‹ Thérèse, drame en deux actesChapitre 13 sur 21 · ANDRÉ THOREL, THÉRÈSE · texte numérisé non relu

ANDRÉ THOREL, THÉRÈSE

(Thorel, à son bureau à gauche, rangeant des papiers. Thérèse, debout, contemplant, songeuse, le fleuve au loin.)

UN CRIEUR, voix d'enfant.

Demandez, demandez le dernier bulletin : « Noms et professions des suspects o. Demandez ! Achetez ! C'est pour rien !

THÉRÈSE

Jour de juin! jour d'été! Les hirondelles passent jetant leurs cris de joie au ciel clair, au ciel bleu. Et les hommes là-bas, avec leurs cris de haine, font tressaillir mon cœur d'un invincible émoi. Comme on serait heureux aux champs ou dans la plaine ! Les bleuets sont fleuris parmi les blés jaunis... Comme on serait heureux loin des bruitsde la ville !... Jour de juin! jour d'été!

THOREL, interrompant son travail et la regardant. Que dis-tu? Le tambour te fait peur, girondine !

THERESE

Oui, le roulement sourd qui chasse la pitié'. Ah ! s'il pouvait couvrir, couvrir la voix sinistre des crieurs, colportant la liste des suspects.

THOREL

Tu songes à l'ami qui vit en cet asile; mais qui soupçonnerait son refuge? Un proscrit chez moi, représentant!... Oui, je dis que ma vie a préservé la sienne. Eh bien,, c'est ma fierté. L'amitié, l'amitié sainte a ses droits, je les connais; et je garderai sans crainte, pour le mettre hors d'atteinte, l'hôte que mon toit protège, restant à la fois fidèle à deux devoirs de ma vie : l'Amitié, la- Liberté 1

THÉRÈSE, montrant la statuette.

La liberté, c'est ta déesse, elle coûte cher aux mortels !

(On entend jouer et chanter Ja romance de Fabre d'Églantine : Il pleut, bergère.)

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