CONFESSION D'UN MÉDECIN HYPNOTISEUR
A M. LE D^ BÉRILLON
Rédacteur de la Revue de VHypnotisme
Gomme je vous Tai promis, je vous envoie ma confession d'hypnotiseur. Les petits malheurs qui nous arrivent, de môme que les grands, sont aussi utiles pour notre instruction que les succès. C'est donc des petits malheurs de ma pratique de Thypnotisme dont j'ai tiré profit, que je viens vous entretenir.
Les endormeurs d'autrefois n'étaient pas sans avoir observé des accidents pendant leurs opérations. Ayant l'idée préconçue qu'ils chargeaient d'un fluide les personnes sur lesquelles ils croyaient agir, ils attribuaient à un excès de ce tluide tous les efl'ets de leurs manœuvres. Et comme ils s'étaient aperçus, qu'une fois produits, ces effets ne se dissipaient pas tout de suite, pour en hâter la disparition, ils avaient pris la précaution de toujours démagnétiser; c'est-à-dire, de faire sortir du corps de leurs sujets le fluide qu'ils croyaient y avoir accumulé. Si la théorie était fausse, on doit avouer que la pratique était sage.
Dès le début de mon entrée dans la carrière difOcile d'/ij^pnatiseur, je fis usa^e d^\^tcv^V\\Cidftla.!5lus employée
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pour déterminer le sommeil artificiel, celle de Dupotet et de Lafontaine. Elle s'imposait nécessairement à moi pour commencer. Je constatai qu'elle ne produisait le plus souvent des résultats qu'avec une lenteur désespérante et, qu'à la fin, par suite de la mise en retraite de leur attention sur une sensation unique, le plus grand nombre des personnes auxquelles je recommandai de fixer leurs yeux sur les miens, finissaient à mesure que par là elles isolaient leurs autres sens du monde extérieur, par présenter à mon observation une respiration plus ou moins haletante, en même temps que l'accélération du pouls, etc., et ne s'endormaient que consécutivement après ces symptômes d'excitation. J'attribuai ces symptômes, à l'effort, que ces personnes faisaient pour fixer leur attention sur mes yeux et à leur contention d'esprit ; et si je n'avais remarqué que, par l'habitude de s'endormir, elles ne présentaient bientôt plus ces signes anormaux , j'aurais sans doute longtemps hésité à admettre, comme aujourd'hui, que l'état produit était simplement un état semblable au sommeil naturel.
De ce procédé classique, auquel je trouvai des inconvénients, je passai à l'essai de celui de Braid. Son auteur, en faisant concentrer le regard de ses sujets sur un objet en dehors de tout voisinage de personne, eut le grand mérite de démontrer à jamais que le sommeil provoqué, ou improprement l'hypnose, n'est pas l'effet de l'action d'un fluide étranger et humain, mais qu'il naît de l'isolement des sens et d'une concentration de Tattention. Cependant, ce procédé si utile pour la démonstration du mécanisme de la détermination du sommeil, et pour déblayer le terrain des hypothèses conçues afin d'en expliquer la cause ; ce procédé, dans son application, me présenta de graves inconvénients. D'abord, comme certitude des résultats, il fut inférieur ^ (iç\\vv ^^ \i\y^<^V^> ^
ensuite, dans ses effets, il fut bien moins innocent. Un jour surtout, et c'est ce qui mit le comble aux déboires qu'il me procura, un jour que j'avais mis en rang, sur des chaises, six personnes qui voulurent se conper à moi pour ôtre endormies, et dont les yeux, d'après mes indications, restèrent fixés en haut sur un objet brillant mis audessus du front, Tune d'entre elles, presque aussitôt tomba à la renverse prise de violentes convulsions. Si j'en fus quitte pour la peur, car cet accès n'eut aucune suite fâcheuse, je fus pourtant obligé, sous peine de discrédit, de renoncer à un procédé qui exposait à de tels accidents. Ce ne fut pas l'arrêt de l'attention sur l'objet de la vision qui fut pour quelque chose dans le de'veloppement de cet accès ; mais ce furent l'éclat de cet objet et le pseudostrabisme fatigant des globes oculaires qui produisirent tout le concert désordonné des mouvements réflexes qui eurent lieu.
