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CONTRACTURE ESSENTIELLE DES EXTRÉMITÉS

Tableau clinique et iiathogénie. — Dans l'état actuel de la science, on pourrait, sans encourir de reproche, supprimer la tétanie d'un livre consacré au traitement des névroses. Ce n'est pas sans doute une névrose ; ce n'est pas même une entité morbide ; c'est plutôt un syndrome, dont la manifestation principale est la contracture intermittente des extrémités, et qui se produit sous l'influence des conditions étiologiques en apparence les plus diverses.

Cliniquement, elle se présente sous trois formes.

La forme hénigne est constituée exclusivement par des phénomènes locaux. C'est un accès de quelques minutes ou de plusieurs heures qui consiste essentiellement en convulsions toniques douloureuses des mains surtout et souvent aussi des pieds; les mains prennent une forme particulière, celle d'un cône. Le début et la fin de l'accès sont marqués par des fourmillements dans les parties intéressées. Quelques symptômes accessoires viennent compléter le tableau : d'abord le signe de Trousseau, qui a une valeur pathognomonique : la provocation de la contracture par la compression des principaux cordons nerveux ou vaisseaux dans les membres affectés; le signe de Westphal, qui est de même ordre : la cou-

TABLKAU CLINIQUE ^''lo

traction brusque do la moitié correspondante de la face par la percussion de l'angle externe de l'orbite ; des troubles de la sensibilité fréquents, prédominants d'un côté du corps, avec anesLhésie des muqueuses, qui sont peut-être de nature hystérique. Après un intervalle variable se produisent de nouveaux accès dont la série constitue l'attaque. Celle-ci dure de quelques jours à plusieurs mois.

Dcinsl-d forme moyenne, la contracture plus intense gagne le membre tout entier; elle s'accompagne de phénomènes généraux : fièvre légère, céphalalgie, gonflement œdémateux des membres.

Dans \^ forme grave, on voit les mêmes accidents, mais plus longs et plus répétés, de l'opisthotonos, du trismus, parfois du strabisme. Le spasme de la glotte, la contracture des muscles respiratoires peut mettre le malade en danger d'asphyxie.

Ce syndrome clinique naît sous l'influence des causes les plus diverses. La prédisposition morbide, l'hystérie en particulier semble jouer un rôle important, sur lequel l'attention n'a pas été attirée jusqu'ici. Quant aux conditions occasionnelles, elles sont des plus disparates, et ne présentent au premier abord aucun point par lequel on puisse les rapprocher. Mais la physiologie médullaire laisse entrevoir comment ces causes si diverses peuvent provoquer un môme syndrome; à défaut de renseignements fournis par l'anatnmie pathologique, elle permet de tenter une explication, hypothétique il est vrai, de la nature et du mécanisme de la tétanie.

Toutes ces causes ont en elletun trait commun (1) : elles agissent sur la substance grise du segment

(1) Raymond. Article Tétanie, UicL. Encyclupédiqi/c. 1886. NKVItOSKS ]9

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antérieur de la moell-e et son prolongement dans les centres supérieurs, partie chargée de la transmission des incitations motrices, et dont l'irritation se manifeste par de la contracture. On peut incriminer soit une lésion matérielle de la moelle (petit foyer de sclérose dans le cordon latéral (Schulze) ; soit des toxines alimentaires venant du dehors (lathyrisme médullaire spasmodique), ou d'une autointoxication (dilatation de l'estomac [Bouchard]); soit des poisons produits au cours des maladies infectieuses, qu'ils soient sécrétés par les microbes, ou qu'ils viennent de l'élimination insuffisante des déchets organiques; (c'est peut-être de cette façon qu'agit l'extirpation de la glande thyroïde); soit peut-être aussi dans les diarrhées abondantes, dans les lavages de l'estomac, la déshydratation brusque du sang, qui entraîne une sorte de dessèchement des nerfs et des muscles (Kussmaul).

Xi-«itement. — Maladie bénigne, sauf de rares exceptions, la tétanie guérit souvent spontanément; mais elle peut être abrégée et atténuée par une médication appropriée.

Le traitement est étiologique ou symptomatique.

TFaitcment étiologique. — Toutes les fois que l'indication étiologique est nette et de plus accessible aux agents thérapeutiques, le traitement doit la viser en premier lieu. La suppression de la cause peut à elle seule guérir ou tout au moins atténuer l'affection. Il est clair que, si l'on découvre une lésion dentaire ou des vers intesfcinaux,l'affaire urgente sera de soigner les dents ou d'administrer un anthelmintique. S'il s'agit d'une nourrice qui subit des pertes séreuses par le fait de l'allaitement, la première chose à faire sera de modérer ou supprimer celui-ci.

