MIGRAINE
J'ai essayé de traiter huit personnes pour cette maladie.
L'une d'elles ne put être impressionnée. Une autre le fut fort peu; j'opérais pendant l'accès ; après une diminution notable des accidents nerveux, je les vis redoubler.
Une sage-femme, dont les accès de migraine étaient sans violence, ne ressentit plus de douleurs après que, sans qu'elle dormît, je lui eus appliqué la main sur le front et, trois mois après, elle n'avait encore rien éprouvé.
Une fille, dont les accès revenaient toutes les semaines,
THÉRAPEUTIQUE SUGGEP'r. 3
après une seule suggestion pendant l'état de sommeil léger, en fut reprise à des intervalles plus longs qu'auparavant.
Je ne pus soulager que légèrement, pour cette même affection, une femme très affaiblie et que j'avais mise plusieurs fois en somnambulisme dans l'intention de la guérir.
Il est de mon devoir de relater, en peu de mots, les trois cas de migraine que j'ai traités avec le plus de persistance. Dans une matière aussi nouvelle encore que celle dont je m'occupe, s'il ne faut pas oublier ce qui est incomplet, à plus forte raison faut-il parler de ce qui l'est moins.
3e Observation. Mme T.... sage-femme. Accès court et léger de migraine, revenant à peu près tous les huit jours, ne forçant pas la malade à se coucher et n'étant jamais compliqué de vomissements.
23 mars 1860. Coupé l'accès par affirmation àl'étatde veille. 11 m'a suffi de mettre la main sur le front de cette personne, seulement pendant dix minutes. Suggéré en même temps la disparition des accès ultérieurs.
20 avril. Enlevé l'hémicrânie comme précédemment et fait la même suggestion préventive.
19 juillet. Fait encore disparaître le mal par semblable procédé.
19 novembre. Enlevé une douleur de tête datant de trois jours.
Le résultat de ce traitement inachevé a été que la migraine de cette femme, devenue d'abord plus rare, n'a plus définitivement reparu que chaque mois ou chaque mois et demi. Un fait à noter, c'est que je n'ai jamais pu mettre cette personne en état de sommeil même léger.
4e Observation. Mme Dautois, de Neuves-Maisons, sagefemme. Migraine durant à peu près douze heures ; douleurs gastralgiques, envies de vomir. Les accès reviennent, en moyenne chaque quinze jours.
2t janvier 1862. Fait disparaître la douleur et les autres ac-
cidents de cette malade, après l'avoir mise en état de som- • meil léger et suggéré la disparition du retour de cette affection.
19 juillet. Accès de migraine devenus moins fréquents. Comme un accès a eu lieu la veille, le souvenir qui en est récent à la mémoire décide cette personne à se laisser influencer une seconde fois. Pendant qu'elle était endormie, je lui ai suggéré, outre la guérison de sa maladie, d'avoir toujours présente à l'esprit l'idée de ne plus souffrir de nouveau. Ce moyen révulsif de l'attention vaut, au moins, autant que de boire de l'eau magnétisée d'une manière continue.
J'ai encore répété deux autres fois mes manœuvres sur cette femme. Elles ont eu pour résultat de retarder le retour des accès nerveux qui, parfois, ont été jusqu'à trois mois sans reparaître.
Il y a à se demander, après les expérimentations incomplètes dont il vient d'être parlé, si réellement la migraine n'est pas guérissable dans l'état passif à l'aide de la méthode suggestive ; ce qui équivaut à dire si l'on ne peut modifier assez, par la suggestion négative du mal, l'organisme d'un sujet, pour qu'une maladie, qui dure presque toute la vie et semble faire corps avec la constitution, ne puisse finir enfin par ne plus revenir ? C'est à d'autres faits qu'il faut en appeler pour résoudre cette question. L'observation suivante me permet d'espérer que l'on peut arriver, non-seulement à soulager ceux qui sont atteints de cette affection, mais encore à les en guérir ; il n'est nécessaire pour cela, je le crois, que de persévérance dans le traitement.
