LÉSION LOCALE VACCINANT CONTRE L'INFECTION GÉNÉRALE
le Languedoc, lorsque Chalette, en 1762, l'a régularisée ; après lui, Bourgelat, Coste, l'ont recommandée; mais elle a été abandonnée, parce que le résultat n'avait rien d'avantageux. C'était une pratique théoriquement bonne, mais pratiquement peu utile parce qu'elle a pour premier et inévitable résultat d'éterniser la maladie dans les bergeries.
La péripneumonie épizootique a été inoculée par Kersting, Haussmann en 1820. Cette pratique a été régularisée par Willems en 1850. L'inoculation confère l'immunité sans accidents graves parce qu'il s'agit d'une maladie qui, comme la variole, se contracte par la voie respiratoire et parce que l'inoculation faite sous la peau produit une lésion locale qui suffit pour conférer l'immunité. Lorsqu'on introduit le virus sous la peau en un point éloigné de la périphérie, par exemple à l'extrémité de la queue, on voit se développer en ce point une sorte de phlegmon gangreneux, qui arrive à se circonscrire; mais, la maladie locale une fois terminée, l'animal est devenu réfractaire. On choisit l'extrémité de la queue parce que les délabrements qui peuvent résulter de l'intensité de la lésion locale sont moins étendus dans cette région que dans toute autre, ou parce qu'on n'a pas à redouter la propagation par voisinage de la lésion à des viscères importants, tandis que l'animal succombe parfois, lorsque l'inoculation est pratiquée sous la peau du thorax et de l'abdomen. D'autre part, Hertwig a démontré que l'introduction du virus par la voie intra-veineuse provoquait la péripneumonie.
Ainsi il est certain qu'un même microbe produit des phénomènes différents suivant sa voie d'entrée dans l'économie. La maladie reste bien la même dans son essence ; mais les différences dans les symptômes et dans la gravité découlent de la différence dans la dignité fonctionnelle des parties envahies par l'agent infectieux. On n'observe aucun inconvénient sérieux si l'organe atteint est l'extrémité de la queue; l'animal meurt si c'est le poumon qui est attaqué. L'immunité, en tout cas, est obtenue aussi bien dans les cas où le siège de la lésion rend les accidents légers que dans les circonstances où le virus, s'atta-
quant à un organe plus noble, a produit des accidents plus graves.
Eh bien, malgré les avantages que cette inoculation souscutanée de la péripneumonie épizootique présente au point de vue de l'immunité garantie à un animal, on a abandonné cette pratique parce que les avantages généraux, les résultats d'ensemble n'étaient pas suffisants, Finoculation ayant toujours cet effet d'acclimater indéfiniment la maladie dans les étables.
On peut dire la môme chose de la peste bovine, cette épizootie terrible qui tue les deux tiers des animaux atteints et qui, en 18M, a détruit un million de bêtes à cornes en Europe. Pour la peste bovine, l'inoculation a été proposée il y a bien longtemps par Ramazzini (1711); elle a été pratiquée par Dobson en 17M. Bouley a remplacé chez nous l'inoculation par une mesure plus radicale, l'occision : dès qu'un cas de peste bovine est constaté dans un troupeau, tous les animaux sont abattus et enfouis profondément. Des mesures aussi rigoureuses sont légitimées par la gravité des conséquences de cette épizootie. C'est un désastre pour les pays où elle se montre ; elle a pour résultat la suppression de toutes les transactions commerciales. Mais, si l'occision est préférable au point de vue de la sécurité publique, l'inoculation mérite d'être conservée comme document scientifique, confirmant les conclusions que nous avons formulées à propos de la variolisation et de l'inoculation de la péripneumonie.