Celle aventure me fît pour longtemps abandonner la méthode de Braid, et si j'y revins plus tard, et cela seulement comme moyen préparateur du sommeil, ce fut dans certaines circonstances particulières où les sujets étaient rebelles à d'autres procédés ; mais alors je l'employai modifiée selon les indications de M. le docteur Durand (de Gros) : l'objet à regardcîr était peu brillant, et le sujet à influencer le maintenait lui-môme, loin des yeux et à peine à leur hauteur. De cette manière, il n'y avait plus de production de faux strabisme, ni d'excitation trop grande de la rétine.
Peu content de ces deux procédés, j'y substituai un moyen mixte. Tout en me faisant encore regarder dans les yeux par les sujets à hypnotiser, pendant une à deux minutes, je leur fis surtout l'affirmation de dormir, ainsi quele pratiquaitl'abbéFaria; et silesyeux ne se fermaient pas, je leur abaissais les paupières et, en plus de Faria.
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j'annonçais «ensuite les principaux symptômes de la production du sommeil :le besoin de dormir, la pesanteur des paupières, le sentiment du sommeil, la diminution de l'acuité des sens, etc. Etces symptômes je les leur répétais plusieurs fois d'une voix douce. Ainsi, par une suggestion multiple, mais tendant au même but, l'idée de dormir s'insinuait peu à peu dans leuresprit, et elle finissait enfin par s'y fixer.
A partir de l'établissement de cette réforme capitale dans ma manièred'hypnotiser,mesmalades s'endormirent tranquillement et beaucoup plus vite. Je ne rencontrai plus querarement des sujets qui, même dans les premières séances, présentassent de la dyspnée ; le sommeil se produisait bientôt, et avec autant de facilité et de calme que lorsqu'on s'endort du sommeil ordinaire. J'étais certainement en voie de progrès, et j'agissais à juste litre selon la devise : luto, cito et jucunde. Mais les hommes sont ainsi faits; ils ne sont jamais satisfaits et veulent toujours faire mieux. Et à cause de cette insatiabilité, pour ma part encore, j'eus dans l'avenir de nouvelles surprises désagréables. Comme ilse présenta davantage de clients à mes séances, je voulus satisfaire le plus grand nombre d'entre eux, et afin de ménager du temps, je diminuai, puis je supprimai presque en entier le premier temps de mes hypnolisations. Je mis surtout mes soins à leur suggestionner les signes du sommeil, et je leur en inculquai les idées, non plus avec calme et avec douceur, ainsi queje faisais auparavant pour imiter le recueilloinent psychique de l'entrée en sommeil ordinaire, mais je parlai avec feu et une certaine brusquerie. En outre de quelques mouvements musculaires et convulsifs plus ou moins généralisés dont je devins facilement maître, je vis apparaître ce que je n'avais pas encore rencontré : des accès de syncope. Par un retour trop brusque de l'attention
sur les idées formatrices du sommeil, il m'advint de déterminer ces accès que Ton voit arriver si souvent dans la pratique de la médecine, à la suite d'une surprise, d'une émotion, de la vue du sang, de la crainte d'une opération, etc. etc. Dans cescasde défaillance, la force nerveuse étant appelée trop vivement au cerveau sur l'idée émotive l'action motrice de ce dernier vers le cœur en est diminuée, puis à son tour, privé qu'il est de son excitant naturel : le sang, le cerveau cesse de penser activement en môme temps que le cœur cesse presque d'agir. A part r^^lément émotif, ce fut par un semblable mécanisme que se manifestèrent ces nouveaux accidents. Ils se renouvelèrent sept à huit fois. Ce fut trop. Mais je demande les circonstances atténuantes, car il y a des sujets qui tombent en faiblesse pour des riens. J'en ai rencontré un qui, malgré les meilleures précautions, eut de nouveauune syncope à la seconde fois que je tentai de le plonger dans le sommeil provoqué . Ce ne fut qu'en le couchant sur un canapé, à la troisième séance, que je parvins à pouvoir l'endormir. Dans ces derniers temps, j'eus encore un désagrément du même genre avec une dame sujette à la syncope, et cela pendant que je la laissais sommeiller dans un fauteuil. Les conséquences de ces accidents furent que je ne me pressai plusautant pour endormir mes malades: je refis mes suggestions avec plus de précautions et de lenteur, et depuis lors j'ai toujours eu à me féliciter d'être ainsi revenu à résipiscence.
