FIÈVRE INTERMITTENTE
Il est connu de tout le monde que les fièvres intermittentes disparaissent avec une grande facilité par impression mentale, surtout lorsqu'elles sont quotidiennes et récentes. Pour ma part, j'ai trouvé cette médication empiriquement implantée dans les localités où j'ai exercé la médecine. Il m'est déjà arrivé de parler d'un fébricitant guéri après avoir jeté à la rivière un sac de toile qu'il avait porté sur la partie antérieure de la poitrine. J'en ai rencontré un autre qui fut débarrassé d'une semblable affection après qu'on lui eut fait manger un œuf à la coque avec des poux en guise de sel. C'est encore dans la pratique des bonnes femmes que j'ai vu réussir la médication par les toiles d'araignées. J'ai mis moi-même ce dernier remède en usage dans la classe pauvre et même aisée et j'ai, par là, souvent obtenu de belles cures. Je faisais recueillir ces toiles par les malades et je leur commandais de choisir les plus sales comme étant les meilleures. De ces moyens empiriques à la méthode plus sûre et plus rationnelle que j'emploie, il n'y a qu'une différence de plus ou moins d'efficacité ; en principe, dans les deux cas, la disparition de la maladie a lieu pendant un état d'équilibration de l'attention ; soit à la suite d'une affirmation de guérison que l'on se fait ; soit à la suite d'une révulsion violente et émotive de la pensée.
J'ai seulement traité par suggestion deux malades atteints de fièvre intermittente, après avoir mis le premier
en sommeil le'ger, la seconde en somnambulisme. La fièvre que je fis disparaître en premier lieu était quotidienne et céda à une seule affirmation, pour ne plus revenir. Celle que je fis cesser ensuite sur une fille de 19 ans, était tierce et avait déjà récidivé deux fois, après un traitement au sulfate de quinine à faible dose. L'accès de cette dernière durait ordinairement six heures, et ce fut pendant son cours et dans la période de chaleur, que la suggestion fut pratiquée d'abord. Au réveil, ni le pouls, ni la chaleur à la peau ne changèrent ; mais le stade de sueur ne vint pas. La guérison se maintint douze jours, puis il y eut rechute. Ce fut alors que nous fîmes de nouveau l'affirmation pendant le somnambulisme, et une heure seulement avant l'arrivée de l'accès. Celui-ci fut à peine sensible. Depuis, rien ne reparut. Il faut ajouter que cette malade ne présentait pas d'hypertrophie appréciable delà rate et que, plusieurs jours après la dernière séance, elle avala deux cuillerées qui lui restaient d'une potion au sulfate de quinine. Malgré ce dernier incident, je crois que la fièvre a été réellement coupée par la médication suggestive; car il faut l'avouer, une affection qui n'avait pas disparu à l'aide d'une potion prise presque entièrement, n'a pas dû être guérie avec un faible reste de cette même potion.