5e Observation. M,ue May, de Messein, vigneronne. Femme présentant des accès de migraine très violents ; douleurs occupant le plus souvent le côté gauche ; accès durant deux jours et compliqués de vives douleurs stomacales, de vomissements bilieux ou sanguinolents. Tout le temps de l'accès, la malade s'enferme dans une alcôve et y reste en proie à une anxiété extrême. .
15 décembre 1861. Je trouve Mnic May dans un accès de migraine datant de 17 heures. L'hémicrânie occupe le côté gauche du cuir chevelu et du front. Rien qu'en mettant la main sur la partie souffrante de la tête et que d'annoncer sa disparition, la douleur s'en est allée en quelques minutes. Comme le sommeil vient ordinairement couronner la fin de son accès, j'ai prescrit verbalement à cette malade une heure de repos. La suggestion ayant eu pour effet delà faire tenir au lit deux jours, sans manger ni boire, dans cette somnolence heureuse que beaucoup de personnes éprouvent chaque matin avant de se lever, j'ai été conduit, par ce fait inattendu, à supposer que cette femme pouvait devenir somnambule, et je me suis résolu à lui faire un traitement suggestif suivi contre son affection.
7 janvier 1862. Passant dans le village de cette malade, je suis allé l'endormir bien qu'elle n'ait pas la migraine. Elle est tombée en somnambulisme en quelques minutes. Suggéré la guérison.
17 février. Enlevé une douleur névralgique par affirmation négative et le toucher.
13 mars matin. Trouvé la malade en migraine commençante. Au bout de quelques instants d'application de la main, sans établir dépression aucune, le mal a disparu comme par enchantement, pour revenir dans la soirée à la suite d'un mouvement décolère.
21 mars. Somnambulisme et suggestion préventive. L'indication s'en présentant, j'ait fait prendre un verre d'eau, dite magnétisée, à Mme May, pour qu'elle allât quatre fois à la selle après réveil et de quart d'heure en quart d'heure, ce qui a eu lieu à la lettre.
22 avril. Cette malade a eu avant-hier une forte migraine. Il lui reste des douleurs de reins, un sentiment général de fatigue, des baftements douloureux dans les tempes et de la pesanteur de tête. — Sommeil et suggestion. En outre, sur l'avis delà dormeuse, prescription d'une purgation d'huile de ricin, 30 grammes à prendre une fois par semaine.
lrr mai. Pesanteur de tête faisant craindre un accès pour demain, jour où elle doit faire un voyage — Sommeil et suggestion préventive.
1er juin. Plus de migraine depuis le 22 avril. La malade remarque que la narine, du côté où la douleur se fait presque toujours sentir, secrète continuellement du mucus, cequi n'avait
jamais eu lieu d'une manière aussi persistante. Sommeil et suggestion. Elle ne s'indique plus une purgation que chaque quinze jours.
2ô juin. Il est apparu une très légère migraine depuis la séance précédente. Sommeil et suggestion. L'huile de ricin est continuée.
18 juillet. Santé excellente. — Sommeil et suggestion. Se prescrit la continuation du môme purgatif.
Il août. Plus de migraines depuis la mi-juin. — Sommeil et suggestion préventive.
16 août. — Sommeil et suggestion.
28 octobre. Forte migraine le li octobre. — Sommeil et suggestion. M,ne May demande un changement de purgation. Sur ma proposition, elle accepte celle-ci : Jalaps et calomel, de chaque substance 1 gramme à prendre chaque quinze jours.
27 novembre Pius de migraine depuis la mi-octobre. Règles disparues au commencement du mois actuel. — Sommeil et suggestion.
10 janvier 1853. Celte femme n'a plus la migraine et n'est plus réglée. Je la suppose enceinte. — Sommeil et suggestion.
29 janvier. Plus de migraine. — Sommeil et suggestion préventive. La dernière purgation prise a amené des vomissements. Supprimé le calomel et le jalaps.
10 février. Plus de migraine. — Sommeil et suggestion.
7 mars. — Sommeil et suggestion.
18 et 30 avril. — Sommeil et suggestion.
Les accès de migraine de cette femme n'ont reparu qu'en janvier 1866, mais plus rarement. Elle était alors d'un embonpoint remarquable 4.