S'il estdes accidents qui surviennent pendant la période de la formation des états du sommeil provoqué, à l'opposé, il en est d'autres qui prennent naissance au sortir de ces états. La cause de ces seconds accidents est attribuée par moi à ce que je désuggestionnais mal pour réveiller ou à ce que je nedésuggestionnaispas du tout. J'ai prouvé ailleurs, et c'est une partie de mon credo, que le sommeil
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provoqué el le sommeil ordinaire sont du même ordre, parce que, du commencement à la fin, les phénomènes de l'un et de Tautre sont parallèlement identiques, et que ridée de la mise en retraite de la pensée active caractérise ces états une fois qu'ils sont produits. Ils ne diffèrent qu'en ce que le dormeur ordinaire s'auto-suggestionne pour entrer dans son sommeil, au contraire de l'autre qui, dans le même but, est suggestionné par autrui; et qu'enfin le premier, tout au contraire encore, et pour la raison qu'il s'auto-suggestionne, reste isolé et conséquemmentne présente pas de catalepsie :]il ne s'est endormi dans ridé i de qui que ce soit. Eh bien I pour pousser la comparaison avec fruit sur le terrain que j'aborde, de môme qu'au réveil pendant le sommeil ordinaire, s'il se fait brusquem'înt, les personnes sortant de cet état sont comme étourdies, ou voient trouble, ou ont des tournoiements, ou chancellent, etc. ; de mêmeausortirdu sommeil provoqué, il se présente des troubles physiologiques semblables chez ceux queTon réveille. Ce sont ces phénomènes ultimes de perturbation qu'il faut savoir prévenir ou dissiper chez les hypnotisés. Faute d'avoir assez agi en ce sens, à celte époque môme où j'étais débordé par trop de clients et où j'eus quelques sujets pris de défaillance, il m'advint une série d'incidents pathologiques par trop de précipitation pour réveiller, et, quoiqu'ils fussent légers, ils me donnèrent à réfléchir. Dc's malades restèrent somnolents le reste de la journée qui suivit l'hypnotisation ; d'autres éprouvèrent de la céphalalgie, de la pesanteur de tête ou un engourdissement général, ou du malaise, ou des envies de vomir; quelques-uns s'en allèrent comme s'ils étaient ivres, et l'un de ces derniers, en sortant de chez moi, alla tomber même contre une porte, etc. etc. C'était trop, et ce fut là plus qu'il n'en fallait, dès que j'en eus connaissance^ ^oat
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me ramener dans le bon chemin que je n^aiirais pas dà quitter. Je compris alors mieux que jamais que si, comme on Ta remarqué plus haut, trop de précipitation pour endormir par suggestion pouvait être nuisible, trop de précipitation pour réveiller amenant une désuggestion incomplète, pouvait encore avoir de fâcheuses con?étfuences. Instruit par ces remarquesj'ensuis revenu à une désuggestion moins rapide à Tégard de mos malades, et, depuis, quand ils sortent de leur premier sommeil, je les fais attendre quelque temps encore, afin de les réveiller tout à fait, s'il leur reste quelques symptômes anormaux.
Depuis celte époque déjà lointaine, il m*est arrivé, sous ce rapport, de m'oublier encore quelquefois. Naguère, pour n'avoir pas été suffisamment désuggestionné, un de mes bons somnambules, qui avait reçu Tordre désagréable de déganter une dame de force, à son réveil, fut tellement agacé de la '•'^sistance de cette dame que, rentré dans sa famille, il fut pris, pendant vingt minutes, de mouvements violenis dans tout le corps, qu'au moment même du réveil, un rappel suggestif et immédiat au calme aurait empêché. Et .«i le médecin qui fut appelé eût eu connaissance de ce moyen, il aurait bien plus facilement moîlrisé l'accès et ses suites qu'avec des agents thérapeutiques.
