, dans les ulcérations tuberculeuses.
Dans l'obstruction simple, il est bon de faire l'antisepsie pour que la quantité de poisons n'augmente pas dans la partie supérieure de l'intestin et aussi pour éviter la péritonite. Nous savons que les microbes peuvent très bien traverser la paroi de l'intestin, puisque, dans certains cas de hernie, M. Nepveu a trouvé des microbes dans la sérosité du sac herniaire, sans que l'anse herniée fût ulcérée, perforée ou gangrénée. Le liquide qu'on trouve dans le péritoine quand on fait la laparotomie contient souvent des microbes : ce sera venir en aide au chirurgien chargé de lever ou d'enlever la cause de l'obstruction que de lui préparer les voies en faisant l'antisepsie intestinale, pour empêcher les microbes de l'intestin de gagner le péritoine et pour lui livrer un péritoine sain.
L'antisepsie intestinale convient aussi aux maladies du gros intestin, aux ulcérations toxiques, aussi fréquentes dans ce viscère que les ulcérations infectieuses. Dans la typhlite, complication si fréquente chez les dilatés et qui, comme l'entérite membraneuse, reconnaît neuf fois sur dix la dilatation gastrique comme cause, on fait à la fois l'antisepsie de l'intestin par des lavements et par l'ingestion d'antiseptiques par la bouche.
Dans la simple constipation par suite de laquelle des matières molles et pâteuses stagnent dans un côlon paresseux, l'antisepsie est indiquée.
On a voulu faire de la chlorose le résultat d'une auto-in-
toxication. J'ai vu huit fois sur dix la dilatation gastrique compliquer la chlorose et je puis dire, après M. Duclos, que la distension paralytique du côlon existe dans la chlorose. C'est une maladie sur la nature de laquelle nous savons encore fort peu de chose, et je ne me crois pas autorisé à la placer sous la dépendance pathogénique des affections du tube digestif; elle a des relations avec la constipation, avec Fectasie gastrique, peut-être avec l'ulcère de l'estomac, je ne crois pas qu'elle en soit la conséquence.
Pour les opérations qui se pratiquent sur le rectum, ne comptez pas sur l'antisepsie intestinale ; vous n'arriverez jamais à le débarrasser complètement des microbes et, si le chirurgien se croit tenu de le rendre absolument aseptique pour y pratiquer certaines opérations, il n'y parviendra qu'en faisant préalablement une colotomie à l'exemple de M. L. Tripier.
Après cette énumération sommaire des principales maladies du tube digestif auxquelles convient l'antisepsie intestinale, je dois citer d'autres maladies qui se compliquent secondairement d'accidents intestinaux : les fractures du maxillaire dans lesquelles le blessé avale du pus putride, les cancers de la langue, les gommes du pharynx, les ulcérations de l'œsophage, la nécrose ou le cancer du larynx, et aussi la gangrène pulmonaire, les bronchites purulentes fétides, les pleurésies suppurées et les kystes du foie ouverts dans les voies digestives.
L'antisepsie intestinale est encore utile dans les maladies des appareils qui ont pour fonction de protéger l'organisme contre l'auto-intoxication, dans les maladies du foie et des reins; ainsi dans l'ictère chonique par calcul enclavé dans le canal cholédoque, dans le cancer des voies biliaires, dans les cirrhoses, dans l'atrophie jaune aiguë du foie. J'ai cité, il y a deux ans, un cas de guérison de cette maladie d'ordinaire mortelle; j'avais soumis la malade à l'antisepsie intestinale et je crois que c'est là ce qui l'a sauvée, en la préservant contre l'intoxication intestinale pendant la période où son foie était complètement annihilé.