‹ Thérèse: opéra comique en deux actesChapitre 30 sur 53 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

PATERSON; BAI.FOUH, entrant par la petite porte du fond a droite. Il a un (jrand maMicau noir, une longue épéc, un p(ii(;iiard à sa ceinture. Visage pâle et (;ro$ iourcils.

IULI-OLri, entrant.

Salut!

I'A'IERSd:* , icineltant avec fiayeiir >on vetic mm la labl.'.

Ili-iii '!... nui vient là ?

«stftb

r.ALi-()un.

Un soldat d'Israël , un soutien de la sainte cause.

C'est vous, monsieur Ralfour? à cette heure avancée et par ce temps du diable!

RALFOUR.

Silence! Point de jurements, de profanation !

PATERSOH.

C est vrai. Pardon , je ne songeais pas que des puritains distingués comme vous et moi !... (Bas ) Peste de la visite !

BALFOUR

L'archange qui veille au salut de l'Angleterre m'a dit: «Lève-toi!» et je me suis mis en chemin.

PATERSON

C'est à merveille. Mais entrer ainsi comme un fantôme, et par celte porte où personne ne

passe !...

BALFOCR.

N'est-ce pas vous-même qiù m'avez donné la clé du parc (|ui ouvre aussi la tourelle dont l'escalier conduit ici?

PATERSON

Oui, sur votre demande.

RALFOUR.

Il le fallait. Je commande la sainte milice qui veille à la tranquillité de la côte : on m'a établi dans le villlage, et je dois avoir mes entrées secrètes chez le shérif pour pouvoir nuit et jour m'en tendre avec lui à l'effet d'exterminer les infidèles et les impies !

PATERSON

Et vous vous en acquittez avec un zèle, une conscience !... Encore le mois dernier, quatre hommes fusillés sans procédure et sans les entendre !... c'est admirable !

BALF013R.

Et je viens vous prévenir que je suis mandé cette nuit pour une semblable expédition. Préparez votre rapport pour Londres; les écritures vous regardent. Laissez les noms en blanc, car je ne sais pas encore quel est le proscrit dont je vais m'emparer. Je reviendrai demain vous dire comment s'appelait le Moabite.

PATEli.SON.

Encore un homme à fusiller?

RALFOUR.

Ou à pendre: suivant sa qualité... cela m'est égal.

PATERSON

Et qui vous a dénoncé celui-ci ?

RALFOUR.

Toujours notre agent secret , notre espion fidèle, ce patron hollandais à qui nous permettons la contrebande pour nous amener du continent les rebelles (pii veulent revenir en Angleterre; il m'a fait prévenir, et je vais au rendez-vous.

Acri: II, scèm: IV.

l'AlEnSON.

Mais vous venez de faire une course assez lon{;ne ; voulez-vous qu'on vous serve une collation ?

liALForn.

C'est jour de jeûne pour moi.

PATEnSON.

Pas même un verre de vin des Canaries ?

DALFOUn.

Je ne bois que de l'eau, comme le peuple saint au rocher de Moïse.

PATERSON

Comment!... vous ne vous permettez jamais une petite débauche avec un ami?

BALFOUR, avec indijjnalion.

Jamais !... j'ai des plaisirs qui ne sont pas les vôtres.

COUPLKTS.

Dès que le jour se lève , Avec tlevotion Je m'arme du saint glaive Et je vais au sermon.

Loin d'un monde frivole, Là, sans besoin charnel, J'écoute la parole Qui doit m'ouvrir le ciel.

Du matin au soir, du soir au matin.

Voilà les plaisirs du vrai puritain.

Puis, après la prière.

Dans mon zèle pieux ,

Je vais, poiw me distraire ,

Saisir des factieux!

Ma voix leur fait comprendre

Qu'il faut se repeiuir,

El puis, je les fais pendre

Pour mieux les convertir.

Du matin au soir, du soir au matin , Voilà les plaisirs du vrai puritain.

Dieu vous garde, bonsoir.

PATEKSON , sur le seuil de la petite porte. Serviteur!... bien des choses à misiriss Balfour !... j'embrasse mon filleul, votre petit dernier. (Fermant la porte.) Que le diable puisse emporter cet enragé fanatique... avec ses grands mots de Bélinl ou d'Israël!... Ma foi, si les Jacob et les Abraliam avaient les manières et la physionomie gracieuse de ce gaillard-là , cela devait faire dans le de'sert une société bien charmante ! Je suis s\\r que je vais faire de mauvais rêves! allons toujours nous coucher. ( Il prend une bougie.)

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