C'est aussi pour une même étourderie qu'une fillette Irès nerveuse, âgée de neuf ans, et qui fut une première fois hypnotisée par moi, eut encore un long accès convulsif, cinq heures après être sortie de ma clinique. Elle y revint depuis lors, et grâce à des précautions attentives, Kaccès qu'elle avait eu ne récidiva pas, et elle put continuer le traitement lîommencé, avec avantage. Voilà, certes, de gros péchés : que le médecin qui n'en a pas sur \h conscience me jette la pierre I
Dans ma longue carrière d'hypnotiseur, j'ai en outre
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observé d'autres accidents qu'il est bon de raconter pour rinsiruction des lecteurs : ils présentent un véritable intérêt. Ils ne furent pas l'effet d'une entrée trop rapide dans les états de sommeil provoqué, ni d'une Hésuggestion finale, nulle ou incomplète. Ils résultèrent d'expériences que je fis sur des somnambules et, par eux-mêmes, ils démontrent qu'il faut être sobre de suggestions qui, quoique instructives, affectent douloureusement les sujets. Une fois que, pendant son sommeil, j'eus affirmé à l'une de mes somnambules qu'elle ressentirait de la douleui* au pied gauche, dès qu'elle serait éveillée, cette douleur se manifesta en effet assez vivement pour qu'elle ne pût marcher. La chose constatée, je désuggestionnai aussitôt et je laissai partir la somnambule. Mais, ce à quoi je ne m'attendais pas, c'est que la douleur imaginaire revint dans la journée et força la malade à se coucher. 11 faut admettre que la douleur, que je lui avait suggérée, ayant été fortement imprimée dans la mémoire, elle se reproduisit par une remémoration intestine et automatique de l'esprit. Toujours est-il que, quoique le remède ici soit à côté du mal, je ne recommencerai plus. Que de douleurs, que de symptômes nerveux prennent ainsi naissance chez des personnes impressionnables, par une affirmation insciente qu'elles s'en font ! Témoins les hypocondriaques. Un autre somnambule avait reçu de moi la suggestion d'apercevoir, étant éveillé, un perroquet perché sur un meuble de mon bureau. Un jour, car je n'en avais pas fait la désuggestion, je le vis faire dans le vide un geste de la main et ensuite porter la même main à l'une de ses oreilles, comme s'il se fût passé quelque chose autour de lui. Je lui demandai la cause de son geste insolite. Il me répondit qu'il venait de repousser mon perroquet qui lui avait pincé l'oreille, et il me montra sur la main dont il s'était servi, des taches de sang que les assistants ni
moi ne voyaient, pas plus qu'ils ne voyaient aussi Toiseau taquin. Evidemment, cet homme rêvait éveillé de Tobjet de son hallucination, et son rêve était une prolongation par association d*idées, de Tidée que je lui avais suggérée pendant son somnambulisme antérieur, un jour auparavant» Ce rêve s'était développé dans le sens étroit, constaté plus haut, mais, sous tous les autres rapports, il ne rêvait pas: il était resté sain d'esprit. — Conclusion : pour éviter le développement de pareils faits, il faut encore toujours désuggestionner.
Ce que je vais ajouter est aussi d'une grande utilité. Ily est démontré qu'on ne doit pas se contredire dans les suggestions que l'on fait à ses dormeurs, même à deux jours de distance.
Cette fois donc, je dis à un de mes somnambules, à peu près guéri de son mal, qu'il dormirait toute la nuit. Le lendemain, pour une autre raison, je lui ordonnai d'uriner deux à trois fois dans le même temps consacré au repos, lime revint trois jours après, mais accompagné de sa femme. Tous deux étaient désolés. Une nouvelle maladie, de rincontinence d'urine nocturne, s'était déclarée. Jugez de ma stupéfaction ! Je m'aperçus que cette incontinence était l'effet des affirmations contradictoires que j'avais faites il y avait quelques jours. Une simple affirmation de la guérison pendant l'état de somnambulisme suffit pour débarrasser le malade de cette émission d'urine d'un nouveau genre, et je passai aux yeux des deux époux pour un habile homme.
Tous les faits psychiques, plus ou moins pathologiques, dont je viens de parler, sont survenus dans diverses formes du sommeil provoqué. Ce sommeil, ce que Braid a démontré le premier, a pour élément formateur une concentration de l'attention des sujets à influencer sur une sensation prolongée et toujours la même de la vue.
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et par conséquent sur Tidée dont cette sensation est le point de départ ; et elle est caractérisée par l'impossibilité absolue qu'ont les sujets bien endormis de pouvoir évoquer, par un effort volontaire, les idées qu'ils ont dans l'esprit, et de ne pouvoir se servir de leurs sens devenus inertes*.
