ACTION DES POISONS FABRIQUÉS PAR LES MICROBES SUR L'ORGANISME
Mes recherches sur la présence dans les urines de poisons fabriqués par les microbes au cours des maladies infectieuses : choléra, tétanos, pneumonie. — Transmission des symptômes de la maladie pyocyanique au lapin par injection d'urine de ces animaux atteints de la maladie. — Expériences de Roux et Chamberland avec la culture stérilisée du vibrion septique. — Inconvénients de la stérilisation par la chaleur. — Expériences négatives relativement à la toxicité des cultures charbonneuses stérilisées, positives quant à la présence de poison dans la sérosité de l'œdème charbonneux.
Lésions anatomiques locales causées par la maladie infectieuse et continuant à évoluer pour leur propre compte après la guérison. — Réactions provoquées au sein des tissus par les produits de la vie des microbes. — Hypothèses relatives à la nature de ces produits : ferments solubles agissant immédiatement sur les cellules du voisinage; poisons agissant à distance par l'intermédiaire de la circulation.
Réaction vitale de la cellule animale et de l'organisme entier contre les poisons fabriqués par les microbes. — Exemple tiré de la maladie pyocyanique relativement aux lésions qui persistent après la guérison de la maladie. — Exemples tirés de la pathologie humaine. — La connaissance des réactions de l'organisme contre les causes morbifïques est encore aujourd'hui, comme au temps d'Hippocrate, l'essence même de la médecine.
J'ai commencé dans la dernière leçon à exposer les documents d'ordre expérimental qui sont de nature à faire admettre que, non plus seulement dans les infections putrides, mais même dans les maladies virulentes proprement dites, une part des accidents est imputable à l'intoxication par des poisons sécrétés par le microbe. La preuve décisive et définitive a été donnée par M. Gharrin quand il a produit, avec l'injection de culture filtrée du bacille pyocyanique, les mêmes symptômes caractéristiques, les mêmes lésions que quand il inocule le
bacille lui-même. Aucune démonstration aussi probante n'avait été faite avant, aucune plus probante n'a été faite depuis.
Bien que cela puisse paraître superflu, j'apporterai comme complément à cette démonstration quelques expériences personnelles que je crois d'ailleurs intéressantes à un autre point de vue.
Les poisons solubles produits in vitro par le bacille pyocyanique produisent des paralysies spéciales. Le bacille introduit dans le corps de l'animal provoque l'apparition des mêmes paralysies. Il est probable qu'il les provoque en sécrétant dans le corps le même poison qu'il fabrique dans les cultures. Cette probabilité, je démontre qu'elle est une réalité. Si on rend la maladie pyocyanique assez violente et assez courte pour que la mort arrive avant l'époque où les paralysies apparaissent, on peut recueillir le poison sécrété par les microbes, dans Tintérieur du corps, pendant cette courte maladie. Ce poison débarrassé de tout microbe, je l'injecte chez un autre animal et je le vois provoquer chez le second la paralysie qu'il n'avait pas eu le temps de déterminer chez le premier. Ce poison, je le recueille dans les urines de l'animal infecté. C'est l'application à une autre maladie de la méthode que j'ai suivie pour démontrer l'existence d'un poison morbide dans le choléra.
Mes injections d'urines cholériques démontrent l'existence d'un poison cholérique, mais ne démontrent pas l'origine de ce poison ; elles prouvent en tout cas que ce poison ne reste pas dans l'organisme, qu'il s'élimine par les émonctoires comme les autres poisons que l'organisme fabrique incessamment à l'état normal; que le rein enfin expulse aussi bien les poisons morbides que les poisons normaux.
On comprend que j'ai dû être tenté de vérifier si cette fonction du rein permettrait de découvrir le poison morbide dans les autres maladies infectieuses. L'expérience m'a prouvé qu'il ne faut s'avancer dans cette voie qu'avec beaucoup de prudence et de réserve. Au début j'avais conçu de grandes espérances ; l'illusion n'a pas été de longue durée.
Dans un cas de tétanos de l'homme, ayant injecté dans les