SCÈNE VII
THÉRÈSE, (seule).
Il estsauvé !... Adieu le cher passé !... J'aurai, pour consoler mon âme inassouvie, le souvenir exquis et l'austère devoir ; André !... mot dont le froid accent glace mes lèvres ; devoir pour qui Ton vit, devoir pour qui l'on meurt...
(On entend, très au loin, d'abord, le rythme du rappel; puis, peu à peu, le bruit du tambour grandit. Ce sera, à un moment, sous les fenêtres, une sonorité effrayante mêlée de cris furieux.)
THÉRÈSE, comme si elle apercevait une horrible vision.
Mais, quelle est cette foule? Elle gronde! Elle avance ! C'est Téchafaud qui vient, la charrette qui passe ! J'entends
des cris de mort!... Et qui donc va mourir? (Se penchant versla fenêtre. Avec un grand cri.) Grand Dieu I Qu^ai-je donc vu?... Est-ce lui?... C^est André!... André! Lui, mon époux! André qui va périr pour le salut de Pautre!... André!... C^est moi!... André!... Je pouvais fuir, oui..., fuir avec Armand ! Mais je veux te rejoindre ! Je te donne ma vie ayant porté ton nom ! (Avec exaltation.) Salut, devoir ! A bas la guillotine! André!... Attends! Attends ! André, regarde-moi !
voix d'andré, au dehors.
Thérèse !...
THÉRÈSE
André ! Je te rejoins ! Allons, foule stupide, réunis les époux! André ! Je veux mourir! André ! Vive le roi !
(Elle a poussé ce cri dune façon éperdue, affolée, échevelée, superbe,
debout, à la fenêtre) (Cris farouches au dehors.) (La chambre est envahie par les sectionnaires, les gens du peuple,
les femmes.)
LA FOULE,, hurlant.
A mort ! à mort ! Au tribunal, la Girondine ! A mort! A TAbbaye ! A mort ! à mort !
THÉRÈSE
O mort! ouvre tes bras! (Fièrement, héroïquement.) Mai chons !
(La foule se précipite en hurlant sur Thérèse, qui marche, statue vivante, au milieu des cris de colère et de haine.)