TRAITEMEiNT ÉTIOLOGIQUIi: 327

Chez des malades aLteiiilcs de troubles menstruels on essayera de rétablir la régularité des règles; chez ceux qui soutirent d'une diarrhée profuse, on .traitera avant tout la diarrhée; chez ceux qui présentent un estomac dilaté, on combattra la fermentation stomacale qui produit l'intoxication; mais on fera les lavages avec précaution, car, si l'on soustrait à la l'ois une trop grande quantité de liquide, il peut être remplacé par le sérum transsudé des vaisseaux, et cette déshydratation peut à elle seule amener la tétanie. Dans les convalescences de fièvres infectieuses, dans les intoxications alimentaires, on l'avorisei-a l'élinaination des principes morbifîques. Enfin, pour les tétanies qui sévissent sous forme épidémique, si elles relèvent d'une intoxication alimentaire, elles sont justiciables du traitement précédent; mais le plus souvent elles ne sont que des phénomènes hystériformes, relevant d'une suggestion plus ou moins volontaire; dans ce cas la dissémination et l'isolement des malades suffisent pour les guérir rapidement.

Traiteiiieut symptomatiqiie. — La cause des accès

n'est pas toujours visible, ou bien elle échappe à l'action médicale ; dans ce cas il faut en venir à la médication symptomatique, dirigée contre la contracture et les douleurs. Les moyens dont on dispose sont externes ou internes.

Moyens externes. — On peut combattre l'excitabdilé générale avec les bains tièdes plus ou moins prolongés, les bains de vapeur ; et les douleurs locales, avec des liniments calmants et l'enveloppement d'ouate.

Contre l'excitabilité médidiaire, on a conseillé les pulvérisations d'éther sur la colonne vertébi-ale, ou.

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l'applicaLion répétée de révulsifs : pointes de feu, vésicatoires rubaués.

L'électricité peut lutter avec avantage contre cette excitabilité de la moelle, non l'électricité faradique qui exagérerait au contraire cette excitabilité, mais l'électricité galvanique. Erb conseille de placer le pôle négatif sur la nuque, le pôle positif sur les troncs nerveux des membres affectés, et de laisser passer quelque temps des courants absez intenses. Plusieurs fois, ce traitement lui a permis d'atténuer et môme de faire disparaître les crampes.

A côté des courants galvaniques, on peut placer les armatures métalliques de Burq, avec lesquelles Bouchut a obtenu parfois des résultats satisfaisants.

Moyens internes. — Ceux-ci se réduisent à peu de chose. L'opium, et dans les cas intenses, la morphine en injections hypodermiques, le chloral à la dose de 2 à 4 grammes suivant l'intensité des crampes, l'antipyrine, ont apporté quelque soulagement.

En revanche, il faut éliminer certains médicaments qui ont eu leur moment de faveur, les uns parce qu'ils sont inactifs, les autres parce qu'ils sont dangereux. Parmi les premiers, on peut compter la belladone, le bromure de potassium, qui, même à la dose de i et 6 grammes, n'a pas d'intluence sur les crampes tétaniques; les sels de quinine, très recommandés autrefois contre toute contracture régulièrement intermittente, ou en raison des relations supposées de la tétanie avec le rhumatisme articulaire; enfin les préparations de zinc et la valériane.

Parmi les seconds, on doit ranger la strychnine qui exaspère l'excitabilité médullaire, et les émissions sanguines. Trousseau recommandait la saignée, les

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ventouses scarifiées le long du rachis chez les tétaniques fébricitants ou très vigoureux, mais leur reconnaissait cependant une mauvaise iniluence chez les sujets débilités par des pertes de sang ou des flux séreux. Du reste, il est facile de remarquer la confradiclion qui existe entre ce moyen et l'action produite parla compression des vaisseaux d'un membre, qui provoque le retour de la contracture.

En résumé^ dans les formes légères, il suffit d'employer des liniments calmants, à l'intérieur de l'opium ou du chloral à dose modérée.

Dans les formes plus intenses, on fera bien d'essayer la galvanisation de la colonne vertébrale.

Enfin, dans les formes graves par leur généralisation ou leur intensité, on emploiera le chloral à haute dose, ou même des inhalations de chloroforme ; et, de plus, on ordonnera le repos absolu du malade et l'emmaillottement des membres, comme dans le tétanos.

Avant-propos

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