‹ Thermidor: d'après les sources orginales et les documents authentiques, avec un portrait deChapitre 18 sur 123 · LUTTES EN FAVEUR DE LA TOLÉRANCE · texte numérisé non relu

LUTTES EN FAVEUR DE LA TOLÉRANCE

escalader le ciel ; ils oublient les Autrichiens pour faire la guerre aux dévotes. Paut-il appuyer notre cause de la fidélité de nos alliés? ils déclameront contre tous les gouvernements, et vous proposeront de mettre en état d'accusation le Grand Mogol lui-même... Vous ne pourriez jamais vous imaginer certains excès commis par des contre-révolutionnaires hypocrites pour flétrir la cause de la Révolution. »

Épuisé par ces luttes continuelles, il tomba malade à cette époque, et, pendant trois semaines (du 30 pluviôse au 23 ventôse), il fut obligé de garder la chambre. Quand il reparut, Thébertisme, foudroyé par leVieuxCordelierde Camille Desmoulins et par un virulent rapport de Saint- Just à la Convention, était terrassé, et ses plus ardents nectaires, accusés d'avoir conspiré le renversement de la Gauvention, étaient livrés au tribunal révolutionnaire.

Mais ce coup porté aux exagérés eut cela de funeste quMl engagea certains membres des comités de Salut public et de Sûreté générale à poursuivre ceux qui s'étaient le plus violemment déchaînés contre les hébertistes et qu'on appelait les Indulgents. Depuis quelque temps déjà, Danton et Camille Desmoulins, considérés comme les chefs de ce parti, après avoir tant poussé eux-mêmes aux mesures extrêmes, avaient été l'objet des plus amères dénonciations. A diverses reprises, Robespierre défendit, avec une énergie suprême, à la Convention et aux Jacobins, ses deux amis et compagnons d'armes dans la carrière de la Révolution. Pourquoi aurait-il attaqué Camille ? Est-ce que le Vieux Cordelier n'est pas d'un bout à l'autre un véritable dithyrambe en son honneur (^). Le jour où, au sein du comité de Salut public, Billaud-

(*) Un journal a récemment publié certains extraits du numéro?, du Vieux Cordelier^ défavorables à Robespierre. Mais ce numéro 7, arrangé ou non après coup, n'a paru que six mois après la mort de Camille Desmoulins, un mois après celle de RobespieiTe; celui-ci n'avait donc pu s*en montrer froissé.

Yarenne proposa la mise en accusation de Danton, Robespierre se leva comme un furieux en s*écriant que Ton voulait perdre les meilleurs patriotes (^).

Robespierre ne consentit à abandonner Danton que lorsqu'on fut parvenu à faire pénétrer dans son esprit la conviction que Danton s'était laissé corrompre, conviction partagée par Tintègre Gambon. Dans son procès, Danton a parlé, sans les nommer, des deux plats coquins qui l'avaient perdu dans l'esprit de Robespierre. Quoiqu'il en soit, le sacrifice de Danton et de ses amis fut un grand malheur. « Soixante-quatre ans se sont écoulés depuis le jour où la Convention nationale a immolé Danton, ai-je écrit dans mon Histoire de Saint-Just, et, depuis cette époque, les historiens n'ont cessé d'agiter les discussions autour de ce fatal holocauste. Les uns ont cherché à le justifier; les autres se sont efforcés d'en rejeter tout l'odieux sur Robespierre ; les uns et les autres sont, je crois, hors de la vérité. La mort de Danton a été une irréprochable faute ; mais elle n'a pas été le fait particulier de celui-ci ou de celui-là, elle a été le fait de la Convention entière; ça été le crime, je me trompe, ça été la folie de tous (^). » La mort de Danton fut un coup de bascule, une sorte de revanche de celle des hébertistes ; mais ce n'en fut pas moins une proie nouvelle jetée à la réaction (*).

(^) Déclaration de Billaud-Varennc dans la séance du 9 thermidor.

(2) Histoire de Saint-Just, édition princeps, p. 444.

(3) J'ai sous les yeux le mandat d'arrêt rendu contre les dantonistes par les comités de Salut public et de Sûreté générale. Il est écrit ou plutôt griffonné entièrement de la main de Barère tout en haut d'une grande feuille de papier bleuté, ne porte aucune date, et est ainsi conçu : « Les comités de Salut public et de Sûreté générale arrêtent que Danton, Lacroix (du département d'Eure-et-Loir), Camille Desmoulins et Philippeaux, tous membres de la Convention nationale, seront arrêtés et conduits dans la maison du Luxembourg pour y être gardés séparément et au secret... »

La première signature est celle de Billaud-Varenne ; il était naturel que le principal instigateur de la mesure signât le premier. Puis ont

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