‹ Thérèse: opéra comique en deux actesChapitre 9 sur 53 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

CLARA , regardant.

Silence!

ROBIN

Non , non!... je n'en puis plus ! j'e'touffe !... quoi ! c'est vous ! c'est bien vous ! et moi je suis Robin ,1e berger des canards! vous en souvientil pas ?,

HENIir.

Calme-toi, mon ami !... l'orage m'a jeté sur les rochers ; ma barque s'est brisée... ces soldats m'ont surpris...

nOBlN , lui montrant le canot.

J'ai la mienne, mi lord ! je vous ramènerai où vous voudrez aller.

HENRI

Il suffit : dans une heure.

CLARA , vivement.

Y pensez-vous !... il faut fuir à l'instant ! quel motif vous ferait affronter ici la mort qui vous menace?

HENRI

Le service du roi.

CLARA

Et que pouvez-vous encore pour lui?

BOBIN.

Vous avez vu ces coquins? ils remplissent le château , et voici le dernier jour de la vente de tous vos biens.

HENRI

Je sais tout : je connais mon sort : la misère et l'exil. Maisj'ai fait mon devoir. Le roi m'attend sur un vaisseau fiançais à trois milles en mer. Hélas! malheureux prince! plus pauvre, plus à plaindre que le dernier matelot !... Pas une pièce d'or ! et je viens chercher ici tout celui que je possède encore pour secourir mon souverain.

ROIilN , surpris.

Vous venez chercher de l'or, dites-vous?

HENRI

Oui , un riche trésor amassé par mon père , dont-il nous a déjà fait passer la moitié, et dont je veux emporter le reste.

CLARA

Et où est-il cet or? la mort de votre père...

HENRI

Il avait tout prévu. « Si Dieu m'appelle à lui, m'écrivait-il, j'ai donné des ordres à Thérèse, la gouvernante du château ; adressez-vous à ce ceeur fidèle , et comptez sur son dévouement pour la famille

ROBIN , se récriant.

Ah! miséricorde! que Dieu nous assiste!

voilà bien l'aveuglement de milord!... Dame Thérèse, juste ciel!... mais si elle a votre trésor vous le retireriez plutôt des griffes de satan! c'est une scélérate, monseigneui, une complète scélérate !

HENRI

Que dis-tu là, Robin !... elle était si bonne femme ! elle nous aimait tant!

CLARA

Et toutes ses caresses quand nous étions enfants ! et ses larmes quand on nous fit psrtir pour la France V

ROBIN

Ah! pardi, Ihypocrite!... patte de velours comme une chatte sournoise! et moi qui vous parle ainsi, je serais encore sa dupe si elle voulait: elle a un sortilège pour me renverser l'esprit : je pleure et je ris suivant le bon plaisir de madame. Et il fallait la voir auprès de votre père: — "Milord!... le temps est humide!... gare votre goutte!... Voici vos pantoufles fourrées , votre élixir, votre manteau d'hiver !... courage, milord! il y a de bonnes nouvelles! Vive le roi !... que Dieu le bénisse! » — Oh! la misérable !

HENRI

Et puis?...

ROBIN

Et puis , dès que son maître a eu fermé l'œil, dès que la canaille a eu mis le pied dans la maison, la voilà devenue la plus enrajiée Cromvvéliste, une Tête-ronde furibonde! Elle va au prêche des hérétiques, donne aux soldats puritains votre vin de France, chante avec eux les infâmes chansons du Parlement, et fait les yeux doux à ce gueux de Paterson , monsieur le shérif, qui est riche de ce qu'il vous a volé, et qui a tourné casaijue comme un serpent change de peau!... Enfin, monseigneur, il n'y a plus ici que moi d'honnête homme. Ce n'est pas trop la peine comme vous voyez.

HENRI

Non, je ne puis te croire et je veux voir Thérèse.

ROBIN, vivement.

Ah! vous êtes perdu ! la honte va la rendre mille fois plus méchante ! Vous serez reconnu , dénoncé! vous risquez tout, milord !

CLARA

Henri ! prenez bien garde !...

HENRI, vivement.

Il me faut ce trésor ! je l'ai promis au roi !

ROBIN

Arrêtez!...

CLARA, le retenant.

Mon ami '...

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