Mais, en outre des états du sommeil provoqué et du sommeil ordinaire, ce dernier remplissant le tiers de l'existence, ce qui implique son importance psychique et physiologique, il est d'autres phénomènes appartenant au même ordre de l'état passif et qui, chez l'homme éveillé, se développent encore comme les précédents par l'appel plus ou moins énergique de l'attention sur des idées. Il y a plus de vingt ans^ que, par simple affirmation verbale, j'ai fait disparaître des symptômes morbides sur des malades non endormis et qui n'avaient jamais été hypnotisés. Déjà autrefois, les magiciens, les sorciers, en leur propre nom ou au nom du diable, opéraient des miracles en mal, comme le zouave Jacob, an nom des esprits, comme les saints et la Vierge qu'on implore en produisent encore aujourd'hui en bien, par une autosuggestion qu'on s'en fait. M. le D' E. Lévy (de Nancy) raconte'* « qu'à l'aide de la suggestion, il a pu rendre brusquement aphasique, pendant quelques instants, des personnes au cours d'une conversation. Dans un salon, il
1 C^est par le même mécauisma, et je ne saurais trop le répéter, que se développe le sommeil ordinaire et Peogourdissement psychique et organique qui le caractérise. Ce qui confirme Tidentilé de ces deux états, c^esl que le sommeil ordinaire se transforme en sommeil artificie par sug-reslion, et que ce dernier se résout en sommeil ordinaire. Du reste, dans le somnambulisme provoqué, le sujet dort du sommeil ordinaire pour ceux dont il est isolé. Le rapport établi avec Tendormeur et la catalepsie qui en découle, en sont les seuls signes surajoutés.
2 Du sommeil. Paris, V. Masson.
' Revue médicale de VEst, août 1886.
a même arrêté à la fois au milieu d'une partie de cartes, deux jeunes gens, au moment même où leurs mains se levaient pour abattre les cartes ». Cette méthode d affirmation inopinée est très inférieure dans ses résultats à celle ifui consiste h suggestionner pendant la durée des états de sommeil provoqués: elle a à sa disposition moins d'attention accumulée, quand on remploie à produire les effets que l'on désire; aussi est-elle impuissante le plus souvent. Mais, c'est surtout chez les personnes que Ton a hypnotisées déjà souvent, ce qu'a surtout démontré M. le professeur Bernheim, qu'apparaît, dans toute sa réalité, la facilité de recevoir alors la suggestion verbale pendant la veille. Aussi, de cette prédisposition acquise, il peut en résulter, eomme on va le voir, des inconvénients désagréables.
Une fois je voulus démontrer devant une mère que son fils que je traitais et qui avait déjà été hypno1iî?é par moi, était à même, tout éveillé, d'éprouver îe contre-coup sur l'organisme d'une suggestion verbale. Aussitôt, par simple affirmation, je le rendis quelque temps muet. La chose démontrée, je le désuggestionnai. Ils repartirent jabo- *ant ensemble et étonnés du prodige. Mais 1*^ lendemain, de grand matin, à ma grande surprise, le jeune homme m'arriva tout effaré; il s'était habillé à la hâte et avec négligence: je me souviens môme qu'il avait mis un bas bleu à une jambe et un rouge à l'autre. C'est qu'à son réveil, il avait voulu parler: mais sa voix était restée figée au fond de son gosier! Qu'on juge de son effroi! Je me hâtai, par suggestion, de lui rendre la parole dans le cours d'un nouveau sommeil provoqué, et je me promis, dans pareil cas, de mieux affirmer, désormais, l'oubli du phénomène suggéré. Je ne puis expliquer ce singulier mutisme qu'en ce que, sans doute, ce malade en dormant avait rôvétju'il était redevenu muet.
Un de mes somnambules était aussi très sensible à
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l'affirmation durant Tétai de veille. Ilsuffisait de lui dire, avec Tair de la conviction, une chose fausse de l'ordre des sensations ou des idées à exécuter, pour qu'il y crût : on l'hallucinait et on lui faisait exécuter alors tout ce que l'on voulait. Ses compagnons d'atelier s'en étant aperçus, en abusèrent. Mais, averti par le contremaître, je mis ordre à ce qui se passait. Je le réendormis et je lui suggérai que personne, excepté MM. Bernheim, Liégeois et moi, n'aurait pouvoir de l'endormir et de le suggestionner. Dès lors on ne put plus abuser, que je sache, de sa crédulité excessive. Et ce fut un bien. C'est ainsi que les hypnotiseurs de Nancy agissent tous pour mettre leurs sujets à l'abri de l'action des profanes. Et puis, dans l'intérêt de ces hommes trop suggestibles, on a encore une autre ressource, c'est d'éviter, ce que d'après son expérience nie disait, au Congrès, M. le D' A. Voisin, c'est d'éviter de produire des hallucinations, etc. , dans un but inutile ; ainsi on n'active pas leur mobilité psychique déjà trop grande, et Ton ne brise pas le peu de resirort qui leur reste pour résister aux impulsions provenant d'autrui.