Voilà une hémicrânie traitée avec ténacité et autrement que celles qui la précèdent. J'ai suivi les indications de la malade, tout en continuant impérativement mes suggestion négatives et préventives. Il est certain que j'aurais pu arrivera l'heureux résultat obtenu, sans remèdes,
1 Cette femme vit encore, et depuis lors, elle a eu seulement quelques accès ressemblant à la migraine, tout au plus 4 à b\ survenus à la suite de vives émotions.
et seulement en employant la médication par impression mentale pure et simple. La pensée, chez un bon somnambule, n'a pas besoin dn secours scondaire des agents pharmaceutiques, non-seulement parce qu'elle peut produire leur effet ; mais parce que le désir de ne plus souffrir, désir nettement exprimé, ainsi que dans le cas dont il s'agit, a une répercussion sur les tissus et est cause d'une révulsion de la force nerveuse, sans qu'il y ait nécessité, par d'autres moyens, d'apporter du trouble dans des parties éloignées de l'économie. Les preuves de ce que j'avance abondent. C'est que la pensée, par sonaction sur le système nerveux, est un modificateur qui prend l'organisme par un autre bout que les médicaments et qui, pour arriver aux mêmes fins, agit par une influence plus directe que celle par laquelle opèrent les remèdes. Pourquoi, puisque en rappelant son attention de là où elle est en excès et en la concentrant sur une idée pure au cerveau je puis même enlever sans qu'elle dorme, a cette malade, une douleur frontale etd'autres symptômes morbides ; pourquoi, sans un secours médicamenteux, n'aurais-je pu empêcher le retour de ses accès en rendant, par suggestion, cette idée de la négation du mal continuellement fixe ? Ici, l'affirmation devait donc suffire eomme pour tant d'autres maladies ; seulement, il est possible que, de même que l'émotion est un renfort pour la révulsion mentale; de même encore la dérivation organique peut être un auxiliaire pour cette révulsion ; aussi ne faut-il pas la rejeter.
DOULEURS A LA SUITE d'ïNDIGESTIOX
J'avais déjà remarqué que les maux d'estomac, succédant à une indigestion, disparaissent vite après une dose d'opium, pour, le plus souvent, ne pas revenir. Je pensai
<jue, dans semblables circonstances la suggestion verbale pourrait avoir le même etfet. J'ai pu trois fois appliquer ce mode de traitement.
D'abord, sur une femme de 51 ans qui, huit heures auparavant, avait eu une indigestion. Les douleurs stomacales étaient très vives. Sommeil léger et suggestion négative. Depuis lors la malade ne ressentit plus rien.
En second lieu, sur une femme de 46 ans, laquelle, au moment où je la vis, éprouvait encore de violentes douleurs à l'épigastre et des vomissements glaireux. Cette femme mise en sommeil léger sentit ses symptômes disparaître, comme par enchantement, et ils ne revinrent plus.
6e Observation. Mme Laurent, de Pont-Saint- Vincent, eut une indigestion le 12 septembre 1861, après avoir mangé du melon.
13 septembre. Il restait encore de fortes douleurs au creux de l'estomac et en même temps de la diarrhée colliquative. Inappétence. — Sommeil profond et suggestion. Au réveil, plus rien. Je mis la malade à l'eau magnétisée.
14 septembre. La douleur épigastrique est revenue, mais elle est moins vive que la veille. Plus de diarrhée. — Sommeil et suggestion. Continuation de l'eau magnétisée au réveil.
15 et 16 septembre. Encore une légère douleur au creux de l'estomac. — Même traitement. Depuis lors cette femme n'éprouva plus rien.
Dans ce cas, il y eut de l'amélioration pendant quelques heures après le réveil, mais la douleur de l'épigastre n'en dura pas moins autant que si on l'eût traitée par le repos ■et une diète légère.
Si nous donnons cette observation d'un traitement sans succès, ainsi que d'autres observalions du même genre, c'est qu'il faut établir consciencieusement le bilan ■de ce que peut l'action thérapeutique du moral sur le physique.