Un autre de mes malades, étant guéri d'une sciatique très ancienne, afin d'empêcher le retour de son mal, j'eus plusieurs jours l'idée, ce qui m'avait réussi quelquefois, de le faire tressaillir en le surprenant par un mouvement inattendu et brusque, et en lui faisant en même temps l'affirmation de sa guérison. Peu après je rencontrai cet homme dans le service médical de M. Bernheim. Il avait à chaque instant des secousses nerveuses qui ébranlaient tout son corps et qui étaient analogues à celles que, pendant l'état de veille, je lui avais procurées auparavant. Sans doute qu'il se les était affirmées ; car il était très hypnotisable. A l'aide d'ingénieuses suggestions, M. Bernheim parvint à le débarrasser de ce tic venu de mes manœuvres perturbatrices.
Je me souviens encore qu'autrefois, en présence d'm médecin qui m'accompagnait dans une tournée chez mes malades, j'ai guéri de cette môme manière, c'est-à-dire par surprise, une personne anémique et gastralgique depuis longtemps. Son affection disparut du coup. C'était encoarageant. Mais il lui resta une soif vive qui ne se passa que peu à peu, d'après ce que j'appris d'elle plus tard. Si j'en avais eu l'idée, une seule suggestion, dans le sommeil provoqué, aurait sans doute pu suffire pour la débarrasser de ce besoin pénible ; mais on ne peut tout prévoir.
Des faits importants dont je viens de parler et qui me sont advenus, il découle qu'il ne faut jamais faire d'expériences de pure curiosité ; qu'il faut éviter l'emploi des procédés violents ; et que dans tous les cas, on doit, par suggestion pendant le sommeil, mettre dans l'esprit des somnambules que, sauf quelques hypnotiseurs, personne n*aura le pouvoir de les endormir et de les suggestionner à l'état de veille.
Cette dernière et sage précaution eut pourtant, un jour, entre mes mains, un fâcheux résultat. Une jeune fille, d'une intelligence hors ligne et qui, à la suite de mes hypnotisalions, avait été débarrassée d'une hystérie à symptômes très anormaux, fut privée, pour cause de maladie, d'entrer à l'école normale supérieure où elle avait été reçue la première, parce que le médecin chargé de lui donner un certificat de santé, ayant voulu à son tour l'en» dormir, n'y parvint pas et lui procura bel et bien un accès nerveux très violent. Prise entre l'idée de dormir que ce médecin lui suggérait, et celle que, dans son dernier somnambulisme, je lui avais imposée de ne pas dormir avec d'autres qu'avec moi, ce dont je ne l'avais pas avertie, il en résulta pour elle un choc mental avec ses conséquences; c'est-à-dire une nouvelle manifestation de ses accès hystériques antérieurs. Pour éviter un tel accident, il aurait
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fallu que je prévinsse d'avance cette jeune fille qu'elle ne pouvait être endormie par personne autre que moi, sous peine de troubles organiques; ce à quoi je n'avais nullement songé.
Telle est ma confession, Monsieur le rédacteur; je vous fais mon meâ culpâ. Il y a sans doute encore quelques gros péchés que j'ai omis, et quelques peccadilles qui m'échappent, perdus qu'ils sont dans l'oubli ; mais je n'ai rien celé.
Cette énumération de mes petits malheurs paraît importante de prime abord ; mais ces accidents, à ne les considérer que comparativement au nombre des malades que j'ai traités (car j'en ai hypnotisé plus de 7,500, dont beaucoup l'ont été plusieurs fois, et quelques-uns des centaines de fois), ces accidents n'apparaissent plus k l'examen que comme de légers nuages dispersés sur le ciel bleu. Et maintenant que la période des tâtonnements est passée ; que de nombreux adeptes se livrent à la pratique de l'hypnotisation, on peut dire qu'en raison de l'expé- TÎence acquise de jour en jour, les troubles organiques inhérents aux manœuvres hypnotiques deviendront de moins en moins fréquents etplusinsignifiants. M. Bernheim confirme cette manière de voir par les résultats de sa clinique. Il dit dans son livre récent ^ « qu'il a seulement remarqué, chez ses sujets, quelques tremblements nerveux , <)nelquefois une respiration halitueuse, du malaise, de l'accélération du pouls, etc. ,et il note que ces phénomènes disparaissent dans les séances suivantes. Il ajoute qae « l'hypnotisation bien maniée n'offre pas le moindre inconvénient. L'habitude prise, les sujets s'endorment paisiblement comme du sommeil ordinaire et se réveillent de môme sans le moindre malaise.»
* Voy. De la sugoestion, p. 411, 1886, Octave Doliv.\^^x\ft,
Ces observations de M. Bernheim sont très justes, et il n*y a guère d'hypnotiseurs à Nancy, que je sache, qui aient eu les désagréments éprouvés par moi dans ma longue carrière hypnotique, en un temps où je marchais dans les ténèbres et presque sans guide.
Il a élé constaté plus haut que, par raffirmation des signes du sommeil ordinaire, oa produit le sommeil provoqué; que par suggestion, dans le cours de ce dernier, on détermine sur les sujets endormis une foule de phénomènes psychiques et physiologiques ; enûn que, par une même injonction, celle de se réveiller, les sujets sortent de l'état passif dans lequel on les a mis. On a vu aussi que, dans la période de la veille, même chez les personnes qui n ont pas encore été hypnotisées, on. peut déterminpr des effets qui sont le résultat des idées suggérées et dont on pénètre leur esprit. J'ai signalé encore, sans en démontrer la certitude, car ce n'est pas ici la place de soutenir celte thèse, que le sommeil ordinaire lui-même est la conséquence de la mise en retraite de la pensée loin des sens, à la suite d'une suggestion que Ton se fait à soimême ; ce qui amène le repos des organes.
Il est aussi d'autres états de l'esprit, et conséquemment du corps, qui se manifestent très souvent ainsi dans l6 cours de la vie, et que je ne fais que signaler ; tels sont: les maladies, par autosuggestion plus ou moins inconsciente, plus communes qu'on ne le suppose ; tels sont: des états d'esprit comme V abstraction, la colère, la peur, l'extase, la fascination, etc. Pour ne parler que de la fascination, il est des procédés, des tours de main, des manières de regarder, de parler, des influences parles bruits, la lumière, etc., qui amènent cet état, et dont le point de départ suggestif est une idée imposée. Une fois le sujet mis dans l'inertie de la pensée, le fascinaleur s'empare de la volonlé, de même que cela se pratique
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dans les étals du sommeil provoqué, et il en est le maître absolu. Les magnétiseurs Donato, Hansen, etc., dans ces dernières années, se sont fait une grande réputation dans le genre d'expérimentation, et il faut l'avouer sans vergogne, par la production de faits curieux et étranges, ils ont grandem'ent contribué à la vulgarisation de Thypnotisme. N'étaient leurs expériences convaincantes, et même ces accidents, plus ou moins graves, qu'ils ont causés par suite de trop de brusquerie dans la production des phénomènes suggestifs, et surtout par Toubli de désuggestionner, les savants n'auraient certainement pas été aussitôt appelés à s'emparer de l'étude des phénomènes excessivement intéressants qui sont sortis de cette monstruosité scientifique occulte que l'on appelait : le magnétisme animal.
Actuellement que les hommes de science selivrenfà l'étude de l'hypnotisme et des autres états plus ou moins analogues qui sont des effets du moral sur le physique, les séances d'amateurs n'ont plus de raison d'être, pas plus que les appels à la proscription poussés contre celte nouvelle science tant de fois maudite. Ces appels n'auront guère d'écho, à présent que les vrais savants s'en occupent Déjà les adversaires qui la niaient hier, la reconnaissent aujourd'hui, il est vrai, comme dangereuse ; demain, forcés dans leurs derniers retranchements, ils la déclareront peut-être inutile, jusqu'à ce qu'enfin confondus et vaincus par l'évidence, ils seront obligés de l'admirer pour la lumière qu'elle répandra sur la psychologie, la médecine, le droit, la pédagogie, la philosophie, la religion, l'histoire etc., cl sur eux-mêmes.
Veuillez recevoir, Monsieur le rédacteur en chef, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
A. LlÉBEAULT.
E.clrait de Id revue de Vh\jpnotisme^ 1" octobre et V novembre 1886, p. 105 et 143.